300 salariés à Lannion : cette entreprise va équiper les sondes spatiales de l’Europe
L’Agence spatiale européenne s’appuie sur une entreprise bretonne pour sécuriser une technologie jugée critique. Exail, dont le site costarmoricain de Lannion est le fer de lance de la navigation inertielle du groupe, va qualifier une centrale de navigation entièrement européenne destinée aux futures missions spatiales.
Un partenariat pour sécuriser l’autonomie spatiale de l’Europe
Exail et l’Agence spatiale européenne (ESA) ont annoncé un partenariat visant à qualifier une centrale inertielle (IMU) entièrement européenne, afin de sécuriser une capacité souveraine jugée critique pour les futures missions spatiales du continent. Cette solution, baptisée Astrix NS IMU, est conçue pour équiper les futurs rovers, atterrisseurs et engins spatiaux manœuvrant européens.
Le projet ne part pas de rien. Un modèle d’ingénierie pleinement fonctionnel de l’Astrix NS IMU a déjà été développé et testé dans le cadre du programme de recherche européen H2020 EURISA. Ce nouveau projet, cofinancé par l’ESA, doit permettre d’achever les travaux de développement et de qualification restants, c’est-à-dire de transformer ce prototype en un produit certifié pour voler. Une fois qualifiée, l’IMU sera fabriquée et commercialisée directement par Exail.

Dans l’espace, une centrale inertielle est l’unique équipement capable de fournir à un véhicule les données nécessaires pour déterminer et contrôler sa trajectoire en totale autonomie, sans dépendre d’un signal extérieur comme le GPS, inutilisable en dehors de l’orbite terrestre. C’est cette brique technologique que l’Europe cherche à maîtriser de bout en bout.
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L’Astrix NS IMU, une gamme forte de vingt ans d’expérience
Le nom Astrix n’est pas nouveau dans le secteur spatial. La gamme, développée par Exail (né du rapprochement d’iXblue et d’ECA Group), capitalise sur environ vingt ans de retour d’expérience en vol de gyroscopes à fibre optique (FOG), une technologie qui mesure les rotations sans pièce mécanique tournante et qui a fait ses preuves sur de nombreux satellites et sondes.
Cette expertise en navigation inertielle est en grande partie développée sur le site de Lannion, dans les Côtes-d’Armor, qui constitue le site pilote du groupe pour cette activité. On y conçoit et produit aussi bien des fibres optiques spéciales que des gyroscopes et centrales inertielles, pour des applications allant du naval à la défense en passant par l’aérospatial. Le groupe, qui emploie environ 300 personnes sur ses deux implantations lannionnaises, y a engagé un plan d’investissement de 10 millions d’euros avec Lannion Trégor Communauté pour moderniser ses installations.
Noémie Maury, directrice des activités de navigation spatiale chez Exail, explique l’enjeu de cette étape de qualification : « Disposer de technologies de navigation souveraines n’a jamais été aussi crucial pour l’Europe spatiale. Dans l’espace, une IMU est le seul équipement capable de fournir aux véhicules les données nécessaires pour déterminer et contrôler leur trajectoire en totale autonomie. Mais passer d’un modèle d’ingénierie à un produit qualifié pour le vol est indispensable pour que les programmes spatiaux puissent s’appuyer sur cette rupture. Avec l’Astrix NS IMU, Exail transforme cette avance technologique en une capacité industrielle souveraine pour les futures missions. »
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Produit concerné | Astrix NS IMU (centrale inertielle 6 axes) |
| Origine du projet | Modèle d’ingénierie testé sous le programme H2020 EURISA |
| Partenaire | Agence spatiale européenne (ESA), cofinanceur |
| Site pilote du groupe | Lannion (Côtes-d’Armor), environ 300 salariés |
| Investissement local | 10 millions d’euros avec Lannion Trégor Communauté |
| Héritage technologique | Environ 20 ans de retour d’expérience en vol (gamme Astrix) |
Réduire la dépendance de l’Europe sur une fonction critique
Au-delà du produit lui-même, ce partenariat s’inscrit dans une logique plus large de renforcement des capacités industrielles européennes. En soutenant la qualification de l’Astrix NS IMU, l’ESA veut garantir que les futures missions spatiales du continent pourront s’appuyer sur une solution conçue et fabriquée en Europe, au niveau de maturité requis pour voler, plutôt que de recourir à des composants extra-européens pour une fonction aussi sensible que le pilotage autonome des engins.
C’est un enjeu récurrent pour l’industrie spatiale européenne, régulièrement confrontée à des restrictions d’exportation ou à des dépendances technologiques sur des composants critiques venus d’ailleurs. Pour Exail, cette qualification doit permettre de proposer, une fois le produit certifié, une offre commerciale directe aux agences et industriels européens qui développent rovers, atterrisseurs ou véhicules spatiaux manœuvrants.
Les deux partenaires n’ont pas communiqué de calendrier précis pour l’achèvement de la qualification. L’étape suivante consistera à mener les essais et certifications nécessaires pour faire passer l’Astrix NS IMU du statut de modèle d’ingénierie à celui de produit qualifié pour le vol, une transition généralement longue dans le secteur spatial où chaque composant doit démontrer sa fiabilité dans des conditions extrêmes avant d’être intégré à une mission réelle. Le dossier s’inscrit dans un contexte où la Bretagne pèse de plus en plus dans la filière spatiale et de défense française, entre le site lannionnais d’Exail et les autres implantations du groupe dans la région, notamment à Brest.
Sources
- Le Monde : L’incroyable succès d’Exail Technologies, porté par la demande militaire.
- Bretagne Économique : présentation du site de Lannion, effectifs et plan d’investissement du groupe Exail.