31 000 tonnes, 194 mètres : l’Émile Bertin va recevoir son premier commandant à Saint-Nazaire
Troisième des quatre bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) commandés par la Marine nationale, l’Émile Bertin s’apprête à franchir une étape clé de son parcours industriel. Fin septembre, le navire de 31 000 tonnes doit recevoir son premier commandant lors d’une cérémonie de prise de commandement pour armement et essais, avant de rejoindre son port d’attache de Brest en 2027.
Un armement à flot qui s’accélère à Saint-Nazaire
Sorti dans la nuit du 3 au 4 avril 2026 de la forme de construction des Chantiers de l’Atlantique, l’Émile Bertin a rejoint le bassin de Penhoët, puis le quai de la Prise d’eau amont, où se poursuit son armement à flot. Selon les constatations de Mer et Marine lors d’un passage sur place le 9 septembre, le navire a déjà reçu de nombreux équipements : ses deux canons de 40 mm RAPIDFire, ses radars et antennes satellites, ainsi que le gréement et les manches de son système de ravitaillement à la mer.

Cette semaine, le bâtiment doit rejoindre la forme-écluse Joubert, une étape technique avant la traditionnelle cérémonie militaire de prise de commandement pour armement et essais, prévue à la fin du mois de septembre. Le premier commandant du BRF y prendra officiellement ses fonctions, et son équipage commencera à prendre en main le navire avant le début de ses essais en mer. Cet équipage ne compte pour l’instant qu’un noyau d’une douzaine de marins, appelé à s’étoffer d’ici la fin de l’année jusqu’à atteindre son format nominal de 140 personnels.
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Un programme franco-italien piloté par l’OCCAR
L’Émile Bertin est le troisième d’une série de quatre BRF commandés en janvier 2019 par la Direction générale de l’armement (DGA) au groupement momentané d’entreprises formé par les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group. Le programme, baptisé « Flotte logistique » (Flotlog) côté français et Logistic Support Ship (LSS) au niveau international, est piloté par la DGA en coopération avec l’Italie, dans le cadre d’un contrat porté par l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR).
Au total, le programme LSS doit livrer six navires : quatre pour la Marine nationale et deux pour la Marina Militare italienne, avec une option pour un troisième bâtiment transalpin. Les deux premiers exemplaires italiens, le Vulcano et l’Atlante, ont déjà été livrés, tout comme les deux premiers BRF français, le Jacques Chevallier (livré en 2023, basé à Toulon) et le Jacques Stosskopf (livré en 2025). Le quatrième et dernier BRF français, qui portera le nom de Gustave Zédé, doit lui intégrer la Marine nationale en 2032, également basé en Méditerranée.
Chantiers de l’Atlantique assure la conception, la construction et l’intégration de la plateforme du navire, tandis que Naval Group développe les systèmes militaires, dont le système de combat.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Déplacement à pleine charge | 31 000 tonnes |
| Longueur / largeur | 194 m / 27,6 m |
| Capacité carburant | 13 000 m³ |
| Fret solide transportable | 1 500 tonnes |
| Équipage à terme | 140 personnes (jusqu’à 200 logements) |
| Livraison prévue | Mi-2027 |
Le navire doit son nom à l’ingénieur naval Émile Bertin (1840-1924), concepteur d’environ 150 bâtiments de surface et créateur du bassin d’essais des carènes de Paris. Détaché au Japon de 1885 à 1890, il y conçut la flotte moderne qui servit de socle à la marine impériale japonaise. Ce lien historique explique la présence de l’attaché de défense de l’ambassade du Japon lors de la cérémonie de mise à l’eau, le 17 avril, aux côtés de représentants de la DGA, de l’OCCAR et de l’état-major de la Marine.
Un maillon stratégique pour l’autonomie de la Marine
Les BRF doivent remplacer les bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR) à simple coque, devenus obsolètes au regard des normes anti-pollution imposant une double coque pour le transport des produits pétroliers. Dotés de capacités d’emport de fret et de carburant très supérieures à celles de la génération précédente, ils assurent le soutien logistique de l’ensemble des bâtiments de la Marine nationale et de ses alliés : carburant, munitions, pièces de rechange et vivres. Ils peuvent également embarquer un état-major ainsi qu’un hélicoptère Caïman marine ou Dauphin.
Leurs capacités tactiques ont aussi été renforcées : les BRF sont équipés des systèmes d’autoprotection Rapidfire S40SA, développés par le groupement Thales-KNDS, et du système lance-missiles Simbad RC, qui met en œuvre les missiles Mistral de MBDA. Selon la DGA, ces dispositifs leur permettent de se déployer en autonomie vers leurs zones d’opérations et de faire face à des menaces asymétriques, de surface ou aériennes.
À Brest, l’Émile Bertin doit succéder au BCR Somme, qui sera désarmé en 2028. Son arrivée renforcera notamment le soutien logistique du groupe aéronaval articulé autour du porte-avions Charles de Gaulle, une mission appelée à perdurer avec le futur porte-avions de nouvelle génération (PA-NG), dont la construction est elle aussi prévue à Saint-Nazaire à partir de 2038.
D’ici la cérémonie de prise de commandement, prévue fin septembre, l’équipage de l’Émile Bertin continuera de s’étoffer. Le navire devrait ensuite enchaîner ses essais en mer avant une livraison à la Marine nationale annoncée pour la mi-2027, puis un transfert vers son port d’attache de Brest la même année, presque un siècle après le lancement du croiseur qui portait déjà son nom, en 1933, sur les mêmes quais nazairiens.
Sources
- Ministère des Armées, DGA : communiqué officiel sur la mise à flot et les systèmes d’armes du programme Flotlog.
- OCCAR : communiqué officiel sur le lancement de l’Émile Bertin et l’ensemble du programme LSS franco-italien.