Air Liquide investit à Taïwan pour une usine de matériaux avancés pour soutenir la demande en puces IA
Le géant français des gaz industriels est un fournisseur de premier plan pour les fabricants de semi-conducteurs. Sa branche électronique représente aujourd’hui 40% de ses opportunités d’investissement.
Dans ce contexte industriel déjà très développé, une société française a récemment renforcé l’infrastructure : Air Liquide a ouvert une usine, non pas pour fabriquer des semi-conducteurs, mais pour produire les matériaux indispensables à leur création.
Le marché des semi-conducteurs va dépasser 1000 milliards
Le secteur des puces est dynamique depuis plusieurs décennies. On en trouve de plus en plus : dans les ordinateurs, évidemment, mais également les smartphones, les voitures, les appareils électroménagers et de plus en plus d’objets du quotidien. Mais le marché est littéralement en train d’exploser dans le sillage du développement du cloud, des data centers et, désormais, de l’intelligence artificielle.

Air Liquide est présent de longue date sur ce segment électronique. Son développement s’est fait via l’Asie. Le siège de cette activité y est localisé : il se situe au Japon. Le groupe français a beaucoup investi auprès des fabricants de puces depuis un peu plus d’une dizaine d’années. C’est le seul géant des gaz industriels à pouvoir proposer une offre globale, depuis les gaz vecteurs (comme l’azote) jusqu’aux matériaux avancés, et même les équipements qui permettent d’incorporer les gaz dans le process de fabrication des puces. Conséquence : Air Liquide occupe la première place mondiale dans la fourniture de gaz aux géants des semi-conducteurs.
Cette installation est consacrée à la fabrication de molécules spécifiques, nécessaires pour l’élaboration des composants électroniques à des échelles nanométriques.
Avec cette initiative, Air Liquide illustre le regain d’influence de la France dans le secteur stratégique des semi-conducteurs.
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Air Liquide ouvre sa première usine de matériaux avancés à Taïwan
Taïwan, épicentre des semi-conducteurs
Pour saisir l’importance de cette usine sur cette île très convoitée, quelques statistiques sont révélatrices.
En 2023, Taïwan représentait environ 46 % de la capacité mondiale de production de semi-conducteurs. Même si cette part pourrait diminuer à environ 41 % d’ici 2027, cela signifie que près de quatre puces sur dix dans le monde transitent par cette île, de taille comparable à celle de la région des Hauts-de-France.
Dans le domaine des technologies avancées, l’écart est encore plus frappant. Pour les procédés en dessous de 10 nanomètres, utilisés notamment pour l’intelligence artificielle ou les processeurs haut de gamme, la part taïwanaise grimpe à 68 %, et même à plus de 90 % pour les nœuds technologiques les plus sophistiqués (3 à 5 nm) !
Au cœur de cette domination se trouve un acteur incontournable : TSMC
Cette entreprise détient entre 60 % et 64 % du marché mondial des fonderies, et dépasse même les 90 % pour la fabrication des puces les plus avancées. En d’autres termes, lorsqu’un smartphone récent ou un service d’intelligence artificielle est utilisé, il est très probable que sa puce provienne de TSMC.
La force de cet écosystème repose également sur d’autres entreprises comme UMC ou ASE, qui complètent cet ensemble industriel.
Voici un aperçu consolidé des chiffres :
| Indicateur | Part taïwanaise | Interprétation |
|---|---|---|
| Capacité mondiale | 46 % → 41 % | Production globale dominante |
| Fonderies | ≈ 60 % (TSMC) | Leader mondial |
| Technologies avancées (<7 nm) | ≈ 92 % | Quasi-monopole |
| Puces 3–5 nm | > 90 % (TSMC) | Ultra-haut de gamme |
| Wafers avancés | ≈ 72 % | Dominance industrielle |
Cette concentration engendre une dépendance à l’échelle mondiale. Des géants technologiques, tels que Nvidia ou Apple, dépendent directement de cette infrastructure, ce qui souligne l’importance stratégique de chaque nouvelle usine ou extension de capacité.
Dans ce cadre, l’implantation d’Air Liquide prend une signification particulière. Produire localement les matériaux nécessaires permet d’assurer un approvisionnement sécurisé à proximité du cœur névralgique mondial, de diminuer les risques logistiques et de garantir la stabilité indispensable à des processus où la plus petite variation peut compromettre des mois de production.
