Ormuz : l’Iran frappe des navires liés aux États-Unis après la destruction de trois de ses pétroliers

Samedi soir, l’Iran a annoncé avoir visé des navires liés aux États-Unis en représailles à la destruction de trois de ses pétroliers par l’armée américaine dans le Golfe. Cette nouvelle salve d’échanges de frappes illustre la fragilité de la trêve de façade qui prévalait depuis un mois dans le détroit d’Ormuz.

Une nuit de frappes croisées dans le Golfe

Samedi 5 septembre, l’armée américaine a annoncé avoir frappé et « détruit » trois pétroliers iraniens, l’un dans le Golfe et deux dans le Golfe d’Oman. Le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a précisé sur le réseau social X avoir « neutralisé de manière permanente » deux de ces navires et « complètement détruit » un troisième. L’un des bâtiments visés se trouvait au large de l’île de Kharg, où se situe le principal terminal pétrolier iranien dans le Golfe, un autre près de Jask, à proximité du détroit d’Ormuz, et le troisième dans le Golfe d’Oman.

navire de guerre dans le détroit d'Ormuz

Ces frappes sont intervenues, selon Washington, après que deux navires de la marine américaine patrouillant dans les eaux régionales ont été pris pour cible par des missiles tirés par les Gardiens de la révolution. Le Centcom a précisé qu’aucun militaire américain n’avait été blessé. Des médias iraniens avaient fait état, plus tôt samedi, de plusieurs explosions entendues près de l’île de Kharg.

En représailles, la marine des Gardiens de la révolution a annoncé samedi soir avoir « ciblé trois pétroliers sur des passages non autorisés dans le détroit d’Ormuz et trois navires américains dans d’autres zones », selon l’armée iranienne, qui a mis en garde les autres bâtiments contre toute tentative de transit par des routes non approuvées par Téhéran. Dans un communiqué relayé par l’agence officielle Irna, les Gardiens ont confirmé l’attaque américaine contre « trois pétroliers appartenant à la République islamique d’Iran dans le détroit d’Ormuz, provoquant des dégâts », y voyant un « acte de désespoir face à la fermeture » de cette voie stratégique. Selon un correspondant de la télévision d’État iranienne, le bombardement près de l’île de Kharg n’a pas fait de victimes ; à Jask, deux pétroliers ont été visés, l’un vide et l’autre chargé, leurs équipages ayant été transférés à terre.

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Un engrenage ouvert fin février

Ces échanges de frappes ne sont que le dernier épisode d’un conflit déclenché fin février par une offensive américano-israélienne contre l’Iran. Depuis, Téhéran verrouille le détroit d’Ormuz tandis que Washington maintient un blocus sur les ports iraniens, aucune des deux parties ne semblant vouloir céder. Fin août, un chimiquier saoudien, le Sidr, exploité par la compagnie publique Bahri, avait déjà été touché par des projectiles inconnus alors qu’il transitait par le détroit, entraînant la mort de deux membres philippins de son équipage, selon la compagnie. Un second pétrolier, le Senegal Prosperity, avait été frappé quelques minutes plus tard non loin de là.

Après un mois d’août marqué par une baisse notable des frappes, les affrontements ont repris le 30 août à l’initiative de l’armée américaine, qui a indiqué vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d’être tirées dans le détroit. Téhéran a alors répondu en ciblant ses voisins du Golfe, reproduisant le schéma observé depuis le début du conflit.

Le chef du Centcom, Brad Cooper, a averti après les frappes de samedi (propos traduits) : « Si vous tirez sur deux de nos navires, nous vous imposerons un prix économique encore plus grand : vous en prendre trois. » De son côté, le commandement militaire central interarmées iranien, Khatam al-Anbiya, a menacé qu’en cas de poursuite des hostilités, les frappes « contre les bâtiments militaires américains dans la région seront plus dures qu’auparavant et pourraient s’étendre ».

Un conflit qui déborde sur plusieurs fronts

Le président américain Donald Trump a estimé vendredi que les États-Unis menaient des « frappes ponctuelles » en Iran, assurant ne pas être « actuellement en train de se battre ». Washington a par ailleurs annoncé de nouvelles sanctions contre Téhéran afin de renforcer sa pression économique, dans un contexte d’impasse diplomatique pour mettre fin au conflit.

Ce dernier s’est étendu à plusieurs fronts régionaux. Au Yémen, où les hostilités entre forces gouvernementales et rebelles houthis pro-iraniens connaissaient depuis des années un répit grâce à une trêve, de nouveaux combats ont fait près de 200 morts depuis jeudi. Au Liban, entraîné dans la guerre en mars par le Hezbollah, des frappes israéliennes ont fait quatre morts vendredi, dont une jeune femme, selon un bilan actualisé du ministère libanais de la Santé.

Élément Donnée
Pétroliers iraniens frappés par les États-Unis (5 sept.) 3, dont 2 « neutralisés » et 1 « détruit »
Navires visés en représailles par l’Iran 3 pétroliers dans le détroit d’Ormuz + 3 navires américains
Marins tués sur le Sidr (31 août) 2 (équipage philippin)
Morts au Yémen depuis jeudi près de 200
Morts au Liban vendredi 4
Reprise des hostilités après accalmie 30 août 2026

Cette nouvelle escalade confirme qu’aucune des parties n’est prête à desserrer l’étau sur le détroit d’Ormuz, verrou par lequel transitent des cargaisons de pétrole essentielles au marché mondial. Les menaces de représailles « plus dures » formulées par le commandement iranien laissent présager de nouveaux épisodes dans les prochaines semaines, alors que Washington vient d’annoncer de nouvelles sanctions et que la diplomatie reste dans l’impasse.