Promis à la casse, ce catamaran électrique breton devient banc d’essai maritime

Un catamaran à passagers entièrement électrique, promis à la ferraille faute d’avoir retrouvé preneur, vient d’échapper à la déconstruction. Racheté par l’entreprise bretonne SWITCH, il arrive au chantier Infinity Nautique de Baden, dans le Morbihan, pour devenir le démonstrateur mobile de la propulsion électrique maritime française.

Un navire électrique dès l’origine, sauvé de justesse

Le navire concerné est un catamaran de 14,55 mètres à coque aluminium, un modèle Nyami 54 pouvant accueillir jusqu’à 54 passagers. Il n’avait plus navigué depuis plusieurs années et ne valait plus, selon le communiqué de SWITCH, que le prix de son aluminium à la casse. Sa particularité en fait pourtant un cas rare dans le paysage maritime français : conçu et construit dès l’origine avec une propulsion 100 % électrique, il compte parmi les tout premiers navires à passagers de ce type mis en service en France.

catamaran Switch

C’est cette caractéristique qui a attiré l’attention de SWITCH, entreprise bretonne spécialisée dans la propulsion électrique maritime. Plutôt que de laisser le catamaran partir à la déconstruction, la société l’a racheté pour lui offrir une seconde vie : celle d’un banc d’essai flottant pour les technologies de décarbonation du transport maritime. Ce sauvetage in extremis illustre à quel point le sort de ce pionnier de l’électrique aurait pu basculer sans ce rachat, faute d’un marché suffisamment mûr pour l’occasion de ce type de navires encore rares.

Le catamaran doit arriver le vendredi 31 juillet au chantier Infinity Nautique, implanté sur la rivière d’Auray à Baden depuis 1971. C’est dans ce chantier naval morbihannais que le navire va être remis en état et préparé pour ses nouvelles missions.

SWITCH SAS conçoit des systèmes de propulsion électrique modulaires pour décarboner les bateaux de transport, de travail et portuaires. La société fabrique notamment ses batteries, brevetées, à Vannes. En rachetant ce catamaran plutôt qu’en construisant un navire neuf, l’entreprise s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, réutilisant une coque existante pour accélérer ses propres travaux de recherche et développement. Cette approche complète le reste de son activité : l’entreprise participe par ailleurs à la construction d’un navire neuf baptisé « O Chaud », un chantier destiné au port de La Rochelle pour lequel elle prépare et installe la partie électrique, en collaboration avec ARMOR-X SAS, une société voisine implantée elle aussi dans le Morbihan.

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Un banc d’essai, une plateforme de formation, un outil de démonstration

Une fois remis en service, le catamaran doit cumuler plusieurs fonctions. Il servira d’abord de banc d’essai en conditions réelles, permettant de comparer différentes chimies de batteries, systèmes de refroidissement et stratégies de recharge, autant de paramètres qui restent aujourd’hui documentés en laboratoire mais rarement éprouvés sur la durée en navigation commerciale. Il deviendra ensuite un support de formation ouvert aux équipages professionnels ainsi qu’aux lycées maritimes, contribuant à familiariser la prochaine génération de marins avec les navires électriques, dont la conduite et la maintenance diffèrent sensiblement de celles des unités diesel classiques.

Le navire sera enfin mis à disposition de bureaux d’études et d’entreprises industrielles travaillant sur l’énergie embarquée, la motorisation ou les systèmes autonomes, qui pourront tester leurs propres solutions à bord d’une plateforme déjà opérationnelle plutôt que d’attendre la construction d’un navire dédié. Ce choix reflète une stratégie assumée par SWITCH, qui l’annonce elle-même dans sa communication : « Pour la 1ʳᵉ fois, nous allons déplacer notre démonstrateur de navire électrique en dehors de » son terrain d’origine, une manière d’aller convaincre de nouveaux clients et partenaires potentiels au-delà de la Bretagne.

Une vitrine pour la filière bretonne de l’électrique maritime

Cette opération intervient alors que la filière française de décarbonation maritime cherche à démontrer, au-delà des prototypes de laboratoire, la viabilité opérationnelle de ses technologies. En misant sur un navire déjà existant plutôt que sur une construction neuve, SWITCH réduit ses coûts de développement tout en disposant rapidement d’une plateforme d’essais grandeur nature, dans un secteur où l’accès à des données de navigation réelles reste rare.

L’entreprise, membre du groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) et intégrée à l’accélérateur SEASTART, s’inscrit dans un tissu breton de PME travaillant sur l’électrification des flottes régionales, des navettes portuaires aux petits caboteurs. Cet ancrage local lui a valu d’être distinguée par le réseau Marque Bretagne, qui lui a décerné le « coup de cœur » de son comité, une reconnaissance qui vient s’ajouter à son intégration dans l’écosystème industriel naval régional aux côtés de chantiers comme Infinity Nautique ou de partenaires comme ARMOR-X SAS.

Le calendrier communiqué reste pour l’instant limité à l’arrivée du navire au chantier fin juillet ; ni la durée des travaux de remise en état ni la date de remise en service opérationnel n’ont été précisées à ce stade. SWITCH indique toutefois vouloir profiter de cette sortie du Morbihan pour présenter son démonstrateur à de nouveaux interlocuteurs, laissant entrevoir une tournée de démonstration dans les mois à venir. L’entreprise, qui conçoit ses chaînes de propulsion et fabrique ses batteries brevetées à Vannes, mise sur ce type d’opérations pour installer sa crédibilité industrielle face à des acteurs plus établis de l’électrification maritime, dans un marché encore jeune mais que la réglementation environnementale et la hausse du coût du diesel rendent chaque année plus attractif pour les armateurs de flottes régionales.

Source

  • SWITCH SAS, site officiel : présentation de l’entreprise, de ses solutions de propulsion électrique modulaires et de ses batteries fabriquées à Vannes.