52 instituts, 24 pays : la France prend la tête de la surveillance des côtes en Europe

Le réseau européen d’observation du littoral JERICO vient d’être inscrit sur la feuille de route 2026 des grandes infrastructures de recherche européennes. Coordonné depuis son origine par l’Ifremer, rejoint récemment par le CNRS, il réunit 52 organismes dans 24 pays pour surveiller sur le long terme l’évolution des côtes face au changement climatique.

Une étape vers une infrastructure européenne pérenne

Dans un communiqué publié le 8 octobre, l’Ifremer annonce que JERICO, pour « Joint European Research Infrastructure for Coastal Observatories », vient d’être inscrit sur la feuille de route 2026 de l’ESFRI, le Forum stratégique européen pour les infrastructures de recherche. Créé en 2002, l’ESFRI définit les priorités européennes en matière de grandes infrastructures scientifiques ; une inscription sur sa feuille de route, intervenue en juin 2026, marque une étape clé vers la création d’une infrastructure européenne pérenne.

bouée océanographique

JERICO n’est pas encore une infrastructure opérationnelle au sens plein. Une phase préparatoire est prévue en 2027, financée dans le cadre du programme européen Horizon Europe, pour définir les services proposés, la gouvernance, le modèle économique et les modalités d’accès aux données. La cérémonie officielle de lancement de la feuille de route ESFRI 2026 doit se tenir du 2 au 4 décembre, lors de la Conférence internationale sur les infrastructures de recherche, à Rome.

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600 plateformes pour ausculter les côtes européennes

Le réseau JERICO met en commun des mesures physiques, chimiques et biologiques collectées par environ 600 plateformes d’observation : stations côtières, bouées, observatoires de fond, radars HF, planeurs sous-marins ou encore navires équipés de systèmes FerryBox. L’objectif est de rendre ces données comparables et facilement partageables, selon les principes dits FAIR (faciles à trouver, accessibles, interopérables, réutilisables), afin de mieux suivre l’évolution des écosystèmes littoraux face au changement climatique et aux activités humaines.

Au-delà de la seule collecte de données, l’ambition affichée par l’Ifremer et le CNRS est aussi d’éclairer la décision publique et la gestion du littoral, à l’heure où les collectivités côtières doivent composer avec l’érosion, la submersion et la multiplication des usages de la mer. En harmonisant des protocoles de mesure jusqu’ici disparates d’un pays à l’autre, JERICO entend aussi soutenir le développement de nouvelles technologies d’observation, qui pourront ensuite être déployées à plus grande échelle sur l’ensemble du réseau.

Le communiqué cite plusieurs résultats concrets obtenus grâce à ce type de suivi : le croisement de données satellite Sentinel-1 et de mesures GNSS a ainsi permis de détecter un affaissement moyen d’environ 1 mm par an dans de nombreuses villes côtières européennes. Des mesures de salinité prises toutes les dix minutes ont par ailleurs permis d’étudier l’effet des précipitations et des tempêtes sur les apports d’eau douce et de nutriments vers le littoral, tandis que le réseau a aussi permis de documenter le caractère exceptionnellement chaud de l’année 2022 en Manche et en Méditerranée.

Chiffre clé Donnée
Organismes de recherche impliqués 52, dans 24 pays
Plateformes d’observation Environ 600 (bouées, radars HF, planeurs, FerryBox…)
Affaissement côtier moyen détecté Environ 1 mm par an dans plusieurs villes côtières d’Europe
Ancienneté de la démarche scientifique Plus de quinze ans d’engagement de la communauté

Ifremer et CNRS, chefs de file depuis l’origine

JERICO est coordonné par l’Ifremer et le CNRS, le second ayant rejoint plus récemment cette coordination. En France, la contribution au réseau s’appuie sur l’infrastructure de recherche littorale et côtière IR-ILICO, elle aussi pilotée par les deux organismes. Le réseau européen travaille en lien avec d’autres grandes infrastructures du même type, parmi lesquelles EMSO, DANUBIUS, Euro-Argo, EMBRC, ICOS et eLTER.

Pour Laurent Delauney, coordinateur de JERICO à l’Ifremer, cette inscription sur la feuille de route ESFRI constitue « une reconnaissance majeure pour la communauté scientifique européenne », qui a selon lui besoin d’une infrastructure d’observation côtière pérenne pour poursuivre son travail sur le temps long. Laurent Coppola, coordinateur de JERICO pour le CNRS, évoque de son côté la volonté de « transformer une observation pérenne en connaissances ouvertes », au bénéfice à la fois de la science et de la société.

En portant la coordination de ce réseau depuis son origine, la France se positionne comme chef de file de l’observation littorale et côtière en Europe. Cette position s’appuie sur un travail scientifique engagé depuis plus de quinze ans par la communauté réunie autour de JERICO, bien avant que le réseau ne devienne un candidat crédible à l’inscription sur la feuille de route ESFRI.

La prochaine étape se jouera à Rome, du 2 au 4 décembre, lors du lancement officiel de la feuille de route ESFRI 2026, aux côtés des autres infrastructures retenues cette année. Suivra, dès 2027, l’ouverture de la phase préparatoire financée par Horizon Europe, appelée à transformer ce label en une infrastructure réellement opérationnelle, avec ses propres règles de gouvernance et d’accès aux données. D’ici là, le réseau continuera de s’appuyer sur ses quelque 600 plateformes existantes et sur la collaboration déjà engagée avec les autres grandes infrastructures européennes consacrées à l’observation des milieux marins et continentaux.

Source

  • Ifremer : communiqué de presse officiel du 8 octobre 2026 sur l’inscription de JERICO à la feuille de route ESFRI 2026, ses objectifs, ses partenaires et ses chiffres clés.