Chinon A2 : la France en passe de devenir la première à démanteler un réacteur nucléaire UNGG
Après trois ans et demi d’études, EDF et sa filiale Cyclife ont validé la stratégie de démontage des échangeurs de chaleur du réacteur Chinon A2. La France s’apprête à devenir le premier pays au monde à mener à son terme le démantèlement complet d’un réacteur de la filière graphite gaz, un savoir-faire qu’elle espère désormais exporter.
Un chantier hors norme après trois ans et demi d’études
Le réacteur Chinon A2, à l’arrêt depuis 1985, est entré dans une nouvelle phase de son démantèlement. Selon les informations rapportées par media24, Cyclife, la filiale d’EDF spécialisée dans le démantèlement nucléaire, a annoncé le 16 septembre 2026 la validation de la stratégie contractuelle de démontage des échangeurs de chaleur du réacteur, au terme de trois ans et demi d’études conjointes avec sa maison mère. Cette étape ouvre la voie à une enquête publique prévue en 2027, avant un démarrage des opérations concrètes à la mi-2028. Le seul démontage des échangeurs doit ensuite s’étaler sur environ six ans.

Chinon A2 appartient à la filière des réacteurs à uranium naturel, graphite, gaz (UNGG), une technologie française de première génération exploitée entre 1963 et 1972 sur six réacteurs répartis sur trois sites : trois à Chinon (A1, A2, A3), deux à Saint-Laurent-des-Eaux et un à Bugey. Cette filière a été abandonnée dès 1969 au profit des réacteurs à eau pressurisée, importés du modèle américain, mais elle laisse aujourd’hui à la France un héritage industriel unique : celui d’un démantèlement bien plus complexe que celui d’un réacteur classique.
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Un volume de déchets dix à trente fois supérieur à un réacteur classique
La complexité tient à la conception même des réacteurs UNGG, dont la structure en graphite et les circuits de refroidissement au gaz génèrent un volume de matières à évacuer sans commune mesure avec un réacteur à eau pressurisée. D’après le communiqué de Cyclife, ce différentiel peut atteindre de dix à trente fois plus de matières à retirer. Pour l’ensemble des six réacteurs UNGG français, le volume total de déchets est évalué à environ 160 000 tonnes, dont 20 % de déchets de très faible activité et 80 % de déchets de faible à moyenne activité, appelés à être pris en charge par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Pour relever ce défi, EDF s’appuie sur Graphitech, une coentreprise créée en 2019 avec Veolia, chargée de concevoir des outils robotisés capables d’intervenir en environnement radiologique. Cyclife rappelle sur son site que les opérations préparatoires sur le caisson du réacteur A2 ont commencé dès la fin de l’année 2019, avec un accès à une zone confinée depuis 1988, à une quinzaine de mètres de profondeur, et l’extraction par téléopération des composants amovibles. L’entreprise revendique déjà six opérations réussies sur le site avant même le lancement de la phase de démontage des échangeurs.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Réacteurs UNGG français | 6 (Chinon A1, A2, A3 ; Saint-Laurent A1, A2 ; Bugey 1) |
| Période d’exploitation | 1963-1972 |
| Durée des études préalables au démontage des échangeurs | 3,5 ans |
| Enquête publique | 2027 |
| Démarrage des opérations | Mi-2028 |
| Durée du démontage des échangeurs | Environ 6 ans |
| Déchets totaux pour les 6 réacteurs UNGG | Environ 160 000 tonnes |
| Réacteurs graphite gaz dans le monde à démanteler | Environ 60 |
Un savoir-faire que la France veut vendre à l’étranger
C’est là que se joue l’enjeu commercial mis en avant par media24 : à l’échelle mondiale, une soixantaine de réacteurs à modération graphite doivent un jour être démantelés, notamment au Royaume-Uni, en Russie ou aux États-Unis, qui ont eux aussi exploité cette filière avant de l’abandonner. En menant à son terme le démontage de Chinon A2, la France se positionnerait comme le premier pays à disposer d’une méthodologie éprouvée et transposable. Cyclife indique explicitement que la méthodologie développée à Chinon A2 et les technologies de démantèlement associées peuvent être directement appliquées aux autres réacteurs de la filière, avec des marchés visés en Italie, au Japon, en Lituanie, en Espagne et au Royaume-Uni.
Cette ambition industrielle s’inscrit dans un calendrier long. Entre la validation de la stratégie annoncée en septembre 2026 et le début effectif des opérations mi-2028, il reste encore à franchir l’étape de l’enquête publique, une procédure qui associe les riverains et les parties prenantes locales avant toute autorisation définitive de travaux. Le coût financier de l’opération n’a pas été précisé par Cyclife à ce stade, une inconnue qui pèsera nécessairement sur la capacité de la France à convaincre des clients étrangers de lui confier leurs propres chantiers de démantèlement.
Chinon, laboratoire national du démantèlement nucléaire
Pour le site de Chinon, en Indre-et-Loire, ce chantier confirme un rôle de laboratoire national de la déconstruction nucléaire, aux côtés de Saint-Laurent-des-Eaux et de Bugey. Les trois réacteurs A1, A2 et A3 y sont suivis de près par l’ASN, qui documente régulièrement l’avancement des opérations sur son site. La réussite du démontage des échangeurs de Chinon A2, prévue à l’horizon du milieu de la décennie 2030, servira de référence pour les deux autres réacteurs chinonais puis pour ceux de Saint-Laurent-des-Eaux et de Bugey, avant, potentiellement, une valorisation commerciale à l’international.
Sources
- Cyclife EDF, « Investigation of a UNGG reactor vessel » : page officielle décrivant les opérations menées sur le caisson de Chinon A2 depuis 2019.
- Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, « Réacteurs A1, A2 et A3 en démantèlement de Chinon » : suivi réglementaire du chantier.