L’Invincible : Naval Group lance la construction du premier sous-marin nucléaire de 3e génération
Naval Group a engagé à Cherbourg la construction du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération (SNLE 3G), baptisé L’Invincible. Ce bâtiment doit remplacer, à partir de la fin 2037, les sous-marins de la classe Le Triomphant qui portent aujourd’hui la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.
Une coque qui prend forme à Cherbourg
Le programme SNLE 3G a été lancé en février 2021 avec un premier contrat couvrant les études de conception de base, les approvisionnements à long terme, les premières parties de coque et de réacteur, ainsi que l’adaptation des installations industrielles du site de Cherbourg. Trois ans plus tard, le 20 mars 2024, Naval Group a procédé à la découpe de la première tôle du bâtiment, marquant le début de la fabrication de la coque de ce sous-marin appelé à rester en service durant plusieurs décennies.
Un second contrat a débuté en novembre 2025. Il couvre la montée en puissance des moyens de production, la conception détaillée des sous-marins, le lancement de l’ensemble des approvisionnements et la construction du premier SNLE 3G. Le nom du bâtiment, L’Invincible, a été dévoilé en mars 2026 par le président de la République. Naval Group a confirmé le 17 juillet 2026 que la construction de ce premier exemplaire était désormais bien engagée.
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Remplacer Le Triomphant, préserver la frappe en second
Depuis la première patrouille du sous-marin Le Redoutable en 1972, la France maintient sans interruption un sous-marin lanceur d’engins à la mer afin de garantir une capacité de frappe en second, c’est-à-dire la possibilité de riposter même après une attaque majeure. La classe Le Redoutable avait incarné la volonté française de disposer d’une dissuasion autonome, quand le Royaume-Uni avait fait reposer sa propre composante embarquée sur une coopération technologique américaine. La classe Le Triomphant avait ensuite marqué un saut dans la discrétion acoustique et la maîtrise industrielle du programme.
Le 17 juillet 2026, dans un entretien publié par Naval Group, Claire, ingénieure en chef de l’armement à la Direction générale de l’armement (DGA), a rappelé l’ambition du programme : « L’objectif du programme SSBN 3G (SNLE 3G) est de concevoir et de construire quatre SSBNs (SNLE) pour remplacer les SNLE de la classe Le Triomphant au fur et à mesure de leur retrait du service actif, dont le premier fêtera ses 40 ans en 2037. »
Une dissuasion nationale à l’heure du doute stratégique européen
Ce programme, très national par son industrie, arrive à un moment où plusieurs capitales européennes réexaminent la place des garanties américaines dans leur sécurité stratégique. Sans faire de la dissuasion française un substitut au parapluie américain, cette séquence industrielle illustre la manière dont Paris entend maintenir, sur le temps long, une capacité de frappe en second entièrement maîtrisée par son propre outil industriel : conception, coque, propulsion et armement.

Cette dynamique dépasse d’ailleurs le seul programme SNLE 3G. Selon des données rapportées par l’agence financière Zonebourse, la filière navale militaire française a dépassé 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (dont environ 70 % dans la défense et 30 % dans le commercial), en croissance de 9 % sur un an, une performance également relayée par Le Journal des Entreprises. Le PDG de Naval Group, Pierre-Éric Pommellet, a par ailleurs indiqué que le groupe visait un milliard d’euros de chiffre d’affaires en Europe dès 2026, avec un objectif de 1,5 milliard les années suivantes, porté par des clients comme la Belgique, les Pays-Bas, la Grèce ou la Suède : un signe supplémentaire de ce que les industriels de la défense décrivent comme une préférence européenne croissante pour des solutions conçues sur le continent.
| Lancement du programme | Février 2021 |
| Première tôle découpée | 20 mars 2024 |
| Second contrat (production, construction) | Novembre 2025 |
| Nom du bâtiment dévoilé | Mars 2026 (par le président de la République) |
| Nombre de SNLE 3G prévus | 4 bâtiments |
| Retrait progressif de la classe Le Triomphant | À partir de fin 2037 (le premier sous-marin de la classe aura alors 40 ans) |
| Première patrouille d’un SNLE français | 1972 (Le Redoutable) |
La construction de L’Invincible s’inscrit désormais dans la durée : les trois autres SNLE 3G doivent suivre au fur et à mesure du retrait de service des bâtiments de la classe Le Triomphant, le calendrier restant rythmé par l’échéance de 2037, année des 40 ans du premier sous-marin de cette classe encore en service. D’ici là, Naval Group devra tenir un rythme de production soutenu sur son site de Cherbourg, pièce centrale de la dissuasion océanique française pour les décennies à venir.
Sources
- Meta-Defense.fr, « L’Invincible entre en construction chez Naval Group, premier SNLE 3G de la Marine nationale » (17 juillet 2026) : calendrier du programme, contexte historique et citation de la DGA.
- Zonebourse, « Naval Group constate une accélération de la préférence européenne, selon son PDG » : chiffres sur la croissance européenne du groupe.
- Le Journal des Entreprises, « L’industrie navale française garde le cap de la croissance » : chiffre d’affaires 2025 de la filière navale française.