Le savoir-faire français en construction navale : l’Orient Express Corinthian bat des records de vitesse !
Depuis plus d’un siècle, l’Orient-Express a transcendé son rôle de simple train pour devenir un cadre prestigieux, peuplé de figures emblématiques telles que des aristocrates, des écrivains, des espions et des aventuriers. Inauguré en 1883 entre Paris et Constantinople, il a lentement disparu de la scène, étouffé par les conflits de la guerre froide, l’essor des voyages aériens et le passage du temps.
On pensait qu’il était relégué au rang des mythes ferroviaires
Pourtant, il était en réalité en attente de renaissance, en effet, la marque, reprise par AccorHotels en 2017, est en train de revivre progressivement, redonnant vie à ses voitures et ses projets. Aujourd’hui, elle fait une entrée surprenante dans le monde maritime.
Avec le Corinthian, l’Orient-Express refait surface non pas comme un train, mais sous les traits d’un imposant voilier, illustrant ainsi la renaissance du rêve d’un voyage élégant et mémorable. Ce nouvel mastodonte des mers se distingue par sa rapidité, ayant récemment établi un record de vitesse pour une propulsion à voile.

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Nouveau record de vitesse à la voile pour un navire dépassant 25 000 tonnes
Mesurant environ 220 mètres de long et pesant 25 200 tonnes, l’Orient Express Corinthian deviendra le plus grand voilier de croisière jamais conçu lors de son lancement officiel. Contrairement aux navires de croisière traditionnels, il se limitera à un nombre restreint de passagers : 110, répartis dans 54 suites. L’intention est claire : offrir une expérience ultra-privée, à mi-chemin entre le yacht de luxe et le paquebot d’exploration, à l’image de son prédécesseur ferroviaire.
Lors des récents essais de propulsion, le navire a atteint une vitesse d’environ 12 nœuds (22,5 km/h) uniquement avec l’énergie du vent, même dans des rafales atteignant 20 nœuds (37 km/h). Pour un vaisseau de cette taille, les experts certifient qu’il s’agit d’un véritable exploit en matière de vitesse à la voile.
À terme, le navire devrait pouvoir atteindre près de 17 nœuds (32 km/h).
Une technologie de voile novatrice
L’innovation au cœur de ce projet réside dans un système dénommé Solid Sail, conçu par les Chantiers de l’Atlantique, basés à Saint-Nazaire.

À la différence des voiles souples classiques, celles-ci sont fabriquées à partir de panneaux rigides en matériaux composites, semblables aux ailes d’un aéronef. Cette technologie permet une bien meilleure captation du vent tout en maintenant un contrôle optimal.
Le navire est muni de trois mâts rigides en fibre de carbone, chacun mesurant environ 69 mètres de hauteur. Chacun d’eux supporte près de 1 500 m² de voiles, portant la surface totale à environ 4 500 m², soit l’équivalent d’un terrain de football.
Ces structures se distinguent cependant des voiles traditionnelles des grands voiliers. Elles sont conçues avec un profil aérodynamique rigide, inspirées des ailes d’avion, permettant de générer une portance significative et d’améliorer l’efficacité propulsive du navire.
Une technologie conçue pour la navigation commerciale
Le système présente de nombreuses caractéristiques techniques impressionnantes. Les voiles peuvent pivoter sur 360 degrés, leur permettant de capter le vent sous presque tous les angles. De plus, les mâts peuvent s’incliner jusqu’à 70 degrés, optimisant ainsi leur efficacité aérodynamique selon les conditions de navigation.
Une autre caractéristique importante est que ces mâts peuvent être abaissés pour permettre au navire de passer sous certains ponts ou d’accéder à des ports avec une hauteur limitée.
L’ensemble du mécanisme est dirigé par un système en grande partie automatisé. Des logiciels de navigation ajustent en permanence l’orientation et l’inclinaison des voiles pour maximiser la propulsion éolienne tout en assurant la stabilité du navire.
