700 millions d’euros : la grève chez EDF percute l’arrêt du réacteur de Flamanville
Une grève nationale des électriciens et gaziers a rassemblé environ 300 salariés dès l’aube devant la centrale de Flamanville, dans la Manche. Le mouvement, qui défend un avantage tarifaire menacé, complique déjà l’arrêt programmé d’un réacteur, à quelques jours du début d’une révision inédite de 350 jours sur l’EPR voisin.
Un tarif préférentiel dans le viseur de la Cour des comptes
Les agents d’EDF étaient en grève partout en France le mardi 15 septembre 2026, à l’appel d’un mouvement intersyndical national réunissant FO Énergie et Mines, la FNME-CGT, la CFE Énergies et la FCE-CFDT. Ces fédérations des industries électriques et gazières (IEG) s’étaient réunies dès le 17 juillet pour définir leur riposte face à une nouvelle remise en cause de l’avantage en nature énergie, plus connu sous le nom de « tarif agent ».

Ce dispositif permet à l’ensemble des agents d’EDF, ainsi qu’à ses retraités, de payer environ 2% de leurs factures d’électricité, s’éclairant et se chauffant à un tarif très avantageux.
Un rapport de la Cour des comptes évalue le coût de cet avantage à 700 millions d’euros par an pour l’entreprise et recommande sa suppression progressive, une piste que le gouvernement pourrait suivre. Les syndicats contestent ce chiffrage et rappellent que l’avantage est intégré au calcul des revenus des agents et soumis à l’impôt.
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À Flamanville, des piquets qui percutent le calendrier de maintenance
Dans la Manche, ils étaient environ 300 salariés à s’être rassemblés dès 6 heures du matin sur le site de Flamanville, avec des piquets de grève devant les entrées de la centrale. Le mouvement a des conséquences concrètes sur l’exploitation du site : il a déjà entraîné une réduction de la production électrique du réacteur n°2 dès le vendredi 11 septembre, et il rend pour l’instant impossible le découplage du réseau de l’unité n°1, une opération pourtant nécessaire pour lancer l’arrêt de tranche de plusieurs mois durant lequel cette installation doit être entièrement révisée.
Le Parti communiste de la Manche a apporté son soutien aux grévistes. Selon son porte-parole Bertrand Hulin : « C’est à notre sens une grève d’intérêt général pour notre territoire. Nous demandons aux parlementaires du département d’interpeller le gouvernement pour mettre fin à cette tentative de démantèlement du service public de l’énergie. Il en va de l’intérêt commun de la Manche comme du pays ».
| Chiffre | Donnée |
|---|---|
| Coût annuel du tarif agent pour EDF | 700 millions d’euros (chiffrage Cour des comptes) |
| Part payée par les agents sur leur facture | Environ 2% |
| Grévistes rassemblés à Flamanville | Environ 300 |
| Début de la « visite complète » de l’EPR | 26 septembre 2026, pour 350 jours |
À neuf jours d’une révision inédite pour l’EPR
Ce contexte social intervient à un moment charnière pour le site normand. Le réacteur EPR de Flamanville (unité n°3), raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024 après 12 ans de retard, s’apprête à entamer sa toute première « visite complète » : un arrêt réglementaire de 350 jours à compter du 26 septembre 2026, obligatoire dans les 30 mois suivant le premier chargement de combustible. EDF avait détaillé cette échéance dès novembre 2025, la comparant à une visite décennale doublée d’un check-up complet de l’installation.
Lors de cette visite, environ 20 000 activités doivent être réalisées, avec la mobilisation de 200 partenaires industriels et jusqu’à 2 500 personnes sur site au pic de l’activité. Le couvercle de la cuve du réacteur, concerné par des anomalies connues de longue date, sera remplacé ; des essais de pression à 205 bars seront menés sur le circuit primaire, qui fonctionne normalement à 155 bars ; l’enceinte de confinement sera elle aussi testée sous pression. Une opération présentée par EDF comme la dernière grande étape réglementaire avant que l’EPR ne trouve sa vitesse de croisière commerciale, pour un programme dont le coût est désormais évalué autour de 23,7 milliards d’euros aux conditions de 2023.
Cette visite complète doit durer 60 jours de plus que la précédente réalisée en France, sur le réacteur Civaux 1, qui avait nécessité 290 jours. Sébastien Miossec, directeur délégué à la production d’EDF, justifiait cet allongement en novembre 2025 par des évolutions réglementaires plus prescriptives qu’il y a vingt ans, mais aussi par la nouveauté que représentent l’EPR et ses matériels associés, avec lesquels les équipes disposent de moins de retour d’expérience que sur le parc nucléaire historique.
La grève du 15 septembre ne remet pas en cause ce calendrier de la visite complète de l’EPR, mais elle illustre la tension qui entoure l’ensemble du site à quelques jours de son lancement : l’arrêt de tranche du réacteur n°1, lui, reste suspendu à la levée du blocage lié au mouvement social. Les fédérations syndicales n’ont pas annoncé de nouvelle date de mobilisation à ce stade, mais la question du tarif agent devrait continuer d’alimenter le dialogue social dans la filière électrique et gazière dans les prochaines semaines, alors que le gouvernement doit encore arbitrer sur les recommandations de la Cour des comptes.
Sources
- Communiqué intersyndical FO Énergie et Mines, FNME-CGT, CFE Énergies, FCE-CFDT, 17 juillet 2026 : appel à la journée d’actions et de grève du 15 septembre 2026 contre la remise en cause du tarif agent.
- ICI (Radio France), 15 septembre 2026 : reportage sur le rassemblement à Flamanville et ses conséquences sur l’exploitation du site.
- Sfen (Société française d’énergie nucléaire), 13 novembre 2025 : détails techniques et calendrier de la visite complète de l’EPR de Flamanville.