3 parcs pilotes, 7 recommandations : l’éolien flottant français prépare son passage à l’échelle
Après les premiers retours d’expérience des trois parcs pilotes installés en Méditerranée, l’association professionnelle Evolen a identifié plusieurs points de vigilance et formulé sept recommandations pour préparer le passage de l’éolien flottant français à l’échelle commerciale.
Trois parcs pilotes, un même laboratoire en Méditerranée
Depuis plusieurs mois, la Méditerranée française héberge les trois seuls parcs pilotes d’éoliennes flottantes du pays. Provence Grand Large, au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône, développe 25 MW. Plus à l’ouest, le parc EFGL (Éoliennes Flottantes du Golfe du Lion), installé au large de Leucate (Aude) et du Barcarès (Pyrénées-Orientales), aligne trois turbines Vestas de 10 MW chacune, montées sur des flotteurs Principle Power, pour une puissance de 30 MW ; il est porté par Ocean Winds. À quelques encablures, le parc EolMed, à environ 18 kilomètres des côtes de Gruissan et de Port-la-Nouvelle, développe lui aussi 30 MW grâce à trois turbines MHI Vestas installées sur des flotteurs Damping Pool® conçus par BW Ideol ; le projet est porté par un consortium réunissant Qair, TotalEnergies et BW Ideol. EFGL a injecté ses premiers électrons dans le réseau à la mi-avril 2026, suivi par EolMed le 23 avril.

C’est sur la base du fonctionnement de ces trois installations que l’association française des entreprises et professionnels au service des énergies, Evolen, a conduit au premier semestre 2026 un retour d’expérience collectif associant exploitants, industriels et bureaux d’études. L’objectif affiché : tirer les enseignements de cette première génération de parcs avant que la filière ne s’attaque à des projets de taille commerciale, nécessairement plus complexes et plus coûteux.
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Interfaces, contrats, certification : les points de vigilance identifiés
La synthèse rendue publique par Evolen pointe plusieurs zones de friction rencontrées sur les trois chantiers pilotes. Les interfaces techniques entre les différents lots, flotteur, turbine, ancrage, câblage dynamique, figurent parmi les points les plus sensibles, de même que les modèles contractuels retenus entre maîtres d’ouvrage, fournisseurs et sous-traitants. La certification des flotteurs, qui doit concilier les référentiels maritimes classiques avec les spécificités de l’éolien flottant, reste également identifiée comme un chantier à part entière. Enfin, l’acceptabilité des projets auprès des populations côtières et des autres usagers de la mer, pêcheurs notamment, demeure un facteur déterminant pour la suite du développement de la filière.
Sur la base de ces constats, Evolen formule sept recommandations destinées à accompagner les porteurs des futurs parcs commerciaux. Elles visent, selon l’association, à sécuriser en amont les interfaces technique et contractuelles, à clarifier les exigences de certification avant le lancement des appels d’offres, et à structurer plus tôt le dialogue avec les parties prenantes locales, autant de sujets sur lesquels les trois parcs pilotes ont essuyé, à des degrés divers, les premiers obstacles d’une filière encore jeune en France.
Le cap des parcs commerciaux et de la Bretagne
Ces enseignements arrivent à un moment charnière pour la filière. L’État a retenu cinq ports, Cherbourg, Brest, Nantes-Saint-Nazaire, Port-la-Nouvelle et Marseille-Fos, pour accueillir les infrastructures industrielles nécessaires à l’assemblage des futurs parcs commerciaux, avec 260 millions d’euros d’aides publiques mobilisées dans le cadre de France 2030, pour un investissement total avoisinant le milliard d’euros. Parmi les projets les plus avancés figurent les deux parcs Bretagne Sud 1 et 2, dont la puissance combinée est attendue entre 600 et 800 MW, bien au-delà des 25 à 30 MW des installations pilotes méditerranéennes. La France vise au total 6 GW d’éolien flottant à l’horizon 2040.
« Grâce à France 2030, nous nous donnons les moyens d’investir dans des infrastructures portuaires qui permettront à la France de développer une filière industrielle compétitive, créatrice d’emplois et capable de répondre à notre impératif de décarbonation », a résumé Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, lors de l’annonce des ports lauréats.
| Parc pilote | Puissance | Localisation | Porteurs |
|---|---|---|---|
| Provence Grand Large | 25 MW | Port-Saint-Louis-du-Rhône | EDF Renouvelables |
| EFGL | 30 MW (3 x 10 MW) | Leucate / Le Barcarès | Ocean Winds, flotteurs Principle Power |
| EolMed | 30 MW (3 x 10 MW) | Gruissan / Port-la-Nouvelle | Qair, TotalEnergies, flotteurs BW Ideol |
| Bretagne Sud 1 et 2 (projets) | 600 à 800 MW combinés | Atlantique, au large de la Bretagne | En cours d’attribution |
Pour la filière française de l’éolien flottant, le passage de ces fermes pilotes de 25 à 30 MW à des parcs commerciaux vingt à trente fois plus puissants constitue un changement d’échelle inédit. Les recommandations d’Evolen doivent désormais être reprises par les porteurs de projets et les pouvoirs publics avant le lancement des prochains appels d’offres commerciaux, dont l’issue conditionnera la capacité de ports comme Port-la-Nouvelle, déjà rodé sur les chantiers pilotes, ou de Brest et Nantes-Saint-Nazaire, encore en cours d’équipement, à tenir les délais fixés pour les premières mises en service attendues vers la fin de la décennie.
Sources
- Mer et Marine : synthèse du retour d’expérience d’Evolen sur les trois parcs pilotes méditerranéens.
- BW Ideol : fiche technique du projet EolMed (localisation, puissance, partenaires).
- EDF : communiqué de mise en service complète du parc Provence Grand Large.
- Figaro Nautisme : ports lauréats de France 2030, financements et citation de la ministre Maud Bregeon.