Un système hybride combinant voile et moteur
En pratique, ce type de vaisseau ne dépend pas uniquement de l’énergie du vent. Il allie propulsion à voile et moteur classique pour assurer la régularité des traversées commerciales et respecter les délais du transport maritime.
Lorsque les conditions climatiques sont favorables, les voiles peuvent cependant fournir une contribution significative à la propulsion et réduire considérablement la consommation de carburant. Selon les itinéraires et les conditions venteuses, les économies peuvent atteindre plusieurs dizaines de pourcents.
En d’autres termes, le navire fonctionne tel un immense planeur maritime : ses grandes ailes rigides captent l’énergie éolienne pour soutenir la propulsion, tandis que les systèmes automatisés optimisent continuellement son efficacité énergétique.
Quand le vent souffle dans la bonne direction, il peut avancer presque sans consommer de carburant. En revanche, si les conditions se détériorent, un moteur alimenté au gaz naturel liquéfié (GNL) prend le relais.
Cette association entre la voile et les technologies modernes est précisément ce qui rend le projet si séduisant pour le secteur maritime.
Quinze années de recherche menant à ce navire
Le concept d’un grand paquebot à voile n’est pas récent. Les Chantiers de l’Atlantique ont travaillé sur cette idée pendant plus de quinze ans.
Dès 2009, l’entreprise dévoilait un projet nommé Eoseas, un prototype de paquebot moderne alliant propulsion à voile et technologies de pointe.
Cependant, transformer cette vision en un navire opérationnel a nécessité une phase de tests extensive.
Entre 2016 et 2019, les ingénieurs ont réalisé une première campagne d’essais sur un modèle réduit à l’échelle 1/5, équipé d’environ 50 m² de voilure rigide. Cette phase expérimentale avait pour but de valider plusieurs paramètres clés pour la future propulsion des grands voiliers commerciaux.
Les équipes ont étudié notamment l’aérodynamisme des voiles rigides, la résistance des mâts en matériaux composites, la stabilité du navire face aux rafales de vent, ainsi que les systèmes de gestion automatisée de la voilure.
Après avoir obtenu ces premières validations, un banc d’essai à taille réelle a été mis en place à Saint-Nazaire. Cette installation a permis d’éprouver les mâts et les voiles dans des conditions proches de celles rencontrées en mer, afin de confirmer leur comportement structurel et les logiciels de pilotage automatique.
Une flotte naissante de voiliers géants
Le Corinthian ne représente que le début d’une nouvelle génération de navires. La société Orient Express Sailing Yachts envisage déjà la construction d’un second vaisseau, appelé Orient Express Olympian.
Les travaux de ce navire ont débuté en janvier 2025 avec la découpe de la première tôle d’acier aux Chantiers de l’Atlantique. Le premier bloc structurel a été installé dans la forme de construction en novembre 2025, avec une livraison prévue pour le printemps 2027.
Ces deux navires doivent constituer la base d’une future flotte de croisières à propulsion éolienne. L’objectif est de créer une nouvelle génération de navires alliant propulsion vélique, motorisation hybride et technologies de navigation automatisées.
Cette approche répond à plusieurs évolutions majeures dans le secteur du tourisme maritime. On observe une demande croissante pour des expériences de voyage plus exclusives, tandis que les contraintes réglementaires et environnementales incitent les armateurs à diminuer l’empreinte carbone de leurs activités. Parallèlement, les technologies de propulsion alternatives suscitent un intérêt croissant auprès des compagnies et des consommateurs.
La question énergétique demeure cruciale pour l’industrie des croisières. Les grands paquebots traditionnels figurent parmi les navires les plus consommateurs d’énergie au monde. Selon leur taille et leur vitesse, certains peuvent utiliser plus de 150 tonnes de carburant par jour lors de leurs traversées.
La propulsion à voile pourrait permettre d’envisager une réduction significative de cette consommation…