30 MW à l’arrêt : la filière hydrolienne somme l’État de tenir parole

Près de six mois après la publication de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie, qui confirme un appel d’offres commercial de 250 MW pour l’hydrolien au Raz Blanchard d’ici 2030, les deux projets pilotes censés lancer la filière restent bloqués. Dans une lettre ouverte, leurs porteurs somment l’État de publier l’arrêté tarifaire qui leur manque pour boucler leur financement.

FloWatt et NH1, deux projets prêts mais suspendus à un arrêté

Au Raz Blanchard, au large de la presqu’île du Cotentin, deux fermes pilotes doivent ouvrir la voie à l’hydrolien commercial français. Le projet FloWatt, développé par HydroQuest et Qair, prévoit six hydroliennes à axe vertical fabriquées à Cherbourg par les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), pour une puissance installée de 17 MW. De son côté, Normandie Hydroliennes porte le projet NH1, une ferme de 12 MW composée de quatre turbines à axe horizontal AR3000 Proteus MR, qui doivent être assemblées chez Efinor, également à Cherbourg.

Les deux projets, qui représentent à eux deux près de 30 MW, ont déjà obtenu toutes leurs autorisations administratives, sans qu’aucun recours ne soit en cours. Mais il leur manque une pièce essentielle pour boucler leur financement : l’arrêté tarifaire fixant le complément de rémunération de l’électricité produite. Cet arrêté ne peut être publié qu’après la notification officielle, par l’État français, des dispositifs de soutien à la Commission européenne, comme le prévoit le Code de l’énergie. Sans cette étape, aucune décision finale d’investissement ne peut être prise, ni aucun financement bancaire bouclé.

Projet Puissance Porteur Site de fabrication
FloWatt 17 MW (6 turbines à axe vertical) HydroQuest / Qair CMN, Cherbourg
NH1 12 MW (4 turbines à axe horizontal) Normandie Hydroliennes Efinor, Cherbourg

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« Un contresens industriel majeur » : la colère de la filière

Dans leur lettre ouverte adressée au Premier ministre et aux ministres concernés, Drew Blaxland, président de Normandie Hydroliennes, et Guirec Dufour, président de FloWatt et directeur général de Qair France, dénoncent une situation « devenue incompréhensible et préoccupante » et appellent l’État à « tenir ses engagements ». Ils précisent que les blocages ne sont ni techniques, ni réglementaires, ni liés à une opposition locale : « ils sont aujourd’hui bloqués par l’absence de mise en œuvre de décisions déjà prises par l’État ».

Les deux dirigeants estiment que la question n’est plus de savoir s’il faut soutenir l’hydrolien marin, une décision selon eux déjà « instruite, expertisée, arbitrée, puis confirmée par la publication de la PPE », mais de savoir si l’État « entend tenir ses engagements ». Ils avertissent qu’à défaut, la France s’expose à « un contresens industriel majeur », avec un risque de perte de compétences, d’emplois et d’avance technologique.

Le Raz Blanchard, plus de la moitié du potentiel hydrolien français

L’enjeu dépasse les deux seuls projets pilotes. Le Raz Blanchard concentre à lui seul plus de la moitié des 5 GW de gisement hydrolien estimés sur les côtes françaises, une ressource jugée par la filière particulièrement précieuse car totalement prévisible, contrairement à l’éolien ou au solaire, ce qui en fait un atout pour stabiliser le réseau électrique. Les porteurs de projets ont publiquement fait part de leur inquiétude lors du salon Seanergy, consacré aux énergies marines renouvelables, à Nantes, où ils ont regretté l’absence de la ministre de l’Énergie Maud Bregeon.

vue du Raz Blanchard au large du Cotentin

Le montant exact du futur tarif de rachat n’a toujours pas été rendu public : des échanges menés dès 2021 évoquaient une fourchette comprise entre 255 et 310 €/MWh, mais aucune décision officielle n’a depuis été communiquée. Une fois lancée, la ferme FloWatt doit produire chaque année l’équivalent de la consommation électrique de 20 000 habitants pendant vingt ans, tandis que NH1 doit fournir 33,9 GWh par an au réseau.

Les deux groupements industriels visaient une clôture financière avant la fin de l’année 2026, pour une mise en service commune en 2028. Ce calendrier suppose désormais que l’État notifie rapidement ses dispositifs de soutien à Bruxelles : chaque mois de retard supplémentaire, selon les porteurs de projets, fragilise un peu plus l’écosystème industriel normand qui s’est construit autour de l’hydrolien depuis les premiers essais du démonstrateur de Paimpol-Bréhat.

Sources