Réserves pétrolières de Guyane : une aubaine de pour l’économie ou menace écologique ?

La recherche de pétrole en mer, en particulier au large de la Guyane, suscite de nombreuses interrogations, et le gouvernement a rejeté l’idée de relancer l’exploration pétrolière dans cette région.

5 000 à 6 000 mètres sous la surface maritime, diverses entreprises se lancent dans l’exploration au large de la Guyane. Théoriquement, cela pourrait représenter une véritable opportunité : cette zone se trouve entre le Guyana, le Brésil et le Venezuela, dans une région que les experts désignent sous le nom de Petit Qatar. Cette appellation suscite de l’intérêt, surtout dans un contexte de hausse des coûts de la vie et de pauvreté persistante.

Néanmoins, la prospection ne s’apparente pas à un jeu d’enfant avec un plan détaillé. C’est un domaine où le risque est omniprésent, basé sur des informations souvent lacunaires, et chaque forage s’accompagne de coûts prohibitifs, avec la possibilité de travailler pendant des semaines sans succès. Même un spécialiste comme Jean-Pierre Favennec, professeur en énergie, souligne que la recherche de réserves est souvent aléatoire. À ce jour, la Guyane n’a pas fait de découvertes notables. Bien qu’il y ait eu des forages montrant des traces de pétrole, ceux-ci n’ont pas révélé de gisements d’une taille significative.

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2011-2012, un projet qui s’est enlisé

Retour sur les événements passés. En 2011, Shell a annoncé des indications de pétrole au large de la Guyane. Bien que cela n’ait pas été un vaste champ pétrolier, cette découverte a suscité l’enthousiasme des géologues. Dans ce secteur, une simple indication suggère que le système pétrolier a peut-être fonctionné, impliquant génération, migration et, potentiellement, piégeage du pétrole. Toutefois, cette possibilité n’assure pas un retour sur investissement.

Réserves pétrolières de Guyane

Ce projet a rapidement pris une signification locale forte. Pour certains, il représentait une chance de sortir d’une économie tributaire des importations et d’un manque d’emplois qualifiés. D’autres ont exprimé une forte opposition, faisant remarquer que l’exploration offshore n’est pas une tâche anodine : elle est complexe, risquée et se déroule dans un écosystème tropical fragile.

Par conséquent, l’élan a été interrompu. Les initiatives d’exploration ont été abandonnées en raison de la contestation publique et des doutes concernant la rentabilité. Beaucoup oublient qu’il ne suffit pas de découvrir du pétrole ; il faut aussi pouvoir l’extraire de manière économiquement viable et le vendre dans de bonnes conditions. Sinon, il ne reste qu’un gisement théorique.

Depuis lors, les discussions émergent par vagues, souvent en réaction à des annonces faites par des pays voisins ou à des indicateurs économiques qui contrastent avec la situation à Cayenne. Toutefois, sur le terrain, la réalité est inchangée : aucune découverte majeure n’a été validée en Guyane française, et le cadre politique s’est durci, notamment suite à la loi de 2017 visant à abandonner les hydrocarbures. Ainsi, l’épisode de 2011-2012 rappelle que la situation est bien plus nuancée qu’un simple récit.

Le Petit Qatar vu depuis Kourou

La désignation de Petit Qatar a une connotation provocatrice. Elle souligne surtout que la Guyane se trouve au cœur d’un bassin où des découvertes pétrolières ont été faites par ses voisins. Au Guyana, les perspectives ont considérablement changé, avec une croissance du PIB de 47 % entre 2022 et 2024, selon le FMI. Ce chiffre met en évidence des frustrations croissantes.

En Guyane, ce débat est très tangible. Dans un territoire où 53 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, chaque promesse de richesse attire l’attention. De plus, le coût de la vie est élevé. Une résidente de Kourou illustre cette réalité : des tomates à 6 euros le kilo ici, tandis qu’en métropole, elles ne coûtent qu’un euro. Dans ce cadre, le pétrole symbolise un espoir d’évasion.

Cette disparité engendre un ressentiment classique : d’une part, les pays voisins exploitent, d’autre part, la Guyane demeure spectatrice. Cependant, cette comparaison a ses limites. Les pays voisins ne font pas face aux mêmes contraintes juridiques, climatiques ou sociales. De plus, ils ont parfois eu la chance de découvrir des réservoirs prometteurs à des emplacements favorables. Dans ce domaine, la chance n’est pas une notion négligeable, mais plutôt un facteur clé.

Forer à 7 000 m, n’est pas un jeu d’enfant

Lorsque l’on évoque l’exploration en offshore profond, beaucoup s’imaginent simplement une plateforme. La réalité est que cela comporte de nombreux défis techniques. Dans cette région, les découvertes majeures de gisements au Guyana ou au large du Brésil se trouvent à des profondeurs de 5 000 ou 6 000 mètres. Près de Rio, il a même été mentionné un gisement à près de 7 000 m. Ici, il ne s’agit plus de pétrole facile d’accès.

Le professeur Favennec en donne un aperçu concret : pour atteindre ce type de gisements, il faut passer par environ 2 000 m d’eau, puis 1 000 m de sédiments, avant de faire face à 2 000 m de sel. Ce dernier constitue un véritable cauchemar pour les foreurs : il se déplace, se déforme, complique l’imagerie sismique et menace la stabilité des puits. Chacune de ces étapes accroit les risques, les délais et les coûts associés.

En Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, les gisements se situent à une profondeur maximale de 1 000 ou 2 000 mètres. En revanche, les gisements importants découverts au Guyana, au nord de la Guyane ou au Brésil, se trouvent à 5 000 ou 6 000 mètres de profondeur. Au large de Rio, l’un d’eux a été identifié à près de 7 000 m de profondeur.

C’est à ce moment que la question de rentabilité refait surface. Pour que cela soit viable, il est impératif de commercialiser des volumes conséquents. Il ne suffit pas de découvrir du pétrole ; il faut également en trouver suffisamment, avec un débit adéquat, une qualité exploitable et une logistique maîtrisée. Sinon, cela se résume à un communiqué de presse flatteur et un dossier qui se retrouve aux archives. L’exploitation du pétrole en offshore profond relève d’un capitalisme d’un niveau très élevé.

Pourquoi l’aléatoire n’est pas une excuse

Prétendre que l’exploration est aléatoire ne signifie pas éluder ses responsabilités. C’est une caractérisation de la réalité de ce secteur. On peut disposer de modèles géologiques perfectionnés, mener des campagnes sismiques et recueillir des indices, et pourtant se tromper. Un exemple significatif : en Côte d’Ivoire, pendant cinquante ans, seules des découvertes modestes ont été réalisées. Puis, de manière inattendue, deux gisements majeurs d’environ 20 millions de tonnes de pétrole ont été découverts.

En Guyane, le débat est faussé par une phrase : si nous interdisons, nous ne saurons jamais. Ce point est valide d’un point de vue scientifique. Cependant, la science n’est pas la seule décisionnaire. Il existe des considérations de stratégie nationale, d’orientation climatique et d’acceptation locale. Enfin, il y a un aspect moins attrayant : même avant l’exploitation, l’exploration a déjà des impacts, notamment à travers les campagnes sismiques et l’industrialisation en mer.