De 600 millions à 1 milliard : la Belgique cherche une frégate hors des Pays-Bas
La Belgique a officiellement annoncé qu’elle allait consulter cinq pays, dont la France, pour trouver une solution de repli à son programme de frégates mené avec les Pays-Bas. En cause : des retards qui s’accumulent et une facture qui a doublé.
Un programme belgo-néerlandais à bout de souffle
Le 19 juillet 2026, le ministre belge de la Défense Theo Francken a confié à la chaîne flamande VTM que ce dossier lui donnait des « migraines ». Le lendemain, une lettre était envoyée à plusieurs industriels internationaux pour leur demander de proposer des solutions alternatives au programme ASWF (Anti-Submarine Warfare Frigate), lancé en 2023 conjointement avec les Pays-Bas et confié au chantier néerlandais Damen, associé à Thales Nederland.
Ce programme doit initialement fournir deux à quatre frégates à la marine royale néerlandaise et deux à trois unités à son homologue belge. Mais le design initial (145 mètres de long pour 6 400 tonnes à pleine charge) s’est révélé trop exigu pour accueillir tous les équipements prévus. Il a fallu allonger la coque de 7 mètres et l’élargir de 50 centimètres, portant le tonnage à plus de 7 000 tonnes. Conséquence directe : les délais de livraison ont encore glissé, passant de 2030 à 2033 pour la première unité belge, tandis que le coût unitaire serait passé de 600 millions à 1 milliard d’euros, selon des informations relayées par la presse belge.
Le calendrier inquiète d’autant plus Bruxelles que ses deux frégates actuelles, les Léopold Ier et Louise-Marie (d’anciennes unités néerlandaises de type M datant de 1991), arrivent en fin de vie. La première doit être désarmée en 2028 ; la seconde a connu une avarie technique début juillet qui l’a immobilisée à New York, l’empêchant de participer à la parade internationale marquant les 250 ans de l’indépendance américaine.
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Cinq pays sollicités, la France en embuscade
« Si c’est possible, nous continuerons avec les Néerlandais. Nous avons une longue tradition commune et c’est préférable de travailler sur la même plateforme. Mais si c’est dans les conditions actuelles, avec un prix qui a doublé et un timing catastrophique, nous avons un problème », a expliqué Theo Francken à VTM (propos traduits).

Le ministre a précisé que des demandes d’information seraient envoyées à des constructeurs espagnols (Navantia), français (Naval Group), allemands (TKMS, NVL), italiens (Fincantieri) et turcs, avant une décision annoncée pour le mois d’octobre. Parmi ces options, la frégate de défense et d’intervention (FDI) de Naval Group, dite classe Amiral Ronarc’h, occupe une place particulière. Compacte (4 500 tonnes, 122 mètres), entièrement numérique et équipée du radar à quatre faces Sea Fire de Thales, elle a déjà convaincu la Grèce et surtout la Suède, qui en a commandé quatre exemplaires pour sécuriser son calendrier de livraison d’ici 2030.
L’argument commercial de Naval Group tient beaucoup à sa cadence de production, portée à deux FDI par an sur son site de Lorient. La France et la Belgique collaborent en outre déjà sur le programme de chasseurs de mines de la classe City, ce qui pourrait faciliter un rapprochement industriel. Début juillet, le PDG de Naval Group Pierre-Éric Pommellet indiquait à Reuters, en marge de l’assemblée générale du Gican, que le chiffre d’affaires du groupe en Europe (nul en 2019) devrait atteindre 1 milliard d’euros en 2026 et viser 1,5 milliard d’euros dans les prochaines années, porté notamment par la Belgique, les Pays-Bas, la Grèce et la Suède. En Allemagne, la question se pose dans des termes similaires : Berlin a mis fin à son propre programme de frégates F126 avec Damen, en proie aux mêmes déboires, pour se tourner vers la plateforme MEKO 200 de TKMS.
Un calendrier serré pour Bruxelles
La marine belge ne dispose que d’une marge de manœuvre réduite. Si le programme ASWF devait être définitivement abandonné, Bruxelles pourrait se retrouver, au début des années 2030, sans aucune frégate de premier rang disponible : un risque de rupture capacitaire jugé inacceptable par le gouvernement, qui a précipité l’envoi des demandes d’information.
Reste à savoir si la décision d’octobre ira jusqu’à l’abandon pur et simple du partenariat avec les Pays-Bas, ou si elle servira surtout de levier de négociation pour obtenir de meilleures conditions de la part de Damen. Les discussions avec La Haye se poursuivent en parallèle, précise Theo Francken, qui dit n’exclure aucune piste avant sa décision.
Quelle que soit l’issue, ce dossier illustre une tendance plus large en Europe : plusieurs marines cherchent aujourd’hui à sécuriser leurs livraisons de frégates en dehors de leurs partenariats historiques, sur fond de réarmement et de dégradation du contexte sécuritaire. Pour Naval Group, déjà engagé auprès de la Grèce et de la Suède, un éventuel contrat belge viendrait renforcer une dynamique commerciale européenne déjà soutenue. Rendez-vous en octobre 2026 pour connaître l’arbitrage du gouvernement belge sur la poursuite, ou non, du partenariat avec les Pays-Bas.
Sources
- Mer et Marine, article du 20 juillet 2026 annonçant l’envoi de demandes d’information à cinq pays industriels.
- Zone Militaire (Opex360), détail des déclarations de Theo Francken et du contexte du programme ASWF.
- Zonebourse (dépêche Reuters), propos de Pierre-Éric Pommellet sur la croissance de Naval Group en Europe.