350 jours d’arrêt et déjà un incident : l’EPR de Flamanville sous tension

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a été informée le 1er octobre d’un incident survenu sur le réacteur EPR de Flamanville, en pleine manœuvre de mise à l’arrêt. Une péripétie technique sans gravité annoncée, mais qui tombe au tout début d’une pause de 350 jours jugée déjà sensible pour l’avenir du réacteur le plus puissant du parc nucléaire français.

Un capteur de bore en cause, selon l’autorité de sûreté

Dans un avis publié le jour même, l’ASNR explique que les équipes de conduite de la centrale de Flamanville (Manche) ont constaté, au cours des opérations de mise à l’arrêt du réacteur, « le dysfonctionnement de l’appareil de mesure de la concentration en bore du circuit primaire, qui a provoqué le démarrage des systèmes de sauvegarde ». Le bore dissous dans l’eau du circuit primaire sert à contrôler la réaction en chaîne dans le cœur du réacteur : un défaut de mesure sur ce paramètre déclenche, par construction, des dispositifs de protection automatiques, conçus précisément pour mettre l’installation en configuration sûre en cas de doute.

centrale de Flamanville

L’exploitant EDF a appliqué les procédures prévues pour ce type d’événement. Selon l’autorité de sûreté, « la situation est désormais stabilisée. EDF procède actuellement aux opérations nécessaires à la reprise des activités de mise à l’arrêt du réacteur. » L’ASNR précise être restée en lien permanent avec l’exploitant pendant l’incident et s’être assurée du bien-fondé des dispositions prises pour le gérer, tout en indiquant qu’« EDF devra analyser les causes et les enseignements tirés de cet incident ». L’autorité souligne enfin que l’événement n’a eu aucun impact sur la population ni sur l’environnement.

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Le mauvais moment pour un incident, en pleine entrée dans un arrêt de 350 jours

Cet épisode survient alors que l’EPR entame justement l’arrêt le plus long de sa jeune carrière. Selon les informations rapportées par economiematin.fr, qui cite notamment Le Figaro, cette immobilisation d’environ 350 jours répond à une obligation réglementaire française : une inspection complète du réacteur doit être réalisée dans les 30 mois suivant le premier chargement de combustible, intervenu le 8 mai 2024, ce qui fixait l’échéance à la fin septembre 2026. La date de démarrage de l’arrêt, le 26 septembre, aurait été choisie pour maximiser la production électrique jusqu’au dernier moment.

Trois ensembles doivent être passés au crible durant cette visite : la cuve du réacteur, soumise à des pressions et des températures extrêmes, le circuit primaire qui y fait circuler l’eau sous haute pression, et l’étanchéité des circuits hydrauliques. Un chantier particulièrement attendu concerne le remplacement du couvercle de cuve, dont des anomalies seraient connues depuis plus de dix ans selon Le Figaro : EDF avait mis le réacteur en service avec cet équipement présentant déjà des défauts identifiés, en reportant sa correction à cette première grande visite réglementaire plutôt que de retarder davantage une mise en service déjà longue de plus d’une décennie.

Repère Donnée
Chargement du combustible 8 mai 2024
Pleine puissance atteinte Décembre 2025
Puissance du réacteur 1 650 MW
Début de l’arrêt réglementaire 26 septembre 2026
Durée prévue de l’arrêt Environ 350 jours
Coût de construction cumulé 13,2 Md€ (EDF) / 19 Md€ (Cour des comptes)

Un actif de plusieurs milliards d’euros sous surveillance

L’enjeu financier donne la mesure de la prudence affichée par l’exploitant. Le coût de construction du réacteur, évalué à 13,2 milliards d’euros par EDF (19 milliards selon la Cour des comptes), en fait l’un des actifs industriels les plus coûteux jamais mis en service en France, pour une puissance de 1 650 mégawatts que l’économiematin.fr compare à la consommation d’environ deux millions de foyers. Le coût du seul arrêt de 350 jours se chiffrerait, selon la même source, en plusieurs centaines de millions d’euros, entre pertes de production et travaux de maintenance.

Dans ce contexte, un incident technique dès les premiers jours de l’arrêt, même sans conséquence sur la sûreté, retient davantage l’attention qu’il ne l’aurait fait sur un réacteur plus ancien et déjà rodé. L’EPR de Flamanville reste, pour la filière nucléaire française, un prototype dont chaque étape de vie, de la mise en service à cette première grande visite, est scrutée comme un test de la capacité d’EDF à exploiter dans la durée une technologie que la France n’avait plus construite depuis des décennies.

La suite du calendrier dépendra désormais du rythme des contrôles sur la cuve, le circuit primaire et le couvercle, qui doivent s’étaler jusqu’à l’été 2027 si les 350 jours annoncés sont tenus. L’ASNR devra statuer, à l’issue de cette visite, sur l’aptitude du réacteur à reprendre une exploitation normale, un verdict attendu comme un signal pour les six futurs réacteurs EPR2 déjà programmés par EDF, dont le premier exemplaire doit être construit à Penly.

En attendant ce bilan, l’épisode du 1er octobre rappelle surtout la part d’imprévu qui accompagne toute première grande visite d’un réacteur inédit en France : les équipes d’EDF découvrent, à chaque étape, des situations pour lesquelles aucun retour d’expérience national n’existe encore sur ce modèle précis de réacteur.

Sources