Le port de Rouen signe sa meilleure campagne céréalière avec 8,4 millions de tonnes

Avec 8,4 millions de tonnes de céréales chargées sur la campagne 2025/2026, le port de Rouen signe l’une de ses meilleures performances historiques, porté par une récolte abondante et des prix français restés compétitifs.

Un rebond spectaculaire après une campagne dégradée

Selon un communiqué diffusé le 10 juillet 2026 par Haropa Port (l’ensemble portuaire qui réunit Le Havre, Rouen et Paris), la campagne d’exportations céréalières 2025/26, achevée le 30 juin, se classe parmi les meilleures jamais réalisées par les quatre opérateurs de Rouen : Groupe BZ, Simarex, Sénalia et Soufflet-Socomac. Avec 8,4 millions de tonnes chargées, le port dépasse largement la campagne 2024/25, qui n’avait totalisé que 5,2 millions de tonnes, soit une progression de 61 % d’une campagne sur l’autre, et un volume nettement supérieur à la moyenne décennale de 7,4 millions de tonnes.

Ce rebond s’explique par une collecte 2025 qui a renoué avec la quantité et la qualité, après une moisson 2024 historiquement faible qui avait plombé les volumes disponibles à l’export. La campagne a par ailleurs été marquée par une concurrence internationale forte, notamment de la part des pays producteurs de blé de l’hémisphère sud, ce qui rend d’autant plus notable la compétitivité retrouvée du blé français.

vraquier en cours de chargement de céréales à un terminal du port de Rouen

Les blés meunier et fourrager totalisent 5,6 millions de tonnes exportées, tandis que l’orge atteint 2,6 millions de tonnes, soit le troisième meilleur résultat historique du port dans cette catégorie. Graines oléoprotéagineuses et malt complètent le tableau, à hauteur de 0,6 million de tonnes. Haropa Port conserve ainsi plus de la moitié des exportations céréalières françaises par voie maritime, confirmant sa position de premier port français pour les céréales.

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Le Maroc, premier client, la Chine en embuscade

Le Maroc reste de loin la première destination du blé meunier rouennais, avec 2,6 millions de tonnes achetées, une demande dopée par la sécheresse qui a frappé les récoltes marocaines. Viennent ensuite la Chine (578 000 tonnes) et la Côte d’Ivoire (520 000 tonnes). L’Arabie saoudite, de son côté, a acheté 500 000 tonnes d’orge au départ des terminaux rouennais. Par zone géographique, le Maghreb absorbe 3,4 millions de tonnes, l’Afrique de l’Ouest 1,3 million de tonnes et l’Europe 1,5 million de tonnes. Au total, les céréales rouennaises ont trouvé preneur dans 41 pays.

Deuxième port céréalier français, La Rochelle affiche une tendance comparable sur la même campagne. « La campagne 2025-2026 a renoué avec un volume de chargement relativement correct, avec 2,1 millions de tonnes chargées entre La Pallice et Tonnay-Charente », indique Vincent Poudevigne, directeur général du groupe Sica Atlantique, l’un des deux principaux opérateurs du port. Soit 30 % de plus que l’an passé, avec une répartition dominée par le blé tendre (50 %) et l’orge (30 %), et des débouchés portés notamment par l’Arabie saoudite, la Chine et l’Afrique de l’Ouest.

Un investissement industriel qui accompagne la dynamique

La dynamique commerciale s’est accompagnée d’un effort d’investissement côté infrastructures : le Groupe BZ a mis en service un nouveau silo sur son terminal de Petit-Couronne, ajoutant 55 000 tonnes de capacité de stockage supplémentaire au port de Rouen. À La Rochelle, les deux opérateurs Sica Atlantique et Socomac (Soufflet Négoce by In Vivo) travaillent également sur le report modal, en cherchant à convaincre des expéditeurs toujours plus éloignés du littoral, comme Niort, Cognac ou Poitiers, de basculer leurs flux vers le train plutôt que la route, notamment face à la pénurie récurrente de chauffeurs routiers.

Pour la campagne 2026/27, qui débute avec les moissons de l’été, les deux opérateurs rochelais se disent prudemment optimistes : les premiers retours laissent espérer des rendements dans le haut de la moyenne quinquennale et des taux de protéines supérieurs à 11,5 %, un niveau qui permettrait de répondre à un maximum de clients à l’export. À surveiller néanmoins : l’impact de la vague de chaleur et de la sécheresse sur la fin des récoltes, ainsi que la compétitivité prix d’une offre mer Noire potentiellement abondante.

Indicateur (Rouen, campagne 2025/26) Donnée
Total exporté 8,4 Mt (+61 % vs 2024/25)
Blé meunier et fourrager 5,6 Mt
Orge 2,6 Mt (3e meilleur résultat historique)
Premier client (blé) Maroc, 2,6 Mt
Nouvelle capacité de stockage (Groupe BZ) +55 000 t
Part des exportations céréalières françaises par mer plus de 50 %
Pays clients 41

Après deux campagnes contrastées, la filière céréalière portuaire française retrouve donc des couleurs sur l’axe Seine comme sur la façade atlantique. La prochaine échéance à surveiller sera la campagne 2026/27, dont les premiers chargements ont déjà commencé cet été, avec un marché algérien toujours fermé mais des opportunités identifiées en Afrique de l’Ouest, notamment vers la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Sources

  • Agri Mutuel, article du 10 juillet 2026 reprenant le communiqué de Haropa Port sur les résultats de la campagne céréalière rouennaise.
  • Réussir – La Dépêche Le Petit Meunier, bilan de la campagne 2025-2026 pour le port Atlantique La Rochelle, avec les citations de Vincent Poudevigne (Sica Atlantique) et Frédéric Guillemin (Socomac).