FDI Amiral Ronarc’h : la Marine nationale devra patienter jusqu’en 2027
La première frégate de défense et d’intervention de la Marine nationale, l’Amiral Ronarc’h, n’entrera finalement en service actif qu’au début de 2027. Un report de plusieurs mois destiné à mener à bien des travaux correctifs, alors que la Suède vient de commander quatre frégates du même type à Naval Group.
Un report technique, pas un couac industriel
La décision est passée presque inaperçue, en marge d’un déplacement officiel. Selon les informations recueillies par Mer et Marine auprès de sources militaires et industrielles, la Marine nationale a choisi de repousser de plusieurs mois l’admission au service actif (ASA) de l’Amiral Ronarc’h, tête de série des nouvelles frégates de défense et d’intervention (FDI) construites par Naval Group à Lorient. Le navire, livré le 17 octobre 2025, devait initialement rallier le service actif dans le courant de l’année 2026. Il faudra finalement attendre le début de 2027.

Ce délai supplémentaire doit permettre de faire jouer les garanties industrielles et de mener à bien des travaux correctifs, rendus nécessaires par le retour d’expérience accumulé depuis la livraison du bâtiment, un processus classique pour tout navire prototype tête de série d’un programme aussi ambitieux. Des sources militaires et industrielles assurent à Mer et Marine que la FDI ne rencontre pas de difficulté technique particulière. La rédaction du média spécialisé avait d’ailleurs eu vent, dès le printemps, de rumeurs concernant un possible glissement de calendrier de 2026 à 2027.
L’information a été confirmée à l’Élysée, en marge d’un événement qui a quelque peu éclipsé le sujet : la signature, le lundi 31 août, par la Suède, de la commande de quatre frégates FDI. Un contrat qui confirme, à l’international, la confiance placée dans ce programme, malgré le report affectant la toute première unité française.
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La FDI, une frégate polyvalente héritière des FREMM
Selon le communiqué de livraison publié par Naval Group, la FDI est une frégate de premier rang, héritière de la FREMM française, conçue pour opérer aussi bien seule qu’au sein d’une flotte face aux menaces actuelles et émergentes : sous-marins de dernière génération, missiles supersoniques, cyberattaques ou menaces asymétriques multiformes. Elle embarque des technologies numériques et de traitement de données avancées, et sa conception compacte lui permet de naviguer aussi bien en eaux froides et chaudes que dans des environnements archipélagiques.
Cette robustesse a été mise à l’épreuve lors de ses essais en mer : au moment de sa livraison, après 14 semaines d’essais, l’équipage de l’Amiral Ronarc’h avait pu vérifier l’aptitude du navire à affronter une mer de niveau 6 dans l’océan Atlantique. Les automatismes intégrés à bord permettent par ailleurs de la faire naviguer avec un équipage restreint, et son niveau de maintenabilité vise une disponibilité opérationnelle comparable à celle des frégates multi-missions (FREMM), qui atteignent 80 % de disponibilité depuis une décennie.
Président-directeur général de Naval Group, Pierre Éric Pommellet avait salué, lors de la livraison du navire, un jalon majeur pour l’entreprise : « La livraison de l’Amiral Ronarc’h, toute première frégate de la série des FDI, est un jalon majeur pour Naval Group ; cette nouvelle génération de frégates polyvalentes de premier rang va entrer prochainement dans le cycle opérationnel et contribuera ainsi à renforcer les moyens de notre Marine nationale grâce à ses capacités exceptionnelles, déjà démontrées pendant ses essais en mer. Nous sommes pleinement engagés sur ce programme d’ampleur que nous sommes fiers de mener pour la Marine nationale. »
Lorient, moteur industriel d’un programme en plein essor
Naval Group a mis au point, pour ce programme, un processus de construction moderne et performant, capable de produire jusqu’à deux frégates FDI par an. Sur le site de Lorient, cinq autres unités sont actuellement en construction, à différents stades d’avancement, pour la Marine nationale comme pour la Marine grecque. La deuxième FDI du programme, la HS Kimon, destinée à la Grèce, achevait ses essais en mer à l’automne 2025 pour une livraison prévue fin 2025, suivie de deux autres unités grecques en 2026. La prochaine frégate destinée à la Marine nationale, elle, doit être livrée dès 2027.
La fabrication d’une seule FDI représente un million d’heures de travail, ainsi qu’un million d’heures supplémentaires de conception et de développement. Le programme mobilise 1 200 collaborateurs de Naval Group et 400 entreprises sous-traitantes. Un poids industriel qui explique en partie pourquoi la commande suédoise, elle aussi appelée à être exécutée en France, est suivie de si près par la filière navale bretonne.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Déplacement | 4 500 tonnes |
| Longueur | 122 mètres |
| Largeur | 18 mètres |
| Vitesse | 27 nœuds |
| Autonomie | 45 jours |
| Équipage | 125 personnes + 28 passagers |
| Livraison à la Marine nationale | 17 octobre 2025 |
| Admission au service actif désormais prévue | Début 2027 |
| Frégates du programme en construction à Lorient | 5 |
Reste à savoir si ce report de quelques mois aura une incidence sur le rythme de livraison des FDI suivantes. D’ici la fin de l’année 2025, la Marine grecque doit réceptionner sa deuxième unité, la HS Kimon, avant deux autres livraisons prévues en 2026.
Côté français, la prochaine frégate FDI doit rallier la Marine nationale dès 2027, la même année où l’Amiral Ronarc’h devrait enfin endosser son rôle opérationnel de tête de série, pour des déploiements de longue durée dans des zones de crise. Le contrat suédois, lui, viendra allonger d’autant le carnet de commandes du chantier morbihannais dans les années à venir.