« Kotlikoff, démission ! » : des milliers d’étudiants battent le pavé à Cornell

Rubans violets, pancartes et slogans scandés devant le bâtiment administratif : des milliers d’étudiants, enseignants et membres du personnel ont manifesté lundi et mardi sur le campus de l’université Cornell pour exiger la démission de son président, Michael Kotlikoff, jugé trop tardif et trop timide dans sa gestion de l’affaire des Sept.

« Trop souvent, on nous répond par le silence »

La mobilisation, partie du campus d’Ithaca dans l’État de New York, a réuni des centaines, puis des milliers de personnes selon les médias locaux, pour dénoncer la manière dont l’université a traité la plainte civile déposée par une étudiante désignée sous le nom de Jane Doe, qui affirme avoir été agressée sexuellement en 2024 par plusieurs membres d’une fraternité. Sur les pancartes : « Support survivors, expel rapists » (soutenez les victimes, expulsez les violeurs) ou encore « Justice 4 every Jane Doe ». La foule a scandé, en direction du bâtiment administratif, « Kotlikoff, resign! » (Kotlikoff, démission !).

des milliers d’étudiants battent le pavé à Cornell

Suzie Barrows, étudiante en deuxième année, a confié aux médias locaux : « Seeing how this case was handled really struck me to the core » (voir comment cette affaire a été traitée m’a vraiment touchée au plus profond). Une autre étudiante, Athena Holloway, a résumé le sentiment ambiant : « Too often, we are met with silence, we are met with statements, but not enough support » (trop souvent, on nous répond par le silence, on nous répond par des communiqués, mais pas assez de soutien).

Parmi les intervenants figurait aussi une enseignante, la professeure Julia Chang, venue rappeler devant la foule qu’un « viol ne devrait jamais être une fatalité », tandis qu’une autre étudiante, Madeline Gage, a pris la parole sur les défaillances institutionnelles en matière de prévention et de soutien aux victimes. Le cortège s’est finalement dispersé aux cris de « Ban the frats! » (interdisez les fraternités !), un slogan qui traduit la défiance d’une partie du campus envers l’ensemble du système des confréries étudiantes, bien au-delà du seul cas visé par la plainte initiale.

Lire en complément: « Nous devons faire mieux » : le président de Cornell rompt enfin le silence sur l’affaire des Sept

Vitres brisées et graffitis sur le bâtiment administratif

Dans la nuit, des manifestants ont endommagé Day Hall, le bâtiment qui abrite la présidence de l’université : une porte vitrée a été brisée et des graffitis, dont le message « Smash the patriarchy », sont apparus sur les murs. Le porte-parole de Cornell, Kyle Kimball, a réagi en reconnaissant « la frustration et les émotions fortes » exprimées par la communauté universitaire, tout en avertissant que « dégrader des biens n’est pas la réponse » et en annonçant l’ouverture d’une enquête sur ces dégradations.

Les revendications des manifestants vont bien au-delà du seul départ du président : refonte des définitions du consentement dans le code de conduite étudiant, formation renforcée de la police du campus, fermeture des maisons de fraternité, sanctions minimales uniformes pour les agressions sexuelles, ouverture d’une enquête externe indépendante, et expulsion ou révocation du diplôme pour l’ensemble des auteurs présumés des faits de 2024.

Une présidence déjà fragilisée par une semaine de crise

La manifestation intervient trois jours après la prise de parole du président Kotlikoff, qui avait qualifié les faits rapportés de « deeply disturbing » (profondément troublants) et reconnu des manquements de son administration, tout en annonçant un examen indépendant mené par un cabinet juridique externe sur la gestion initiale du dossier en 2024. Mardi, il a de nouveau pris la parole pour affirmer qu’« appartenir à un groupe ne peut jamais diminuer la responsabilité individuelle » de chacun de ses membres, sans toutefois répondre à la demande de démission.

Cette nouvelle semaine de crise s’inscrit dans une séquence déjà longue pour l’université new-yorkaise. Depuis la révélation de la plainte civile, la gouverneure de l’État de New York a retiré l’enquête pénale au procureur local, jugé trop clément, pour la confier à la procureure générale de l’État. La fraternité Chi Phi, dont plusieurs membres figurent parmi les sept hommes mis en cause, a depuis été fermée par l’université, certains étudiants ayant été suspendus et d’autres expulsés, en attendant l’issue d’une procédure qui reste, à ce stade, purement disciplinaire et non judiciaire. C’est cette lenteur perçue de la justice, pénale comme universitaire, que les manifestants disent ne plus vouloir supporter.

Pour l’instant, aucune charge pénale n’a été retenue contre les sept hommes mis en cause, dont les avocats ont, pour certains, nié toute agression sexuelle et évoqué des relations consenties. L’examen indépendant commandé par l’université sur sa gestion de l’affaire en 2024 n’a pas encore livré ses conclusions. Reste que la pression, politique comme étudiante, continue de s’accumuler sur la présidence de Cornell, qui devra se prononcer dans les prochains jours sur les suites qu’elle entend donner à ce mouvement, et sur son propre avenir à la tête de l’établissement.

L’affaire, largement relayée par la presse américaine sous le nom de « Cornell Seven », a dépassé depuis plusieurs semaines le seul cadre du campus d’Ithaca pour devenir un sujet de débat national sur la manière dont les grandes universités américaines gèrent les plaintes pour agression sexuelle impliquant des étudiants issus de systèmes de fraternités influents.

Les conclusions de l’examen indépendant commandé par l’université sur sa gestion du dossier en 2024 sont désormais très attendues, tout comme une éventuelle décision de la procureure générale de l’État de New York sur l’ouverture, ou non, de poursuites pénales.

Sources

  • The Philadelphia Inquirer : déroulement de la manifestation, citations des étudiantes, revendications.
  • ABC News Australia : citations nommées et liste des revendications des manifestants.
  • Time News : dégâts matériels à Day Hall et réaction du porte-parole de Cornell.