2,5 milliards d’euros, 5 frégates : l’Amiral Ronarc’h entame sa révision à Brest

La première frégate de défense et d’intervention construite par Naval Group a rejoint pour la première fois la Penfeld, à Brest, afin d’entamer son arrêt technique de fin de garantie. Une étape clé avant son admission au service actif de la Marine nationale, prévue début 2027.

Un franchissement inédit du pont de Recouvrance

Lundi 14 septembre 2026, la frégate Amiral Ronarc’h a quitté tôt le matin les appontements de la base navale de Brest. Assistée de quatre remorqueurs et pousseurs (le Mengam, le Nividic, Le Guillemot et Le Crabier), elle s’est engagée pour la première fois dans la rivière qui traverse la ville, ce qui a nécessité la levée du tablier du pont de Recouvrance. Le bâtiment a ensuite rejoint le bassin n°3 de Pontaniou, sur la rive droite de la Penfeld, une installation adaptée en 2020 et 2021 pour accueillir les arrêts techniques des nouvelles frégates.

frégate française Amiral Ronarc'h

Cette manoeuvre marque le début de l’arrêt technique de fin de garantie du navire, l’une des dernières étapes avant son admission au service actif, programmée début 2027. Livrée à Brest le 17 octobre 2025 par Naval Group, l’Amiral Ronarc’h a depuis accompli quatorze semaines d’essais en mer, au cours desquelles son équipage a pu éprouver son comportement par une mer de niveau 6 dans l’Atlantique. Ce passage en cale permettra aux industriels de corriger et d’améliorer certains équipements du navire à la lumière du retour d’expérience acquis par la Marine nationale depuis onze mois d’exploitation.

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Une frégate polyvalente héritière des FREMM

Conçue pour succéder aux frégates multi-missions (FREMM), la frégate de défense et d’intervention (FDI) réunit des capacités de lutte anti-aérienne, anti-sous-marine, antisurface et asymétrique. Selon Naval Group, le navire doit pouvoir gérer, seul ou au sein d’une flotte, des menaces actuelles et émergentes telles que les sous-marins de dernière génération, les missiles supersoniques, les cyberattaques et les menaces asymétriques multiformes, grâce à des technologies numériques et de traitement de données avancées.

Sa conception, compacte, mise sur des automatismes poussés pour fonctionner avec un équipage restreint et sur une maintenabilité renforcée censée limiter la durée de ses arrêts techniques : Naval Group vise, à terme, un niveau de disponibilité opérationnelle comparable à celui des FREMM, qui atteignent un taux de 80% depuis une décennie. Comme l’ensemble des navires du groupe, la FDI est conçue selon les normes de l’OTAN, afin de garantir son interopérabilité avec les marines alliées.

Caractéristique Valeur
Déplacement Classe 4 500 tonnes
Longueur 122 mètres
Largeur 18 mètres
Vitesse 27 noeuds
Autonomie 45 jours
Équipage 125 personnes + 28 passagers

Lors de la livraison du navire de tête, en octobre 2025, Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, avait salué une étape majeure : « La livraison de l’Amiral Ronarc’h, toute première frégate de la série des FDI, est un jalon majeur pour Naval Group ; cette nouvelle génération de frégates polyvalentes de premier rang va entrer prochainement dans le cycle opérationnel et contribuera ainsi à renforcer les moyens de notre Marine nationale grâce à ses capacités exceptionnelles, déjà démontrées pendant ses essais en mer ».

Un programme de cinq frégates, et une déclinaison grecque

L’Amiral Ronarc’h est la première d’une série de cinq FDI commandées pour la Marine nationale, aux côtés des futurs Amiral Louzeau, Amiral Castex, Amiral Nomy et Amiral Cabanier. Le programme comprend également des exemplaires construits pour la marine grecque, dont la HS Kimon, qui effectuait ses essais en mer fin 2025 avant une livraison prévue la même année, suivie par deux autres unités en 2026. Le prochain exemplaire destiné à la Marine nationale doit, lui, être livré dès 2027.

Naval Group affirme avoir mis au point, sur son site de Lorient, un processus de construction permettant de produire jusqu’à deux frégates par an. Chaque unité représente environ un million d’heures de travail et un million d’heures de conception et développement, mobilisant 1 200 collaborateurs du groupe et 400 entreprises sous-traitantes. Ce carnet de commandes s’inscrit dans une dynamique plus large de la construction et réparation navales en Bretagne, secteur qui a créé plus de 2 200 emplois en cinq ans dans la région, à rebours du recul observé dans d’autres filières maritimes locales.

Selon l’Observatoire de l’économie maritime de la CCI Bretagne, l’économie maritime régionale représentait fin 2024 plus de 70 500 emplois hors tourisme littoral, dont près de 30 000 pour le seul pays de Brest, largement en tête devant celui de Lorient. La défense liée à la mer, avec la construction et la réparation navales, figure parmi les quatre grands secteurs qui concentrent l’essentiel de ces emplois bretons.

L’arrêt technique engagé à Brest doit se prolonger plusieurs mois. Une fois les industriels revenus sur les principaux systèmes du bâtiment, l’Amiral Ronarc’h devra regagner le cycle opérationnel de la Marine nationale avant son admission au service actif, attendue début 2027, marquant l’entrée en flotte de la première unité d’un programme dont Lorient et Brest resteront les deux places fortes pour les années à venir.

Sources