620 salariés, deux fonderies : Framatome muscle la souveraineté du nucléaire français

Framatome vient de prendre une participation minoritaire dans Manoir France, filiale du britannique Paralloy Group qui possède deux fonderies françaises spécialisées dans les pièces destinées au nucléaire et à la défense.

Une participation minoritaire dans Manoir France

Framatome a annoncé le 17 juillet 2026, dans un communiqué officiel, l’acquisition d’une participation minoritaire dans Manoir France. Cette société est une filiale du groupe britannique Paralloy, propriétaire de deux fonderies françaises, à Saint-Dizier (Haute-Marne) et à Pîtres (Eure). Ces deux sites sont spécialisés dans la fabrication de pièces de fonderie de haute technicité, notamment des composants destinés aux industries nucléaire et de défense.

Cet investissement concrétise un soutien annoncé par Framatome au début de l’année 2026, lorsque Manoir France avait repris les fonderies Hachette et Driout, aujourd’hui intégrées au sein de Firth Vickers France, une autre filiale de Manoir France. Ce rachat, opéré dans le cadre du démantèlement du groupe ACI, avait permis de sauver 167 emplois sur les 249 que comptaient ces deux sites, selon Le Journal des Entreprises.

« Cette participation au capital consolide deux sites de fonderie emblématiques en France, au service des secteurs industriels les plus exigeants, notamment le nucléaire et la défense. Elle nous donne un levier supplémentaire pour renforcer notre souveraineté et sécuriser nos chaînes d’approvisionnement, en particulier pour le programme EPR2 et pour l’industrie de défense », a déclaré Grégoire Ponchon, PDG de Framatome, dans le communiqué de l’entreprise.

Lire en complément: Hydrogène décarboné : la France désigne ses trois premiers champions et offre 778 millions d’euros

Saint-Dizier et Pîtres, deux fonderies stratégiques

Manoir France produit des pièces métalliques à haute performance pour plusieurs secteurs industriels sensibles : le nucléaire, la défense, l’aérospatiale et la pétrochimie. Ses sites fabriquent en particulier des composants de vannes et de pompes destinés aux centrales nucléaires, qui doivent répondre à des exigences très élevées de sûreté et de fiabilité. Les sites de Pîtres et de Saint-Dizier emploient respectivement 450 et 170 salariés, soit environ 620 emplois industriels consolidés par cette opération.

Élément Donnée
Date de l’annonce 17 juillet 2026
Site de Pîtres (Eure) 450 salariés
Site de Saint-Dizier (Haute-Marne) 170 salariés
Effectif total consolidé environ 620 salariés
Reprise des fonderies Hachette et Driout début 2026, 167 emplois sauvegardés sur 249
Actionnariat de Framatome EDF 75,5 %, Mitsubishi Heavy Industries 19,5 %, Assystem 5 %

Le groupe Paralloy, de son côté, poursuit une stratégie d’ancrage industriel en France dans des secteurs jugés stratégiques. « Le groupe Paralloy continue de développer son ancrage industriel en France et d’investir dans des secteurs stratégiques clés, tels que l’énergie et la défense. Ce nouveau partenariat avec Framatome s’appuie sur la riche histoire de Paralloy, de Manoir ainsi que des fonderies Hachette et Driout, et vise à accélérer les investissements dans l’outil industriel, les capacités de production et les meilleures pratiques, afin de sécuriser à long terme ces chaînes d’approvisionnement critiques », affirme Robert McGowan, président de Manoir France et PDG du groupe Paralloy, cité dans le même communiqué.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement de l’EPR2 et de la défense

Au-delà de la prise de participation, Framatome s’engage à contribuer directement au développement des deux fonderies. L’entreprise soutiendra les investissements nécessaires pour sécuriser leurs activités au service du nucléaire et de la défense, et apportera son expertise en matière de sûreté, de sécurité, de culture qualité et de gestion de projets nucléaires. Cette montée en puissance industrielle intervient alors que Framatome multiplie les annonces sur son outil de production français : le groupe avait inauguré, le 2 juillet 2026, un centre de fabrication additive à Romans-sur-Isère, présenté comme unique en Europe pour la production de pièces métalliques destinées aux marchés civil et militaire.

Framatome vient de prendre une participation minoritaire dans Manoir France

La fonderie de pièces forgées et moulées est un maillon souvent invisible mais critique de la filière nucléaire française, notamment pour le programme EPR2, dont le coût plafond a été fixé à 72,8 milliards d’euros pour les six premiers réacteurs. En consolidant deux sites capables de produire des vannes et des pompes aux normes de sûreté nucléaire, Framatome cherche à limiter sa dépendance à des fournisseurs étrangers pour des composants jugés sensibles, à l’heure où la relance du nucléaire civil et la montée en cadence des programmes de défense sollicitent simultanément les mêmes capacités de fonderie en France.

Un an après le démantèlement du groupe ACI

L’opération solde, un an et demi après les faits, l’un des épisodes industriels marquants de la filière métallurgique française : le démantèlement du groupe ACI, dont les fonderies Hachette et Driout comptaient parmi les usines les plus stratégiques, selon L’Usine Nouvelle. Reprises par le tandem franco-britannique Paralloy-Framatome, elles ont depuis été intégrées à Firth Vickers France. L’entrée au capital annoncée le 17 juillet formalise cette fois l’implication directe de Framatome, qui passe du statut de simple soutien industriel à celui d’actionnaire. Aucune échéance n’a été communiquée pour une éventuelle montée au capital, mais le groupe indique vouloir accompagner les investissements de production sur la durée, au rythme des besoins du programme EPR2 et des commandes de défense.

Sources