7 porte-conteneurs qui échapperont au pavillon français : la surtaxe qui freine CMA CGM
CMA CGM a confirmé qu’il ne fera pas immatriculer sous pavillon français sept de ses futurs porte-conteneurs géants, invoquant le coût d’une surtaxe reconduite dans le projet de budget 2027. Un revirement qui réduit sensiblement l’engagement pris par Rodolphe Saadé il y a moins d’un an.
Sept navires qui échapperont au registre français
CMA CGM ne fera pas immatriculer au registre international français (RIF) sept porte-conteneurs de 24 000 EVP (équivalents vingt pieds) attendus en 2027 et 2028. La décision, présentée aux représentants du personnel fin septembre lors d’un comité social et économique (CSE), a été confirmée à l’AFP le 30 septembre.
Elle concerne sept navires en construction au chantier chinois Yangzijiang : les CMA CGM Luxembourg, Versailles, Pont Neuf, Austerlitz, Cluny, Longchamp et Nation. Le groupe n’a pas précisé sous quel pavillon ils seront finalement enregistrés, évoquant simplement un registre « moins disant socialement » que le RIF.
Seuls trois navires de cette série de dix porteront les couleurs françaises : le CMA CGM Notre Dame, livré en juillet et baptisé au Havre, le Panthéon, reçu en août, et l’Orsay, dont la livraison est annoncée comme imminente.
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L’engagement de Rodolphe Saadé revu à la baisse
Le contraste est net avec les annonces faites par le dirigeant du groupe marseillais il y a moins d’un an. En novembre 2025, aux Assises de l’économie de la mer de La Rochelle, Rodolphe Saadé avait promis l’inscription au RIF de dix nouveaux navires géants, faisant passer sa flotte sous pavillon français de 30 à 40 unités. Il avait réitéré cet engagement le 9 juin devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Avec la sortie de sept unités du dispositif, l’objectif annoncé tombe désormais à 33 navires sous pavillon français, loin des 40 initialement promis. CMA CGM met en avant le surcoût lié aux équipages : le RIF impose le recrutement d’officiers ressortissants européens, ce qui représenterait, selon le groupe, 1,75 million d’euros supplémentaires par navire et par an, soit environ 12 millions d’euros annuels pour les sept bâtiments concernés.
L’armateur, contrôlé par la famille Saadé, rappelle par ailleurs qu’il ne verse pas de dividendes et réinvestit l’essentiel de ses bénéfices, tout en devant « revoir à la baisse certaines enveloppes de coûts » pour rester compétitif face à des concurrents (le Suisso-italien MSC, le Danois Maersk) qui n’acquittent pas de surtaxe comparable dans leurs pays d’origine.
L’épisode met aussi en lumière un refroidissement des relations entre Rodolphe Saadé et Emmanuel Macron, jusque-là plutôt cordiales : le chef de l’État s’était rendu à plusieurs reprises à Marseille auprès du dirigeant marseillais, et la Marine nationale avait escorté des navires du groupe en mer Rouge en juin 2026. C’est en présence du président de la République que Rodolphe Saadé avait pris, en novembre 2025 à La Rochelle, l’engagement aujourd’hui revu à la baisse.
Le groupe affirme vouloir éviter toute lecture politique de sa décision. Il assure qu’il n’existe « aucune mauvaise relation » avec le chef de l’État, en attribuant la paternité du projet de loi de finances au Premier ministre Sébastien Lecornu plutôt qu’à l’Élysée. CMA CGM insiste surtout sur l’argument concurrentiel : « Nos concurrents danois, suisse, chinois ne paient pas cette contribution », fait valoir le groupe pour justifier sa décision de ne pas immatriculer les sept navires en France.
Le registre international français a été créé par la loi du 3 mai 2005, dans une double logique d’harmonisation avec les autres registres européens et de renforcement de la compétitivité des armements français. Ouvert aux navires de plus de quinze mètres affectés au commerce, aux services maritimes ou à la plaisance professionnelle, il garantit une protection sociale complète aux marins qui y sont employés, tout en assurant aux navires immatriculés une place sur la liste blanche du Mémorandum d’entente de Paris, qui atteste du respect des normes internationales de sécurité.
C’est précisément cette architecture, pensée pour rendre le pavillon français attractif face à la concurrence internationale, qui est aujourd’hui questionnée par CMA CGM : l’armateur marseillais estime que le cumul de ses obligations sociales au titre du RIF et d’une fiscalité renforcée sur les bénéfices rend la balance moins favorable qu’annoncé il y a un an.
Une surtaxe reconduite, la taxe au tonnage en toile de fond
Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre en Conseil des ministres, reconduit pour une troisième année la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, avec un rendement visé de 5 milliards d’euros (contre environ 8 milliards les années précédentes). Ses paramètres précis, notamment le seuil d’assujettissement, doivent encore être confirmés par le Parlement.
En toile de fond, CMA CGM relève, comme la plupart des armateurs européens, du régime de la taxe au tonnage (article 209-0 B du code général des impôts, créé en 2003), qui remplace l’impôt sur les bénéfices réels par une base forfaitaire calculée sur le tonnage de la flotte. Ce régime optionnel, engageant l’entreprise pour dix ans, suppose en contrepartie une gestion des navires depuis la France et le maintien du tonnage sous pavillon européen. Le groupe estime que la surtaxe s’appliquerait sur l’ensemble de ses activités maritimes mondiales, alors qu’une imposition sur les bénéfices réels ne porterait que sur ses activités françaises, soit 2 à 3 % de son chiffre d’affaires mondial selon ses propres calculs.
Le sort réservé au secteur maritime dans le budget 2027 reste à préciser : le texte doit encore être examiné par le Parlement, et ses paramètres d’application (seuil, taux, éventuelles exemptions sectorielles) pourraient encore évoluer d’ici son adoption définitive. D’ici là, les trois premiers porte-conteneurs de la série, déjà sous pavillon français, continueront leur exploitation, tandis que les sept autres unités attendues en 2027 et 2028 seront enregistrées sous un pavillon que CMA CGM n’a pour l’instant pas identifié publiquement.
Sources
- L’Usine Nouvelle, « Budget 2027 : CMA CGM immatriculera moins de porte-conteneurs en France » : analyse de la décision et de la surtaxe exceptionnelle.
- Marine-Oceans, « Fiscalité : CMA CGM réduit son pavillon français pour payer la surtaxe exceptionnelle » : éléments complémentaires sur la taxe au tonnage et la position du groupe.
- La Libre, « Fin de la « bromance » entre Emmanuel Macron et Rodolphe Saadé, à cause d’une taxe ? » : contexte politique et citations du groupe sur ses relations avec l’Élysée.
- Registre international français (RIF), page officielle : cadre juridique et objectifs du registre créé en 2005.