Affaire Cornell : un second accusé réclame à son tour la récusation de la procureure new-yorkaise

Deux des hommes visés par la plainte civile pour agression sexuelle déposée à l’université Cornell demandent désormais, chacun de leur côté, la récusation de la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, de l’enquête pénale ouverte sur cette affaire. En cause : des messages publiés sur les réseaux sociaux avant sa nomination.

Une deuxième demande de récusation en quelques jours

Les avocats de Winston Lee, l’un des anciens membres de la fraternité Chi Phi visés par la plainte d’une ancienne étudiante de Cornell connue sous le pseudonyme de Jane Doe, ont déposé le 9 octobre une requête devant le tribunal pénal du comté de Tompkins. Elle demande qu’un juge écarte la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, de toute procédure future devant un grand jury dans ce dossier. La requête, signée par les avocats Teny Geragos, Marc Agnifilo et Jacob Kaplan, demande également que les futurs jurés potentiels soient interrogés sur leur connaissance des propos tenus par Letitia James, et qu’une audience soit programmée sur la question.

façade du tribunal du comté de Tompkins

Cette démarche fait suite à celle des avocats de Gillio Lopes, un autre défendeur, qui avaient déposé quelques jours plus tôt, devant la Cour suprême de l’État de New York, une procédure dite « Article 78 » visant à faire annuler la nomination de Letitia James comme procureure spéciale par la gouverneure Kathy Hochul. Une audience sur ce premier recours est fixée au 29 octobre. Jane Doe a déposé en septembre une plainte civile contre sept anciens membres de la fraternité, l’université Cornell, Chi Phi et la sororité de la plaignante, pour des faits qu’elle situe en octobre 2024. Les avocats de Winston Lee et de Gillio Lopes affirment que leurs clients contestent les accusations portées contre eux. Aucun des hommes visés par la plainte n’a pour l’heure été inculpé pénalement.

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Des propos tenus avant sa nomination au cœur de la contestation

Les deux recours s’appuient sur les mêmes déclarations publiques de Letitia James. Le 28 septembre, avant sa nomination, elle avait partagé sur les réseaux sociaux un article du New York Times consacré à la réouverture de l’enquête, en estimant que ce que la plaignante avait subi était « horrible et inacceptable », ajoutant s’adresser à elle ainsi qu’à toutes les autres victimes : « vous n’êtes pas seules, nous sommes avec vous » (propos traduits). Le 1er octobre, lors de l’annonce de sa nomination par la gouverneure Hochul, elle avait affirmé vouloir diriger un processus d’examen complet et équitable auquel les habitants de l’État puissent faire confiance, avant d’annoncer, le 2 octobre en conférence de presse, l’ouverture d’une enquête pénale active de son bureau.

Pour les avocats des deux défendeurs, ces prises de position démontrent que Letitia James s’est forgé une opinion avant même d’examiner les preuves et qu’elle ne peut donc plus mener une enquête impartiale. L’avocat de Gillio Lopes, Andrew Miltenberg, a déclaré que « le public a besoin d’avoir la certitude que la personne qui dirige cette enquête évaluera les preuves avec un esprit ouvert » (propos traduits). De son côté, l’avocate Teny Geragos estime que la gouverneure Hochul et la procureure générale « ont ensemble créé une apparence flagrante de partialité qui, combinée aux manquements déontologiques de la procureure générale, devrait conduire à sa récusation » (propos traduits). Un porte-parole du bureau de Letitia James a répondu que son office s’engage, dans cette enquête comme dans toutes les autres, à ne se fonder que sur les faits, les preuves et le droit.

Une enquête pénale qui avance sur plusieurs fronts

Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, qui avait initialement classé le dossier en estimant que la plaignante n’avait pas décrit, dans sa déposition policière de novembre 2024, une infraction pénalement poursuivable, a assuré vouloir présenter des éléments à un grand jury avant que le bureau de Letitia James ne reprenne la main sur l’enquête. Jane Doe avait alors indiqué aux enquêteurs avoir eu un rapport consenti à trois lors de la soirée en question, avant que la situation ne dégénère à mesure qu’elle devenait, selon ses déclarations, de plus en plus incapable de donner son consentement et que d’autres hommes se joignaient à la scène. Son avocat, Thomas Giuffra, a par le passé souligné que les victimes d’agression sexuelle ne perçoivent pas toujours immédiatement le caractère coercitif d’une situation, qu’elles rationalisent dans un premier temps certains aspects de l’épisode traumatique.

En parallèle du volet judiciaire, Cornell a chargé l’ancienne procureure générale adjointe des États-Unis, Sally Yates, de mener un examen indépendant des pratiques de l’université en matière de violences sexuelles, et affirme accueillir favorablement l’ouverture de nouvelles enquêtes sur ce dossier. L’université, la fraternité Chi Phi et la sororité de la plaignante n’ont pas souhaité commenter la procédure en cours. L’affaire a également eu des répercussions locales : le conseil municipal d’Ithaca, où se trouve le campus, a voté un moratoire temporaire sur certains permis d’événements liés à Cornell, ainsi qu’un amendement demandant à l’université de transmettre à la police d’Ithaca ses enquêtes internes sur les crimes sexuels violents.

Date Événement
Octobre 2024 Faits dénoncés par la plaignante
Novembre 2024 Le procureur du comté de Tompkins classe le dossier
Septembre 2026 Dépôt de la plainte civile de Jane Doe
28 septembre 2026 Message public de Letitia James sur l’affaire
1er-2 octobre 2026 Nomination de Letitia James, puis annonce d’une enquête pénale active
7 octobre 2026 Recours de Gillio Lopes pour écarter Letitia James
9 octobre 2026 Recours de Winston Lee pour le même motif
29 octobre 2026 Audience prévue sur le premier recours

Dans l’attente de l’audience du 29 octobre, le sort de l’enquête pénale reste suspendu à la question de savoir qui, du bureau de la procureure générale ou du procureur local, la conduira jusqu’à son terme. Une clarification qui déterminera aussi le calendrier d’une éventuelle saisine du grand jury, seule étape susceptible de déboucher sur des poursuites pénales dans ce dossier qui, un an après son ouverture, continue de mobiliser le campus et la classe politique new-yorkaise.

Sources