3,5 % de l’océan réellement protégé : loin de l’objectif 30×30 avant la COP17
À quelques jours de l’ouverture de la COP17 sur la biodiversité, une trentaine d’organisations environnementales réunies au sein de la coalition Together for the Ocean rappellent aux États que seuls 3,5 % des océans du globe sont aujourd’hui réellement protégés, très loin de l’objectif des 30 % fixé pour 2030.
Un objectif adopté il y a quatre ans, toujours hors de portée
L’objectif dit « 30×30 », qui vise à placer 30 % des surfaces terrestres et marines du globe sous un statut de protection ou de conservation d’ici 2030, avait été fixé par les États lors de la précédente conférence des parties sur la biodiversité. Il doit faire l’objet d’un bilan d’étape lors de la COP17, qui se tiendra du 19 au 30 octobre à Erevan, en Arménie. C’est dans ce contexte que la coalition Together for the Ocean, qui rassemble une trentaine d’organisations internationales engagées dans la protection du milieu marin, a choisi de rendre public un état des lieux chiffré de l’avancement réel de cet objectif pour les seuls océans.

Selon les données mises en avant par la coalition, environ 10 % de l’océan mondial a aujourd’hui été désigné comme protégé ou en cours de conservation. Mais ce chiffre masque une réalité plus sévère : seuls 3,5 % de l’océan mondial sont évalués comme effectivement et efficacement protégés, c’est-à-dire bénéficiant d’une gestion réelle sur le terrain et non d’une simple désignation administrative. Si les tendances actuelles se poursuivent, la couverture marine protégée ne devrait atteindre que 12 % à 15 % d’ici 2030, bien en deçà de la cible des 30 %.
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Un financement de la protection marine très insuffisant
Le principal frein identifié par les organisations reste financier. Les besoins de financement pour la mise en œuvre effective de la protection des océans sont évalués à environ 16 milliards de dollars par an. Or, seuls 1,8 milliard de dollars sont aujourd’hui mobilisés chaque année à cette fin dans le monde, soit un écart de plus de 14 milliards de dollars entre les besoins et les moyens réellement engagés par les États et les bailleurs internationaux.
Ce constat avait déjà été dressé le 23 septembre par l’Ocean Protection Gap Report 2026, publié par le cabinet Systemiq en partenariat avec plusieurs organisations de la coalition, dont le Bloomberg Ocean Fund, Campaign for Nature, le Marine Conservation Institute, SkyTruth et le WWF International. Le rapport souligne que la simple désignation d’une zone comme aire marine protégée ne suffit pas à garantir sa conservation effective sur le terrain, faute de moyens humains et financiers pour la faire respecter.
« La simple désignation ne suffit pas. La majorité des aires marines protégées n’offrent pas encore une conservation efficace », a résumé Lance Morgan, du Marine Conservation Institute, l’un des partenaires de l’Ocean Protection Gap Report 2026.
La haute mer, principal angle mort de la protection marine
Au-delà des eaux nationales, c’est la haute mer, ces zones situées au-delà des juridictions des États côtiers et qui représentent la majeure partie de la surface océanique mondiale, qui concentre le plus grand retard. Moins de 2 % de la haute mer bénéficie aujourd’hui d’un statut de protection, alors que le traité international sur la haute mer (dit traité BBNJ), adopté en 2023 mais encore en cours de ratification par de nombreux États, est présenté par les organisations comme le principal levier disponible pour combler ce retard dans les années à venir.
« Avec moins de 2 % des hautes mers protégées, la mise en œuvre du traité des hautes mers offre la plus grande opportunité », a estimé Rebecca Hubbard, de la High Seas Alliance, elle aussi partenaire de la coalition Together for the Ocean.
La France, promotrice de l’objectif 30×30 mais encore loin du compte
La France s’est présentée ces dernières années comme l’un des moteurs diplomatiques de l’objectif 30×30, qu’elle avait contribué à faire adopter lors de la COP15 sur la biodiversité en 2022. En avril 2025, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher avait réuni plusieurs homologues internationaux pour tenter de porter la part mondiale d’aires marines protégées de 8,4 % à 12 % avant la troisième Conférence des Nations unies pour l’océan, organisée à Nice en juin 2025. Le chiffre de 10 % avancé aujourd’hui par Together for the Ocean marque une progression depuis ces 8,4 %, mais reste loin des 30 % visés, et surtout loin des niveaux de protection jugés réellement efficaces sur le terrain.
La COP17 d’Erevan, qui s’ouvre le 19 octobre, devra donc composer avec un constat largement partagé par les ONG : au rythme actuel des désignations et des financements, l’objectif des 30 % de protection marine d’ici 2030 ne sera pas atteint. Les discussions porteront notamment sur l’accélération des ratifications du traité sur la haute mer et sur les moyens de combler l’écart de financement identifié par la coalition, deux chantiers que les organisations environnementales entendent porter jusqu’à la clôture de la conférence, prévue le 30 octobre.
Sources
- Together for the Ocean, Ocean Protection Gap Report 2026 : rapport source avec l’ensemble des chiffres cités (23 septembre 2026).
- Ministère de la Transition écologique : position française sur l’objectif 30×30 et chiffres antérieurs des aires marines protégées.