500 jours prisonnière des glaces : la station française Tara s’apprête à dériver vers le pôle Nord
Partie de Lorient le 19 juillet, la station scientifique dérivante Tara Polar Station rallie actuellement la Norvège avant de s’enfoncer dans l’océan Arctique. Son équipage hivernal embarque à la mi-août pour se laisser volontairement emprisonner dans la banquise durant environ neuf mois.
Un navire pensé pour se faire piéger par les glaces
Ce n’est pas un navire océanographique comme les autres. Conçue par l’architecte naval Olivier Petit pour la Fondation Tara Océan, Tara Polar Station a été construite en dix-huit mois par les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) à Cherbourg, mise à l’eau début octobre 2024 puis testée en conditions réelles tout au long de l’année 2025, entre le Svalbard, le Groenland et le golfe de Finlande, selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Sa forme, ovoïde, rompt volontairement avec les codes du navire polaire classique : longue de 26 mètres pour 16 mètres de large, sa coque en aluminium renforcé, classée Ice Class 1A Super, doit résister à des températures pouvant descendre jusqu’à moins 52 degrés ainsi qu’aux pressions exercées par une banquise épaisse de plusieurs dizaines de centimètres.
Le navire est structuré autour d’un moonpool, un puits central qui permettra aux scientifiques d’effectuer des prélèvements directement dans l’eau, sous la glace, rapporte Mer et Marine.
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Douze personnes coupées du monde pendant neuf mois
Tara Polar Station a quitté son port d’attache de Lorient le 19 juillet 2026 pour rallier progressivement les hautes latitudes. L’équipe hivernale embarquera à Kirkenes, à l’extrême nord de la Norvège, à la mi-août : elle comprend le capitaine, le second, le chef mécanicien, un marin-cuisinier, un médecin et un responsable média, ainsi qu’une demi-douzaine de scientifiques, qui cohabiteront durant environ neuf mois une fois la station prise dans la glace, précise Mer et Marine. Un chien originaire de Laponie, Örkki, embarque également pour donner l’alerte en cas d’approche d’ours polaires.
Cette expédition baptisée Tara Polaris I, première d’un programme de dix dérives consécutives prévues jusqu’en 2045, doit durer de quinze à dix-huit mois. Une fois prise dans les glaces début septembre, la station dérivera avec la banquise à une vitesse moyenne d’environ 10 kilomètres par jour, en direction du détroit de Fram, entre le Groenland et le Svalbard, où son arrivée est espérée fin 2027.
Un observatoire scientifique unique sur un océan méconnu
L’expédition, dirigée par l’océanographe polaire Marcel Babin (CNRS, université Laval, Sorbonne), réunit 34 laboratoires issus de 30 institutions représentant 12 pays, selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ses deux grands axes de recherche portent sur l’étude des variations saisonnières et pluriannuelles des propriétés de l’atmosphère, de la neige, de la glace et de l’eau de mer de l’océan Arctique, une région qui se réchauffe environ quatre fois plus vite que le reste de la planète.
Nathalie Joli, coordinatrice scientifique de la Fondation Tara Océan, détaille auprès de Mer et Marine l’ambition du programme : « L’objectif du programme scientifique est de produire des séries de données comparables sur le long terme pour suivre l’évolution du système climatique arctique. » Parmi les axes de recherche figure notamment le suivi du mercure, un polluant issu de l’industrie dont la circulation dans l’environnement arctique reste largement à documenter, ainsi que celui des microplastiques. Un robot sous-marin développé par l’institut allemand Alfred Wegener sera déployé par le moonpool pour explorer l’interface entre la banquise et l’océan, tandis que des drones aériens cartographieront depuis les airs la couverture et la densité de la glace.
| 26 x 16 m | Dimensions de la station polaire dérivante |
| -52°C | Température minimale supportée par la coque |
| 350 à 500 jours | Durée de la dérive dans la banquise selon les expéditions |
| 21 M€ | Budget total du navire, dont 13 M€ financés par France 2030 |
| 30 institutions / 12 pays | Consortium scientifique associé à l’expédition Tara Polaris I |
Financée à hauteur de 13 millions d’euros sur un budget total de 21 millions d’euros par le programme d’investissement France 2030, Tara Polar Station doit contribuer au déploiement, en Arctique, de la stratégie polaire française « Équilibrer les extrêmes », qui vise l’horizon 2030. Le programme Tara Polaris doit se poursuivre jusqu’en 2045 ou 2046 au fil de dix expéditions consécutives, avec une première relève complète de l’équipage prévue en avril 2027.
Marcel Babin résume l’enjeu scientifique de cette aventure inédite, cité par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Nous avons absolument besoin d’observations pour mieux comprendre la nature des changements en cours en Arctique. » D’ici la fin de l’été polaire, l’équipage devra encore composer avec la fonte progressive de la glace avant l’immobilisation totale du navire, point de départ d’un isolement de plusieurs mois au cœur de l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.
Sources
- Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace : source institutionnelle officielle sur le financement, le consortium scientifique et les objectifs du programme Tara Polaris.
- Fondation Tara Océan : présentation officielle du navire, de ses caractéristiques techniques et de son programme scientifique.