220 millions d’euros : l’alliance inédite de l’UE et du Canada pour surveiller les océans
Réunis en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Union européenne, le Canada et vingt-neuf autres pays ont annoncé environ 220 millions d’euros d’engagements pour une nouvelle alliance baptisée OceanEye. Objectif : consolider le système mondial qui produit chaque jour 120 000 mesures sur l’état des océans.
Une alliance à 31 pour sauver le système mondial d’observation des océans
L’annonce a été faite le 23 septembre 2026 à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, selon le communiqué conjoint publié par le gouvernement canadien et la Commission européenne. Trente et un membres, dont l’Union européenne et le Canada, ont rejoint cette nouvelle alliance internationale baptisée OceanEye, destinée à soutenir le Système mondial d’observation des océans (GOOS, pour Global Ocean Observing System). Parmi les vingt-neuf autres participants figurent la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Norvège, l’Islande, le Royaume-Uni, mais aussi des pays du Sud comme l’Angola, le Cabo Verde, la Colombie, le Costa Rica, Madagascar, Maurice, la Namibie ou les Palaos.
L’initiative a été co-organisée avec la Commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco (COI-Unesco) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les deux institutions qui pilotent conjointement le GOOS. « L’observation des océans nous donne des yeux et des oreilles sous les vagues », a résumé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dont les propos ont été traduits de l’anglais. Le premier ministre canadien Mark Carney a de son côté insisté sur la dimension collective de l’effort : « Ce qu’aucun d’entre nous ne peut faire individuellement, nous pouvons l’accomplir ensemble. Chaque observation partagée multiplie son impact », propos également traduits.
Lire en complément: 400 000 tonnes de CO2 par an : le Danemark inaugure un site inédit en Europe
92 millions d’euros de l’UE, 82 millions de dollars du Canada
Sur les quelque 220 millions d’euros d’engagements financiers et en nature annoncés, l’Union européenne apporte 92 millions d’euros de financement d’amorçage pour ses propres activités d’observation océanique. Le Canada s’est pour sa part engagé à verser 82 millions de dollars canadiens sur cinq ans afin d’étendre ses capacités nationales d’observation. Le total mobilisé auprès de l’ensemble des pays partenaires atteint environ 339 millions de dollars canadiens, soit environ 211 millions d’euros au taux de change de l’annonce.

Ces fonds doivent permettre de maintenir les plateformes d’observation existantes, de combler les lacunes de couverture géographique, de renforcer le secrétariat du GOOS ainsi que les centres de coordination régionaux, et de consolider OceanOPS, le centre de l’Unesco et de l’OMM chargé de centraliser les données issues des différents réseaux. Selon le secrétaire de la COI-Unesco, Vidar Helgesen, cité dans le communiqué conjoint, « renforcer le Système mondial d’observation des océans n’est pas seulement un défi scientifique, c’est un défi de gouvernance », propos traduits de l’anglais. L’initiative s’inscrit explicitement dans l’objectif de développement durable n°14 des Nations unies, consacré à la vie aquatique, et dans la mise en œuvre de l’accord sur la biodiversité en haute mer (BBNJ), entré en vigueur après avoir franchi cette année le cap symbolique des 100 ratifications.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Date et lieu de l’annonce | 23 septembre 2026, New York |
| Membres de l’alliance OceanEye | 31 (dont l’UE et le Canada) |
| Engagement de l’Union européenne | 92 millions d’euros |
| Engagement du Canada | 82 millions de dollars canadiens sur 5 ans |
| Total mobilisé | Environ 339 M CAD (environ 211 M€) |
| Observations quotidiennes du GOOS | Environ 120 000, via 8 000 plateformes |
| Pays couverts par le réseau GOOS | 64, via 17 réseaux d’observation |
Un réseau mondial de 8 000 plateformes à bout de souffle
Le GOOS s’appuie aujourd’hui sur environ 8 000 plateformes, bouées dérivantes, flotteurs profilants, marégraphes ou capteurs embarqués sur des navires, réparties dans 64 pays et organisées en 17 réseaux d’observation, pour produire environ 120 000 mesures chaque jour sur la température, la salinité, les courants ou l’acidification des océans. Ces données alimentent aussi bien les modèles climatiques que les systèmes de prévision météorologique ou d’alerte aux tsunamis, ce qui explique la mobilisation conjointe de l’Unesco et de l’OMM derrière cette nouvelle alliance de financement.
Le communiqué conjoint canado-européen précise que d’autres opportunités de financement seront proposées aux pays n’ayant pas encore pris d’engagement, notamment à l’occasion de la COP31 et de la douzième conférence Our Ocean, qui doit se tenir à Halifax. L’enjeu, pour les organisateurs, est de transformer ce qui reste pour l’instant une déclaration d’intention politique en financement pérenne d’un outil scientifique dont la valeur ne se mesure pleinement que dans la durée : un capteur isolé ne dit rien de l’évolution du climat, mais un réseau mondial maintenu sur plusieurs décennies permet de détecter des tendances de long terme, du réchauffement des couches profondes de l’océan à l’acidification progressive de certaines zones côtières.
La France, contributrice parmi 29 autres pays
La France figure parmi les vingt-neuf pays ayant rejoint l’alliance aux côtés de l’Union européenne et du Canada, sans que le communiqué conjoint ne détaille de contribution financière nationale distincte de l’enveloppe européenne. Pour les instituts français impliqués dans l’observation océanique, à commencer par l’Ifremer et son réseau de flotteurs Argo, cette alliance représente avant tout un signal politique : celui d’un financement international enfin structuré pour un système jusqu’ici dépendant de contributions volontaires disparates, souvent revues à la baisse lors des arbitrages budgétaires nationaux.
Sources
- Gouvernement du Canada et Commission européenne, communiqué conjoint « Canada and the European Union help secure approximately $339 million in pledges for the Global Ocean Observing System », 23 septembre 2026 : source primaire, chiffres et citations officielles.
- Commission européenne, page officielle « OceanEye » : détail du financement européen par volet d’action.