Colombie : l’exportation d’avocats Hass a grimpé de 21% en un an, détrônant le café traditionnel

La situation actuelle de l’exportation d’avocats en Colombie soulève des enjeux complexes liés à la durabilité et à l’économie locale.

En 2025, le pays a exporté 210 000 tonnes d’avocats hass, dont 60 % à destination de l’Europe. Bien que cet « or vert » semble prometteur sur le plan économique, son essor s’accompagne d’un recours intensif aux pesticides et d’une mise à mal des cultures familiales.

Il est indéniable que l’or vert rapporte rapidement

Les dirigeants du secteur se frottent les mains, les élus y voient une opportunité de création d’emplois, et même le président Gustavo Petro a affirmé que l’avocat a plus de valeur que le pétrole. Cependant, sur le terrain, la réalité est bien différente : l’utilisation de pesticides, la pollution de l’eau, la monoculture sur des écosystèmes vulnérables, et des cultivateurs de café qui se retrouvent coincés entre leurs terrains et les ruissellements de leurs voisins.

À 1 600 mètres d’altitude, le village de Pijao perd peu à peu ses habitants et ses caféiers. Sur les pentes des montagnes voisines, des arbres à feuilles vert sombre, couronnés de touffes orangées, prennent de l’ampleur. Ils portent des avocats hass, la variété qui envahit désormais les supermarchés français.

Lire en complément: Le savoir-faire français en construction navale : l’Orient Express Corinthian bat des records de vitesse !

Une filière hass en pleine expansion

Les statistiques sont impressionnantes. En 2020, la Colombie exportait 35 000 tonnes d’avocats hass, cinq ans plus tard, ce chiffre atteint 210 000 ! Cette croissance n’est pas modeste : entre 2024 et 2025, les exportations connaissent une augmentation de 21,4 %. Une telle dynamique attire non seulement les investisseurs, mais aussi les acheteurs et les intermédiaires, ainsi que des voisins qui se demandent pourquoi ne pas en profiter.

avocat hass Colombie

Aujourd’hui, la Colombie se classe comme le troisième exportateur mondial de hass, juste derrière le Mexique et le Pérou. Le Mexique, dominant avec 45 % du marché, représente un véritable géant. Se retrouver juste derrière lui témoigne de la rapidité avec laquelle la Colombie rattrape son retard. L’Europe joue un rôle déterminant : 60 % des volumes colombiens sont envoyés vers ce continent. Il est donc probable que votre avocat en supermarché ait été cultivé dans les hauteurs du Quindo.

Dans cette filière, le discours est clair. La directrice de Corpohass, Katheryn Mejia, exprime sa satisfaction : plus de volumes, plus de débouchés et une visibilité accrue. Cela se comprend, car elle défend les intérêts de ses producteurs. En théorie, l’argument est convaincant : en développant une spécialité exportable, on attire des devises et on crée des emplois. Pour une région qui a souffert avec le café, cela semble être une issue favorable.

Cependant, un danger existe : la monoculture. Lorsqu’une culture devient une machine à exporter, elle monopolise les terres, les ressources humaines et l’attention des politiques. Le café, quant à lui, est relégué au rang de tradition sympathique. Pourtant, cette tradition représentait également une économie locale, des familles, des coopératives. En passant d’une diversité de cultures à une monoculture d’avocats hass, on peut gagner en standardisation, mais on perd en résilience.

Pesticides et pollution, un revers problématique

La critique revient invariablement à la même question : l’avocat en soi n’est pas le problème. Ce que dénoncent certaines voix locales, c’est la monoculture intensive dans des écosystèmes fragiles. À Pijao, Monica Flores, militante écologiste et ancienne conseillère municipale, résume le sentiment ambiant : ce n’est pas le fruit qui pose problème, mais la méthode. En plantant la même espèce sur de vastes portions de terrain, on déstabilise l’équilibre naturel.

Le sujet le plus délicat concerne l’utilisation de pesticides

Les écologistes alertent sur des produits qui polluent l’eau en aval, nuisent à l’air et affectent la végétation environnante. Dans cette région montagneuse, l’eau ne reste pas à sa place : elle descend, traverse les exploitations, et atteint les voisins. Il est possible d’avoir une exploitation qui semble propre sur le papier et de subir néanmoins des impacts à cause de la pente.

José Hernandez, un cultivateur de café, évoque des inondations sur ses terres dues aux monocultures voisines et aux eaux évacuées. Ici, on n’est pas dans un débat théorique sur l’agroécologie : c’est le fruit d’une vie de travail qui est menacé, avec des plants de café qui subissent de lourds dommages. Lorsqu’un revenu dépend d’une récolte annuelle, perdre une saison peut signifier perdre sa ferme.

De l’autre côté, les représentants de l’industrie dénoncent une diabolisation. Ils mettent en avant la création de 26 000 emplois et l’impact positif sur l’économie d’un département frappé par le chômage. Cet argument n’est pas à négliger : les emplois sont cruciaux, surtout dans les zones rurales. Mais il est important de noter que l’emploi ne résout pas tous les problèmes. Si la filière dégrade l’eau et les sols, alors on crée une richesse qui pourrait coûter cher sur le long terme. Les avocatiers consomment également beaucoup d’eau, et les cultures en altitude peuvent affecter l’approvisionnement en eau des citadins et des villageois en aval.

Quand l’avocat réorganise les villages et les emplois

L’essor d’une culture d’exportation ne modifie pas seulement les champs, il transforme aussi la structure des villages. Les parcelles prennent de la valeur, les propriétaires hésitent, les jeunes se concentrent sur les salaires, tandis que les anciens s’inquiètent de ce qu’ils risquent de perdre. Dans le Quindo, l’avocat hass émerge à un moment critique pour le café, qui a traversé une période difficile. Ainsi, l’argument de relancer l’économie trouve un écho favorable. On ne refuse pas facilement une bouée de sauvetage quand on est en difficulté.

La filière met en avant ses 26 000 emplois

Dans une région frappée par le chômage, cela pèse lourd dans le débat politique. Elle offre des postes dans la plantation, la récolte, le tri et la logistique. De plus, avec 60 % des volumes exportés vers l’Europe, il est nécessaire de respecter des normes, des délais et des contrôles. Cela engendre une organisation plus structurée que celle de certaines chaînes locales de café. En conséquence, certaines familles bénéficient d’un revenu plus stable, au moins dans un premier temps.

Des parcours individuels illustrent également cette période. Par exemple, Flor Ramos, ancienne membre des FARC, a déposé les armes en 2016 pour rejoindre une ferme coopérative. Elle considère l’avocat comme un or vert qu’elle apprécie de cultiver. Cela représente un symbole fort : une filière agricole peut servir d’outil de réinsertion et de reconstruction dans un pays ayant connu des décennies de conflits.

Néanmoins, la tension sociale est palpable derrière ces belles histoires. Si l’avocat devient la norme, ceux qui continuent à cultiver du café pourraient être perçus comme des archaïques. Et avec la concentration des terres, les cultures familiales reculent. Le café repose souvent sur un réseau de petites exploitations, tandis que l’avocat hass, avec ses volumes massifs et ses exigences d’exportation, tend vers des modèles plus grands et plus capitalisés. Ainsi, la question ne se limite pas à savoir combien d’emplois sont créés, mais aussi qui détient le contrôle et la valeur des terres.