Plus que la Norvège et le Japon : l’Islande s’apprête à bannir la chasse à la baleine
Le gouvernement islandais a annoncé le 11 septembre qu’il soumettrait au Parlement, en février 2027, un projet de loi visant à interdire définitivement la chasse commerciale à la baleine sur son territoire. Une décision qui, si elle est votée, ne laisserait plus que la Norvège et le Japon parmi les pays pratiquant encore cette activité.
Une interdiction promise pour février 2027
La coalition au pouvoir en Islande dispose d’une majorité parlementaire, mais le texte devra tout de même être approuvé par l’Alþingi, le Parlement islandais, avant de pouvoir entrer en vigueur. Contrairement aux précédentes décisions ministérielles, qui portaient uniquement sur l’attribution ou le renouvellement de licences de chasse, cette interdiction permanente ancrerait la fin de la pratique dans la loi elle-même. Les licences actuellement en vigueur, octroyées en 2024 pour une durée de cinq ans, restent pour l’instant valables, ce qui laisse planer une incertitude sur le calendrier exact de la sortie effective de cette activité.
Une pratique de plus en plus marginale et controversée
Pour la saison 2026, l’Islande autorisait la capture de 150 baleines à nageoires et 168 petits rorquals. Début septembre, 80 baleines à nageoires avaient déjà été tuées sur ce quota, la seule entreprise encore active dans ce secteur, Hvalur hf., ayant remis en mer ses navires Hvalur 8 et 9 en juin 2026, après deux années d’arrêt, pour une première capture le 22 juin.
Selon les organisations de défense des cétacés, au moins sept fœtus de baleineaux ont été filmés lors du dépeçage des prises, un chiffre qui s’ajoute à un bilan de plus de 1 000 baleines à nageoires tuées en Islande au cours des vingt dernières années.

Cette activité a perdu l’essentiel de son débouché commercial après la décision du Japon, autrefois principal importateur, de suspendre ses achats de viande de baleine islandaise en raison d’un surplus de ses propres stocks. Moins de 2 % des Islandais consomment aujourd’hui de la viande de baleine, l’essentiel des ventes se faisant auprès des touristes étrangers, dont le pays accueille environ 2,3 millions chaque année. Sur le plan du bien-être animal, un rapport s’appuyant sur les constats de l’Autorité vétérinaire islandaise a montré que 41 % des baleines chassées avaient subi une agonie prolongée après avoir été touchées par les harpons explosifs utilisés lors des chasses, avec un temps moyen de onze minutes et demie avant la mort, pouvant atteindre vingt minutes pour certaines d’entre elles. En juillet 2026, quatre organisations islandaises de protection animale et environnementale avaient réclamé l’arrêt immédiat de la chasse commerciale, en s’appuyant sur des rapports d’inspection officiels, tandis que l’Autorité de surveillance de l’AELE a reçu plus de 700 plaintes sur cette pratique. La baleine à nageoires est par ailleurs classée comme espèce vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature.
« Cette industrie n’a aucune utilité » (propos traduits), a résumé Wendy Higgins, de l’organisation Humane World for Animals, pour qui « la loi pour arrêter les tueries ne peut arriver assez tôt » (propos traduits).
La perte de son débouché commercial japonais a fragilisé encore davantage l’équation économique de cette activité, déjà réduite à une seule entreprise et à une clientèle marginale sur le marché intérieur. La chasse à la baleine islandaise repose ainsi presque entièrement, pour ses débouchés commerciaux restants, sur les achats de touristes étrangers de passage, plutôt que sur une consommation locale installée dans les habitudes alimentaires du pays.
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Islande, Norvège, Japon : la fin d’un trio isolé ?
La chasse commerciale à la baleine est théoriquement interdite depuis l’entrée en vigueur du moratoire mondial de 1986, mais l’Islande avait choisi d’y déroger en reprenant cette activité en 2006. Si le projet de loi islandais aboutit, il ne resterait plus que la Norvège et le Japon, qui avait quitté la Commission baleinière internationale en 2019 pour reprendre sa propre chasse commerciale, à continuer de pratiquer cette activité à l’échelle mondiale.
Du côté des organisations de défense des cétacés, la prudence reste toutefois de mise quant au calendrier réel de la sortie de cette pratique. Luke McMillan, de WDC, a ainsi relevé que « la réécriture de la loi doit composer avec les droits des détenteurs de permis actuels » (propos traduits), ce qui laisse entendre que la fin effective de la chasse pourrait intervenir après le vote du texte, le temps que les licences en cours arrivent à échéance.
Le calendrier des prochains mois sera déterminant : dépôt du texte à l’Alþingi en février 2027, débats parlementaires, puis, en cas d’adoption, une application dont les contours dépendront du sort réservé aux licences accordées en 2024. D’ici là, l’attention se porte sur la question de savoir si Hvalur hf. reprendra la mer pour une nouvelle saison de chasse en 2027, dans un climat politique et social de plus en plus défavorable à cette activité.
Pour les organisations de défense des cétacés, qui suivent ce dossier depuis des années, l’annonce du 11 septembre constitue malgré tout une étape inédite : jamais un gouvernement islandais n’avait affiché aussi clairement son intention de graver l’interdiction dans la loi, plutôt que de se contenter de ne pas renouveler des licences au coup par coup. Reste à savoir si la mobilisation citoyenne et internationale, alimentée par les révélations successives sur les conditions de mise à mort des baleines, suffira à maintenir la pression jusqu’au vote du texte, dans un pays où les rapports de force politiques peuvent encore évoluer d’ici février 2027.
Sources
- Iceland Review : annonce gouvernementale, calendrier législatif et contexte des licences.
- Whale and Dolphin Conservation : bilan de la saison de chasse 2026, enjeux de bien-être animal et réaction de l’ONG.
- Humane World for Animals : chiffres sur la consommation, le tourisme, le marché japonais et le bien-être animal.