7 fois son poids en hydrocarbures : le drone dépollueur testé dans les bassins brestois du Cedre

Et si les petites pollutions accidentelles aux hydrocarbures pouvaient être traitées par un drone autonome, sans exposer d’opérateur ? C’est le pari de deux sociétés espagnoles, Bio Absoil et Eon Sea, dont le prototype de catamaran dépollueur vient de passer ses premiers essais en conditions contrôlées dans les bassins du Cedre, à Brest.

Un catamaran autonome pour collecter les nappes sans exposer d’opérateur

Les sociétés espagnoles Bio Absoil et Eon Sea ont mené des essais d’un prototype de solution de dépollution au Cedre, le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux, selon Mer et Marine. Le projet repose sur un petit drone de surface à deux coques (catamaran), capable de déployer puis de récupérer un produit absorbant naturel directement sur une nappe d’hydrocarbures, sans qu’un équipage ait besoin d’intervenir au contact du polluant.

EFINOR SEA CLEANER

Basé à Brest depuis près de cinquante ans, le Cedre apporte un appui technique et scientifique aux autorités et aux industriels, en France comme à l’étranger, en cas de pollution accidentelle des eaux marines ou continentales, avec des experts mobilisables 24 heures sur 24, sur site ou à distance. Parmi ses quatre grandes missions, qui incluent aussi la formation, la tenue d’une base de données des moyens de lutte et la rédaction de guides opérationnels, figure spécifiquement le test de matériels : ses bassins d’essai permettent justement de confronter de nouvelles technologies, comme ce catamaran dépollueur, à des conditions contrôlées avant tout déploiement réel en mer.

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Peat Sorb, un absorbant naturel qui capte jusqu’à sept fois son poids

La brique technologique mise en avant par Bio Absoil s’appelle Peat Sorb, un absorbant présenté par l’entreprise comme entièrement naturel et renouvelable, dérivé de la tourbe organique. Selon la société espagnole, ce produit retient les hydrocarbures, les huiles et les graisses aussi bien sur terre qu’à la surface de l’eau, avec une capacité d’absorption annoncée jusqu’à sept fois son propre poids. Bio Absoil le décrit comme non toxique, léger et réutilisable, des qualités qui facilitent ensuite la collecte, le transport et le stockage du polluant capté, par rapport aux dispersants chimiques ou aux matériaux absorbants classiques à usage unique.

L’entreprise, Bio Absoil Solutions S.L., commercialise déjà ce produit en Espagne et dans le reste de l’Europe sous plusieurs formats : des sacs de 13,6 kg capables d’absorber jusqu’à 113 litres d’hydrocarbures, des sacs de 29,9 kg pour 200 litres, ainsi que des barrières flottantes et des coussinets absorbants, destinés aux ports, aux ateliers industriels ou aux stations d’épuration. Elle propose également du conseil technique pour concevoir des stratégies de récupération adaptées à chaque site.

Caractéristique Valeur annoncée par Bio Absoil
Capacité d’absorption jusqu’à 7 fois le poids du produit
Sac PSC4 13,6 kg, absorbe jusqu’à 113 L
Sac PSC8 29,9 kg, absorbe jusqu’à 200 L
Nature du produit tourbe organique, 100 % naturelle et renouvelable

« The world’s most effective natural bioabsorbent » (« l’absorbant naturel le plus efficace au monde », propos traduits), affirme Bio Absoil à propos de son produit Peat Sorb sur son site officiel, une formule qui résume l’ambition commerciale de l’entreprise face aux solutions chimiques traditionnelles.

Une seconde vie pour le polluant collecté, de l’économie circulaire à l’énergie

Cette implantation espagnole dans un domaine aussi spécialisé n’a rien d’anecdotique. La péninsule Ibérique a payé un lourd tribut aux grandes marées noires, notamment celle du pétrolier Prestige, qui avait coulé au large de la Galice en 2002 en souillant une large partie du littoral atlantique espagnol puis français, et la filière espagnole de la lutte antipollution s’est depuis largement structurée autour de ce type d’événement. Faire certifier une innovation par le Cedre, référence européenne en la matière, constitue donc une étape de crédibilisation technique importante pour des sociétés qui visent, à terme, le marché portuaire et industriel de l’ensemble du continent.

Au-delà de la seule collecte, Bio Absoil met en avant une filière de valorisation du résidu solide imprégné d’hydrocarbures, traité dans des usines partenaires appelées Bio Dragon. Selon l’entreprise, ce traitement permettrait d’obtenir, au terme d’une réaction en plusieurs étapes, du biochar, du biocarburant, du biogaz et de l’électricité, plutôt que de traiter le polluant collecté comme un simple déchet dangereux à enfouir ou à incinérer. Bio Absoil indique par ailleurs avoir bénéficié d’un soutien européen, dans le cadre du plan de relance et de son programme RETECH, pour développer des solutions numériques associées à son activité.

Le passage du prototype de catamaran dépollueur par les bassins brestois du Cedre ne constitue qu’une étape de validation technique, en conditions contrôlées, avant d’envisager un déploiement en situation réelle. Pour une filière de la dépollution marine où les pollutions diffuses et les petits déversements accidentels, dans les ports, lors d’avitaillements ou d’incidents industriels, restent bien plus fréquents que les grandes marées noires médiatisées, l’enjeu d’une collecte rapide et automatisée, sans exposer d’opérateur au contact du polluant, intéresse directement les autorités portuaires et les industriels européens. Reste à voir si Bio Absoil et Eon Sea parviendront à transformer cet essai au Cedre en déploiements opérationnels, en France ou ailleurs en Europe.

Sources

  • Bio Absoil, site officiel : description du produit Peat Sorb, capacités d’absorption et filière de valorisation Bio Dragon.
  • Cedre, site officiel : missions du centre brestois, dont le test de nouveaux matériels de lutte antipollution.