Il devait être démantelé : le premier parc éolien offshore allemand va vivre vingt ans de plus
Il devait disparaître après vingt ans de service : le parc éolien offshore Alpha Ventus, premier parc en mer jamais construit en Allemagne, va finalement continuer à tourner. Vattenfall, EWE et RWE ont cédé leurs parts à Ocean Breeze Energy, qui entend prolonger son exploitation au-delà de la durée de vie initialement prévue.
Un pionnier de la mer du Nord qui devait partir à la retraite
Mis en service en 2010 à une quarantaine de kilomètres au nord de l’île de Borkum, Alpha Ventus a été le tout premier parc éolien offshore allemand. Avec ses douze turbines pour une puissance installée de 60 MW, il a longtemps servi de laboratoire grandeur réelle au secteur : selon le communiqué publié par son nouveau propriétaire, le site a fonctionné comme une « plateforme de démonstration et d’essai », ayant fourni des connaissances essentielles sur les technologies ainsi que sur les concepts d’exploitation et de maintenance qui équipent aujourd’hui des centaines de parcs en Europe.
Conçu pour une durée de vie de vingt ans, le champ d’éoliennes approchait donc logiquement de l’heure du démantèlement, un chantier que Vattenfall avait commencé à préparer dès l’année dernière en lançant un appel d’offres. C’est ce scénario, déjà engagé sur le papier, que vient de bouleverser l’arrivée d’un nouvel actionnaire.

Le cas d’Alpha Ventus illustre un dilemme que connaissent bien les opérateurs de parcs offshore vieillissants : une fois les coûts de développement et de raccordement amortis, un champ d’éoliennes en fin de vie théorique peut encore produire de l’électricité à un coût marginal réduit, à condition d’accepter des dépenses de maintenance plus lourdes sur des machines et des fondations exposées depuis plus d’une décennie et demie à la corrosion marine. C’est ce calcul qu’a visiblement fait Ocean Breeze Energy en se portant acquéreur plutôt que de laisser le site suivre la voie du démantèlement.
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Ocean Breeze Energy, déjà opérateur d’un parc huit fois plus puissant
Le 1er octobre, Ocean Breeze Energy, Vattenfall, EWE et RWE ont annoncé la vente des parts détenues par ces trois derniers dans Alpha Ventus. L’opération, dont le montant n’a pas été dévoilé, doit être finalisée au quatrième trimestre 2026. Ocean Breeze Energy n’est pas un inconnu du secteur : la société, détenue par des fonds gérés par Macquarie Asset Management, exploite déjà BARD Offshore 1, un parc voisin bien plus imposant, avec 400 MW de puissance installée répartis sur quatre-vingts éoliennes.
Jean Huby, dirigeant d’Ocean Breeze Energy, a justifié l’opération en affirmant que l’entreprise « voit un potentiel considérable pour continuer à exploiter économiquement Alpha Ventus ». Une manière de parier sur la rentabilité d’un outil industriel vieillissant plutôt que sur le coût, souvent élevé, d’un démantèlement en mer. Côté vendeurs, EWE s’est fait conseiller par le cabinet d’avocats international Watson Farley & Williams pour structurer la cession de sa participation aux côtés de celles de RWE et Vattenfall, signe du soin apporté par les trois énergéticiens à cette sortie négociée plutôt que subie.
Un signal pour le reste du parc éolien offshore européen
L’affaire dépasse le simple cas d’un champ d’éoliennes allemand. Alpha Ventus avait justement été érigé en symbole du vieillissement annoncé de l’éolien offshore européen : la plupart des grands parcs mis en service dans les années 2010, en Allemagne comme au Royaume-Uni ou au Danemark, approchent eux aussi de leurs vingt premières années d’exploitation. Le choix de prolonger l’exploitation d’Alpha Ventus, plutôt que de le démanteler comme prévu, pourrait ainsi inspirer d’autres opérateurs confrontés au même dilemme économique entre repowering (remplacement des machines par des turbines plus puissantes), prolongation de la durée de vie existante et démantèlement pur et simple.
Pour Ocean Breeze Energy, l’opération s’inscrit surtout dans une logique de consolidation locale. L’entreprise connaît déjà parfaitement la zone : son parc BARD Offshore 1 est voisin d’Alpha Ventus au large de Borkum, ce qui devrait lui permettre de mutualiser une partie de la logistique de maintenance, les bases arrière à terre et les équipes techniques entre les deux installations. De quoi, potentiellement, améliorer la rentabilité d’un parc dont la production reste modeste à l’échelle du secteur, mais dont la valeur patrimoniale et symbolique, pour l’histoire de l’éolien offshore allemand, est sans équivalent.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Mise en service | 2010 |
| Puissance installée | 60 MW (12 turbines) |
| Localisation | ~45 km au nord de Borkum, mer du Nord |
| Vendeurs | Vattenfall, EWE, RWE |
| Acheteur | Ocean Breeze Energy (fonds Macquarie Asset Management) |
| Parc déjà détenu par l’acheteur | BARD Offshore 1 : 400 MW, 80 éoliennes |
| Clôture prévue | 4ᵉ trimestre 2026 |
La transaction doit encore être finalisée dans les prochaines semaines, d’ici la fin du quatrième trimestre 2026. Elle ne dit rien, pour l’instant, de la durée exacte de la prolongation envisagée par Ocean Breeze Energy, ni des travaux de maintenance lourde qu’elle pourrait nécessiter sur des fondations et des turbines vieilles de seize ans. Les trois vendeurs, de leur côté, se retirent d’un actif qu’ils avaient contribué à faire naître il y a plus de quinze ans, dans les toutes premières années du développement de l’éolien en mer en Allemagne, pour se concentrer sur leurs parcs offshore de nouvelle génération, nettement plus puissants.
Le dossier sera suivi avec attention par l’ensemble du secteur éolien offshore européen, à l’heure où se multiplient les décisions à prendre sur l’avenir des premiers parcs construits en mer. Si la plupart des opérateurs ont jusqu’ici privilégié le repowering, c’est-à-dire le remplacement pur et simple des machines vieillissantes par des turbines de nouvelle génération nettement plus puissantes, l’option retenue pour Alpha Ventus, celle d’une simple prolongation d’exploitation sous un nouvel actionnaire, ouvre une troisième voie qui pourrait séduire les propriétaires de petits parcs pionniers, trop modestes pour justifier un chantier de repowering mais encore capables de produire de l’électricité de façon rentable.
Sources
- Ocean Breeze Energy, communiqué de presse du 1er octobre 2026 : annonce officielle du rachat des parts de Vattenfall, EWE et RWE.
- Inspenet : détails chiffrés sur Alpha Ventus et BARD Offshore 1, citation de Jean Huby.