Mer à température record : la Corse part en quête du « point zéro » de ses eaux

Alors que la Méditerranée a connu des températures record cet été, une expédition baptisée « Point Zéro » a embarqué depuis le 9 septembre au large de la Corse pour tenter d’établir un état de référence des écosystèmes marins de l’île, avant que le réchauffement ne les transforme davantage.

Une dizaine de scientifiques et créateurs à bord d’un catamaran

Depuis le 9 septembre et jusqu’au 23 septembre, une dizaine de personnes, scientifiques, plongeurs, photographes et créateurs de contenu, se relaient à bord d’un catamaran parti d’Ajaccio pour cette campagne océanographique. L’expédition est portée par l’association ajaccienne Naeco, en partenariat avec la station de recherches sous-marines et océanographiques de Calvi (Stareso) et le photographe naturaliste Greg Lecoeur.

corail rouge méditerranée

« On a lancé des expéditions mêlant scientifiques et artistes à bord des bateaux pour créer des contenus et des petites capsules pédagogiques qui permettent de mieux connaître l’environnement », explique Marie-Laurence Cipriano, cofondatrice et dirigeante de Naeco, qui inscrit ce projet dans la continuité d’une démarche lancée en 2023. Après une première escale à Porto, où des ateliers scolaires et une projection documentaire ont été organisés, l’équipage a rejoint Calvi et la Stareso pour un point d’étape, avant de repartir au large poursuivre les protocoles scientifiques. Le retour à Ajaccio est prévu le 23 septembre. À certaines étapes, le catamaran est rejoint par le navire de recherche océanographique de la Stareso, équipé d’outils plus précis.

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Une base de référence pour mesurer les eaux corses sur la durée

L’ambition de l’expédition est de récolter des données sur différents aspects des écosystèmes marins afin d’établir ce que les scientifiques appellent une base de référence, ou « baseline ». « L’idée, c’est vraiment d’apporter une meilleure connaissance des milieux marins et de créer ce qu’on appelle une base de référence », précise Marie-Laurence Cipriano, qui souligne qu’à l’échelle de la Corse, les indicateurs permettant de suivre l’évolution des écosystèmes restent aujourd’hui très peu nombreux.

Cette expédition « Point Zéro » s’inscrit dans le cadre plus large de la campagne Starecorsica 2026-2029, lancée le 10 avril à Bastia par la Stareso avec le soutien de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Selon Michel Marengo, directeur scientifique de la Stareso, l’enjeu dépasse la seule Corse : « Nous avons 1 000 kilomètres de côtes sur les 1 800 que compte la façade méditerranéenne française, et malheureusement on connaît encore très peu le milieu marin ». Il ajoute qu’il n’y a jamais eu, jusqu’ici, de campagne océanographique à haute fréquence menée sur le long terme dans la région : « Souvent, les campagnes scientifiques durent deux semaines tous les trois ans. Là, on change complètement de modèle car nous sommes opérationnels toute l’année ».

Les trois axes scientifiques de Starecorsica 2026-2029
Axe Objet d’étude
Biodiversité Corail rouge, corail noir, herbiers de posidonie, patelles géantes, nids de picarel, plateformes récifales du Cap Corse
Pressions humaines Distribution et impact des déchets plastiques sur les écosystèmes côtiers, pélagiques et profonds
Grand large Canyons sous-marins, liens entre le large et le littoral, caméras jusqu’à 600 mètres, ADN environnemental, courantologie

Un outil dédié et une restitution grand public

La campagne s’appuie sur un nouvel outil : un catamaran hybride de 12 mètres de long et 5,40 mètres de large, baptisé Stareso, propulsé à l’électrique grâce à des panneaux solaires, et équipé d’instruments océanographiques de haute précision. Ce navire permet désormais à la station calvaise de mener des missions tout autour de l’île, alors qu’elle concentrait jusque-là ses recherches sur la seule baie de Calvi depuis cinquante ans. « Nous allons pouvoir déployer à l’échelle de la Corse ce que nous faisons depuis 50 ans dans la baie de Calvi », se félicite Michel Marengo. « L’objectif, c’est caractériser, découvrir, explorer. Et on ne protège que ce que l’on connaît ».

Au-delà du volet strictement scientifique, le projet intègre une dimension de sensibilisation du grand public, avec la production d’images et de vidéos par Greg Lecoeur et l’association Naeco, ainsi que des journées de sensibilisation et des conférences publiques prévues dans plusieurs villes littorales de l’île, dont Calvi, Bastia, Bonifacio, Ajaccio et Porto-Vecchio.

Les données récoltées lors de l’expédition « Point Zéro » seront analysées durant l’automne et l’hiver, avec l’objectif de faire émerger des tendances utiles à la gestion du littoral par les communes et les pouvoirs publics. « La première phase s’échelonne sur trois ans, mais elle a vocation à durer dans le temps et à vraiment créer cette base de référence, pour qu’on puisse revenir aux mêmes endroits dans quelques années et voir vraiment l’évolution », conclut Marie-Laurence Cipriano. Les prochains rendez-vous publics du projet Starecorsica sont déjà annoncés, avec notamment des rencontres institutionnelles programmées dans les villes littorales de l’île d’ici la fin de l’année.

Sources