450 km sous la Méditerranée : le pipeline à hydrogène BarMar franchit une étape clé

Le projet BarMar, une canalisation sous-marine destinée à acheminer de l’hydrogène renouvelable de Barcelone jusqu’à Fos-sur-Mer, vient de franchir une étape technique décisive : l’entrée en phase d’ingénierie détaillée (FEED).

Une infrastructure stratégique qui prend forme

Le consortium H2med, qui réunit les gestionnaires de réseaux gaziers français Teréga et NaTran, l’espagnol Enagás, le portugais REN et l’allemand OGE, a annoncé l’achèvement de la phase de pré-ingénierie (pre-FEED) du projet BarMar. Cette première étape a permis de confirmer la faisabilité technique de l’ouvrage, de définir les grandes caractéristiques de la canalisation sous-marine ainsi que les bases de conception de la station de compression associée. Un corridor maritime a également été identifié à partir des premières analyses environnementales, qui se poursuivent.

pipeline à hydrogène BarMar

Le projet entre désormais dans la phase FEED (Front-End Engineering Design), qui doit transformer ces orientations en une conception industrielle détaillée : validation du tracé définitif, configuration précise de la station de compression, préparation des dossiers réglementaires et définition des spécifications techniques nécessaires à la construction. Cette étape s’appuiera aussi sur les résultats des consultations publiques menées en France et en Espagne, achevées en juillet 2026 ; en France, les recommandations issues de la concertation seront intégrées à la poursuite du projet.

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Un maillon du futur réseau européen de l’hydrogène

Selon Teréga, l’un des quatre opérateurs porteurs du projet, la liaison BarMar doit permettre de transporter 2 millions de tonnes d’hydrogène par an, soit environ 10 % de la consommation européenne attendue en 2030, sur près de 450 kilomètres de canalisation posée par endroits jusqu’à 2 600 mètres de profondeur en Méditerranée. L’investissement total du projet est évalué à environ 2,1 milliards d’euros. BarMar constitue le tronçon sous-marin du corridor H2med, lancé en 2022 par la France, l’Espagne et le Portugal avec le soutien de l’Allemagne, pour relier les futurs bassins de production d’hydrogène solaire de la péninsule Ibérique aux grands centres de consommation industriels du nord-ouest de l’Europe.

« Nous passons des études de faisabilité à une modélisation industrielle concrète, une étape clé pour soutenir les objectifs de décarbonation de l’Europe », souligne Francisco de la Flor, PDG de BarMar. Désigné projet d’intérêt commun (PIC) et « autoroute de l’énergie » par la Commission européenne, H2med bénéficie de procédures d’autorisation simplifiées et d’un soutien financier dédié : plus de 28 millions d’euros ont été attribués en janvier 2025 au titre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) pour financer les études d’ingénierie et les campagnes d’investigation sous-marine et environnementale.

Calendrier et enjeux industriels

La prochaine étape consistera à attribuer le contrat de conception technique et d’études détaillées sous-marines. Les travaux de la phase FEED fourniront ensuite aux partenaires industriels et financiers les éléments nécessaires pour préparer la décision finale d’investissement (FID), préalable indispensable au lancement du chantier. La mise en service commerciale de BarMar est désormais envisagée pour 2032, sous réserve de l’obtention des autorisations nécessaires, un calendrier resserré par rapport à l’objectif initial de 2030 affiché lors du lancement du projet.

Le dossier bénéficie par ailleurs d’un soutien politique croissant : le 6 juillet 2026, une réunion ministérielle organisée à Paris dans le cadre du Groupe de haut niveau sur l’Europe du Sud-Ouest a réuni les représentants de la France, de l’Espagne et du Portugal, ainsi que le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen. La participation de l’Allemagne à cette instance, une première, illustre l’importance croissante accordée par Berlin à ces interconnexions énergétiques. Côté français, BarMar doit se raccorder à l’ouest au projet HySoW, un réseau de 650 kilomètres porté par Teréga pour desservir les bassins industriels de Bordeaux, Toulouse et Lacq ainsi que les ports de Bayonne et Port-la-Nouvelle.

Indicateur Donnée
Longueur de la canalisation BarMar environ 450 km
Profondeur maximale jusqu’à 2 600 m
Capacité de transport 2 millions de tonnes d’hydrogène par an
Part de la consommation européenne visée en 2030 environ 10 %
Investissement total estimé environ 2,1 milliards d’euros
Financement européen (MIE, janvier 2025) plus de 28 millions d’euros
Mise en service commerciale visée 2032

À l’heure où l’Europe cherche à sécuriser des approvisionnements énergétiques alternatifs au gaz russe et à décarboner son industrie lourde, BarMar illustre la difficulté à tenir les calendriers initiaux des grandes infrastructures transfrontalières : deux ans de décalage séparent déjà l’objectif de départ de la nouvelle échéance annoncée. La décision finale d’investissement, attendue une fois la phase FEED achevée, sera l’étape suivante à surveiller pour ce chantier qui doit faire de Fos-sur-Mer l’une des portes d’entrée de l’hydrogène européen.

Sources

  • Teréga, page officielle du projet H2med-BarMar (opérateur français porteur du projet, chiffres clés et calendrier).
  • ConstructionBTP, article du 23 juillet 2026 sur le passage en phase FEED et la citation du PDG de BarMar.