10 à 15% de carburant en moins : ces voiles espagnoles équipent un chimiquier
Le chimiquier espagnol Santiago I, armé par la compagnie Marflet Marine, vient d’entrer en service équipé de quatre voiles de succion eSAIL conçues par la start-up barcelonaise bound4blue. Une première pour un armateur espagnol, qui promet jusqu’à 15 % d’économie d’énergie.
Quatre voiles de 22 mètres installées sur un chimiquier de 50 000 tonnes
L’installation des quatre eSAIL, des voiles de succion de 22 mètres de haut, a été menée par bound4blue sur le Santiago I, un chimiquier de 49 999 tonnes de port en lourd exploité par l’armement espagnol Marflet Marine. Les travaux préparatoires de mise aux normes du navire (« wind ready ») avaient été réalisés au chantier IMC de Zhoushan, en Chine, avant que l’installation définitive des voiles ne soit achevée au chantier EDR d’Anvers, en Belgique. Le bureau d’ingénierie Cotenaval a apporté son appui technique au projet.

Le contrat entre les deux entreprises avait été signé dès mai 2024, mais c’est seulement maintenant que le navire entre en exploitation commerciale avec ses voiles opérationnelles, faisant de Marflet Marine le premier armateur espagnol à adopter la propulsion assistée par le vent sur un navire de sa flotte marchande.
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Une technologie de succion qui multiplie par sept la portance d’une voile classique
Le système eSAIL de bound4blue repose sur un principe différent des voiles rotors de type Flettner : il s’agit d’une voile de succion entièrement automatisée, qui aspire l’air le long d’une surface aérodynamiquement optimisée pour générer une portance additionnelle. Selon l’entreprise, ce principe permettrait de générer une portance jusqu’à sept fois supérieure à celle d’une voile rigide classique de même taille, tout en fonctionnant de façon autonome et en ne nécessitant qu’un entretien minimal de la part des équipages.
Pour José Miguel Bermúdez, directeur général et cofondateur de bound4blue, cette mise en service revêt une signification particulière : « Voir le Santiago I entrer en service avec notre technologie eSAIL à bord est un moment particulièrement fier. Cela rassemble deux entreprises espagnoles engagées à démontrer que l’innovation développée chez nous peut contribuer à façonner l’avenir du transport maritime international » (propos traduits). Il salue également « le vrai leadership » dont Marflet Marine a fait preuve en s’engageant sur cette technologie dès 2024.
Jusqu’à 15 % d’économie d’énergie et une meilleure conformité réglementaire
Selon les deux entreprises, le Santiago I devrait réduire sa consommation d’énergie annuelle de 10 à 15 %, une fourchette qui dépendra des routes empruntées et des conditions météorologiques rencontrées. Au-delà de la seule baisse de consommation de carburant et des émissions de gaz à effet de serre associées, cette installation doit permettre à Marflet Marine de réduire son exposition aux coûts carbone dans le cadre du marché européen du carbone (EU ETS) et de mieux se conformer au règlement européen FuelEU Maritime, qui impose une réduction progressive de l’intensité carbone des carburants utilisés par les navires touchant les ports de l’Union européenne.
Juan Cremades, directeur de flotte chez Marflet Marine, justifie ce choix par une double motivation, environnementale et économique : « Nous nous sommes engagés dans ce projet parce que nous pensions que la propulsion assistée par le vent offrait un moyen concret de renforcer à la fois notre performance environnementale et notre compétitivité commerciale » (propos traduits). Il annonce par ailleurs que, fort de cette expérience, Marflet Marine prévoit de commander des voiles eSAIL supplémentaires pour d’autres navires de sa flotte.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Navire | Santiago I, chimiquier de 49 999 tpl |
| Armateur | Marflet Marine (Espagne) |
| Nombre de voiles eSAIL | 4 |
| Hauteur de chaque voile | 22 mètres |
| Économie d’énergie estimée | 10 à 15 % par an |
| Contrat initial | Signé en mai 2024 |
Un marché des voiles de succion en pleine expansion
bound4blue, dont les systèmes eSAIL bénéficient d’une approbation de type de la société de classification DNV, conçoit ses voiles aussi bien pour l’équipement de navires neufs que pour le rétrofit de navires existants. L’entreprise revendique une compatibilité de sa technologie avec une large gamme de types de navires : pétroliers, vraquiers, rouliers, ferries, paquebots de croisière, transporteurs de gaz et cargos généralistes. Elle affiche un carnet de commandes en expansion, porté par l’entrée en vigueur progressive des réglementations environnementales européennes et internationales sur la décarbonation du transport maritime.
Cette installation s’inscrit dans un mouvement plus large de retour de la propulsion vélique dans le transport maritime commercial, aux côtés d’autres technologies comme les voiles rotors de type Flettner, déjà testées par plusieurs armateurs européens sur des vraquiers et, plus récemment, sur des porte-conteneurs. Ces différentes solutions, qui restent complémentaires des nouveaux carburants alternatifs (méthanol, ammoniac, biocarburants), permettent des gains d’efficacité énergétique sans remise en cause complète de l’architecture des navires existants.
Et maintenant : vers une flotte espagnole plus largement équipée
Avec l’annonce de Juan Cremades sur la commande de voiles supplémentaires, Marflet Marine ouvre la voie à un déploiement plus large de la technologie eSAIL au sein de sa flotte. Ce cas d’usage sur un chimiquier, un type de navire transportant des cargaisons sensibles et soumis à des contraintes d’exploitation spécifiques, pourrait servir de référence pour d’autres armateurs de ce segment, encore peu représentés parmi les premiers adoptants de la propulsion vélique moderne.
bound4blue, de son côté, continue d’étoffer son carnet de commandes à l’international, alors que le secteur maritime doit encore démontrer sa capacité à généraliser ces technologies au-delà des projets pilotes.
Sources
- American Journal of Transportation (AJOT) : reprise du communiqué de bound4blue, avec citations de José Miguel Bermúdez et Juan Cremades.
- bound4blue : présentation du contrat initial signé en 2024 avec Marflet Marine.