Sanctuaire Pelagos : l’hydroptère corse Christine L déjà accusé de menacer les cétacés

Avant même sa mise en service commerciale, l’hydroptère Christine L de la jeune compagnie Cors’Express suscite l’inquiétude d’une dizaine d’organisations environnementales, qui redoutent un risque accru de collision avec les cétacés du sanctuaire Pelagos. L’armateur bastiais promet un dispositif de prévention renforcé.

Un hydroptère à 35 nœuds dans une zone protégée

Porté par l’armateur bastiais Vincent Lucchini, le projet Cors’Express est né il y a trois ans, après plusieurs déplacements en Sicile. Officiellement créée cet été à Bastia, la jeune compagnie doit prochainement lancer un service maritime à grande vitesse entre la capitale de la Haute-Corse et les ports italiens de Gênes, Civitavecchia et Livourne. Pour cela, elle a fait l’acquisition du Christine L, un navire de 32 mètres et d’une capacité de 220 passagers, arrivé dans le port de Bastia le 10 août dernier. Grâce à ses foils, cet hydroptère peut se soulever au-dessus de l’eau et atteindre une vitesse de 35 nœuds, permettant des traversées allant de 2h15 à 3h30 selon les trajets, soit un gain de temps sensible par rapport aux ferries traditionnels. La compagnie prévoit jusqu’à 24 départs par semaine en saison.

Mais cette vitesse pose justement problème : les futures lignes de Cors’Express doivent traverser le sanctuaire Pelagos, vaste espace maritime créé en 2002 entre la France, l’Italie et Monaco pour protéger les mammifères marins, et particulièrement fréquenté par les rorquals communs, les cachalots et les dauphins, dont certaines espèces sont classées en danger par l’UICN.

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Une tribune signée par une dizaine d’organisations

Début septembre, une dizaine d’organisations environnementales et de chercheurs, dont BlueSeeds, Ecopolis, le Groupe de recherche sur les cétacés, le Fonds international pour la protection des animaux, l’Istituto Tethys, Longitude 181, Mare Vivu, Miraceti ou encore SOS Grand Bleu, ont publié une tribune commune pour alerter sur les conséquences des futures rotations du Christine L. Ils demandent aux autorités françaises, italiennes, monégasques et internationales de prendre des mesures immédiates pour éviter les risques de collision et les nuisances sonores associés, et réclament que le navire ne soit pas autorisé à circuler dans les eaux nationales de ces trois pays au sein du sanctuaire, ni à passer sous pavillon français.

Sanctuaire Pelagos

« En Méditerranée, où transite plus de 20 % du trafic maritime mondial, les collisions avec les navires constituent la première cause de mortalité non naturelle pour le rorqual commun et le cachalot », affirment les organisations signataires dans leur tribune, en rappelant qu’environ 33 rorquals meurent chaque année en Méditerranée à la suite d’une collision avec un navire. Plus un bateau navigue vite, expliquent-elles, moins ses chances de détecter et d’éviter un animal sont grandes : le risque de mortalité en cas d’impact passerait ainsi d’environ 20 % à 10 nœuds à près de 80 % à 13 nœuds, très loin des 35 nœuds de croisière du Christine L, seul navire à grande vitesse à évoluer dans le sanctuaire Pelagos. Le bruit sous-marin généré par la cavitation des hélices et la machinerie, ajoutent-elles, vient encore alourdir la pression acoustique déjà exercée sur les cétacés par un trafic maritime dense.

Cors’Express annonce un dispositif de prévention et appelle au dialogue

Face à ces inquiétudes, Cors’Express a réagi publiquement le jeudi 3 septembre. La compagnie rappelle d’abord que le Christine L n’a, à ce jour, effectué aucune traversée commerciale avec des passagers, les navigations réalisées jusqu’à présent s’inscrivant uniquement dans le cadre de sa préparation technique et opérationnelle. Elle assure ne contester ni la sensibilité environnementale exceptionnelle du sanctuaire Pelagos, ni la nécessité de réduire les risques de collision, et dit avoir engagé des échanges avec des professionnels et bureaux d’études spécialisés afin de déterminer les mesures de prévention les plus adaptées, en tenant compte des itinéraires, des périodes de navigation et des zones de présence des différentes espèces.

La compagnie annonce d’ores et déjà l’intégration volontaire du système REPCET, qui permet aux navires équipés de partager en temps réel la position des grands cétacés observés en mer. Ce dispositif est obligatoire pour les navires sous pavillon français d’au moins 24 mètres transitant au moins 10 fois par an dans le sanctuaire Pelagos, mais ne s’applique pas encore au Christine L, toujours immatriculé en Italie en attendant sa francisation, actuellement en cours. Cors’Express dit aussi étudier les moyens humains, techniques et organisationnels susceptibles d’améliorer la détection des cétacés depuis la passerelle, et prévoit une formation spécifique pour ses équipages, portant notamment sur la reconnaissance des espèces et les manœuvres d’évitement.

« La protection des cétacés et la sécurité de nos passagers imposent le même niveau d’anticipation, de vigilance et de responsabilité. Nous souhaitons avancer avec les scientifiques, les associations et les autorités, sur la base de faits vérifiés, de données scientifiques et de solutions concrètes », a déclaré l’armateur Vincent Lucchini, qui propose aux associations, chercheurs et représentants du sanctuaire Pelagos d’engager rapidement un échange de travail.

Donnée Valeur
Vitesse du Christine L 35 nœuds
Longueur du navire 32 mètres
Capacité passagers 220
Traversées prévues par semaine, en saison Jusqu’à 24
Durée de traversée 2h15 à 3h30
Rorquals tués chaque année par collision en Méditerranée Environ 33
Risque de mortalité en cas de choc à 10 nœuds Environ 20 %
Risque de mortalité en cas de choc à 13 nœuds Près de 80 %
Organisations signataires de la tribune Une dizaine, dont BlueSeeds, GREC, IFAW, Miraceti, SOS Grand Bleu

Le Christine L n’a pas encore transporté le moindre passager payant : les prochaines semaines, marquées par la poursuite des essais techniques puis par le lancement espéré des premières rotations commerciales, diront si le dialogue proposé par Cors’Express suffira à apaiser les craintes des associations. Le passage annoncé du navire sous pavillon français, dont les démarches sont en cours selon l’armateur, rendra par ailleurs obligatoire l’équipement REPCET déjà installé à titre volontaire, une échéance réglementaire à surveiller dans les prochains mois.

Sources

  • Mer et Marine : réaction complète de Cors’Express et détail des mesures de prévention annoncées.
  • Corse Net Infos : texte intégral de la tribune des organisations environnementales et chiffres sur la mortalité des cétacés en Méditerranée.