Air Liquide, le partenaire français devenu essentiel pour les producteurs de semi-conducteurs
Les semi-conducteurs s’appuient sur une chaîne d’approvisionnement extrêmement complexe où chaque maillon est crucial, et des acteurs comme Air Liquide, bien que discrets, jouent un rôle fondamental.
Dans les fabs (usines de semi-conducteurs), la moindre impureté peut compromettre l’intégralité d’une production. C’est là que les gaz ultra purs, une spécialité d’Air Liquide, interviennent. Azote, hydrogène, silane, NF3 : ces gaz veillent à maintenir un environnement parfaitement contrôlé à chaque étape du processus.
Ce marché pèse des milliards d’euros, et la société en détient environ 30 à 40 %, réalisant plus de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires prévu pour 2024. Sa stratégie s’articule autour d’une proximité avec les géants du secteur tels que TSMC ou Intel.
Avec son usine de Taichung, le Français franchit un cap, puisqu’il sera désormais capable de produire les matériaux eux-mêmes, notamment des molécules à l’échelle nanométrique, grâce à la technique du dépôt par couche atomique (ALD).
Pendant que Taïwan produit, l’Europe s’efforce de rattraper son retard
Il serait erroné de penser que l’Europe est inactive alors que le reste du monde s’engage dans une course féroce aux semi-conducteurs.
Retour sur le vieux continent avec un détour par Grenoble pour découvrir le projet FAMES, soutenu par le CEA-Leti, qui représente environ 830 millions d’euros d’investissement, dont 730 millions pour la France. Cette ligne pilote est conçue pour servir de plateforme d’expérimentation où chercheurs et industriels peuvent évaluer la faisabilité de nouvelles technologies.
Grenoble bénéficie d’un écosystème exceptionnel qui couvre toute la chaîne de valeur et pourrait permettre à toutes ces innovations de franchir le cap de l’industrialisation, et pourquoi pas, redonner à l’Europe un avantage dans la compétition des semi-conducteurs.
Une industrie française réelle, souvent sous-estimée
Dans l’esprit collectif, la France ne se présente pas spontanément comme un acteur majeur des semi-conducteurs. Il est vrai que l’Hexagone représente peut-être seulement 1 % de la production mondiale dans ce domaine, mais cela ne devrait pas occulter les champions français et les nouveaux venus qui font briller notre pays, parfois avec éclat. Parmi eux, on trouve STMicroelectronics, qui conçoit et fabrique des composants pour l’automobile, l’énergie ou les systèmes embarqués, ainsi que Soitec, leader sur le marché des substrats SOI (« silicium sur isolant »), indispensables à de nombreuses applications contemporaines.
De plus, de nombreuses jeunes entreprises commencent à émerger, comme Scintil Photonics, qui a l’énorme privilège d’avoir le géant américain Nvidia parmi ses actionnaires !
Un écosystème français des semi-conducteurs structuré autour de spécialités complémentaires :
| Entreprise | Spécialité | Localisation | Positionnement |
|---|---|---|---|
| STMicroelectronics | Composants, puissance, FD-SOI | Grenoble / Crolles | Leader mondial |
| Soitec | Substrats SOI, SiC | Bernin | N°1 mondial RF-SOI |
| X-FAB (ex-Altis) | Fonderie 200 mm | Corbeil-Essonnes | Automobile / IoT |
| Teledyne e2v | Capteurs CMOS | Grenoble | Spatial / défense |
| UMS | GaAs / GaN | Villebon-sur-Yvette | Radar |
| Kalray | Processeurs DPU | Grenoble | IA |
| Ipdia | Condensateurs intégrés | Caen | Miniaturisation |
| Scintil Photonics | Photonique | Grenoble | Interconnexions rapides |
| Recif Technologies | Robotique wafer | Blagnac | Équipement industriel |
Un marché mondial colossal, propulsé par l’IA, l’automobile et l’énergie
En 2025, le marché des semi-conducteurs était évalué à environ 702 milliards de dollars, soit presque 646 milliards d’euros, et d’ici 2030, il pourrait atteindre 950 milliards de dollars, ce qui correspond à environ 875 milliards d’euros.
Cette croissance est principalement alimentée par des secteurs tels que les centres de données pour …