10 000 m² replantés : ces plongeurs français restaurent la posidonie en Méditerranée

Dans la baie de Villefranche-sur-Mer, une équipe de biologistes plongeurs du programme Repic replante depuis plusieurs années des herbiers de posidonie arrachés par les ancres des bateaux de plaisance. Un travail patient qui approche les 10 000 m² restaurés, alors qu’une nouvelle menace, les canicules marines, complique déjà la donne.

Récolter, agrafer, replanter : le protocole du programme Repic

À bord du Victoria IV, bateau océanographique, un équipage de sept biologistes-plongeurs passe douze semaines chaque année à quadriller la baie de Villefranche-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, à la recherche de faisceaux de posidonie arrachés mais encore vivants. Une fois 45 faisceaux réunis dans une caisse, l’équipe entame le travail de replantation : la plante reste vivable grâce à son rhizome, et les plongeurs lui donnent un coup de pouce à l’aide d’agrafes en fer, qui se dégraderont à terme sans polluer le milieu.

Au fond de la Méditerranée, chaque caisse permet de couvrir un cercle d’environ un mètre de diamètre. Après plusieurs essais, c’est une disposition en grille, avec des cercles espacés les uns des autres, qui a donné les meilleurs résultats de reprise. Selon Sébastien Personnic, qui supervise le programme Repic, l’opération frôle aujourd’hui les 10 000 m² replantés, avec un taux de survie des faisceaux supérieur à 80%. Un résultat qu’il relativise lui-même : « 10 000 m², c’est à la fois énorme et, en même temps, c’est l’équivalent d’un hectare. Nous avons conscience que ce n’est presque rien par rapport à ce qui a été perdu ».

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Un écosystème clé, déjà amputé d’un tiers de sa surface

La posidonie, plante endémique de la Méditerranée qui tire son nom du dieu grec Poséidon, protégée depuis 1988, continue de reculer : selon les chiffres du WWF France, elle a déjà perdu 34% de sa surface sur l’ensemble du littoral méditerranéen, dont 10% rien qu’en France au cours du dernier siècle. Une espèce pourtant clé pour la biodiversité locale : plus de 20% de la biodiversité méditerranéenne se trouve dans les herbiers de posidonie, qui servent notamment de nurserie aux poissons, selon Jo-Ann Schies, biologiste marine travaillant pour le programme Repic.

plongeur biologiste sous l'eau en train d'agrafer des faisceaux de posidonie sur le fond marin, eau turquoise de la baie de Villefranche-sur-Mer

Au-delà de leur rôle d’habitat, les herbiers rendent d’innombrables services : en cas de tempête, ils atténuent la puissance des vagues grâce à leur tissu racinaire et à leurs feuilles mortes échouées ; ils peuvent stocker jusqu’à cinq à huit fois plus de carbone qu’une forêt tropicale dans leurs sédiments et leur « matte », et un mètre carré de posidonie dégage jusqu’à 14 litres d’oxygène par jour, selon le WWF.

Ces dernières années, ce sont surtout les ancres des bateaux de plaisance qui ont fait des ravages sur ces prairies sous-marines. Si la baie de Villefranche-sur-Mer a été choisie comme site pilote de replantation, c’est justement parce que le mouillage y est désormais restreint, ce qui permet à la posidonie replantée de ne plus être arrachée aussitôt.

Les canicules marines, une menace encore mal comprise

À la pression des ancrages s’ajoute désormais celle du réchauffement climatique. Patrick Astruch, ingénieur qui travaille également sur la posidonie, se veut prudent : « Il n’y a pas encore de consensus sur l’impact des canicules marines sur la posidonie, car on manque encore de recul ». Il rappelle toutefois que la plante montre des signes d’affaiblissement après les étés extrêmes récents, alors que les scientifiques pensaient auparavant qu’au-delà de 29 degrés, la plante ne survivait pas.

Une étude parue en juillet 2025 dans la revue Scientific Reports, portant sur l’ensemble des écosystèmes marins et côtiers méditerranéens face au changement climatique, évalue qu’au-delà de 0,8°C de réchauffement supplémentaire de la mer par rapport à la période 1976-2005, les herbiers de posidonie font partie des écosystèmes les plus exposés du bassin méditerranéen, avec une possible perte de 75% des habitats favorables à l’espèce d’ici 2050, voire un risque d’extinction fonctionnelle d’ici 2100 sous les scénarios d’émissions les plus élevés. D’autres travaux cités par les chercheurs évoquent un déclin de population de l’ordre de 70% d’ici le milieu du siècle, au profit d’une espèce plus résistante, la Cymodocea nodosa.

Ces incertitudes obligent le programme Repic à revoir ses propres méthodes : les premières années, les plongeurs replantaient à moins de dix mètres de profondeur, là où les variations de température sont les plus fortes lors des canicules. Ce choix s’est soldé par des échecs, ce qui a conduit l’équipe à replanter désormais plus en profondeur pour limiter l’exposition aux pics de chaleur estivaux.

Le programme Repic doit poursuivre ses campagnes de replantation dans les prochaines saisons, tout en cartographiant l’ensemble des herbiers de posidonie du littoral français dans le cadre d’un second programme scientifique. Une manière de suivre, année après année, l’équilibre fragile entre les gains patiemment obtenus sur le terrain et une menace climatique dont l’ampleur exacte reste, pour l’heure, encore incertaine.

Sources

  • Vert, 16 septembre 2026 : reportage sur le programme de replantation Repic dans la baie de Villefranche-sur-Mer, avec les témoignages de Sébastien Personnic, Jo-Ann Schies et Patrick Astruch.
  • WWF France : chiffres sur le recul de la posidonie en Méditerranée et ses services écosystémiques.
  • Scientific Reports (Nature), 10 juillet 2025 : étude sur les risques climatiques pesant sur les écosystèmes marins et côtiers méditerranéens, dont les herbiers de posidonie.