Changement climatique : l’Ifremer alerte sur la nécessité d’ajuster les quotas de pêche
L’Ifremer alerte sur les répercussions du réchauffement climatique sur les ressources maritimes en France, qui pourraient gravement affecter la pêche.
Le document de l’Ifremer souligne les enjeux de la durabilité des pêcheries françaises. Le rendement maximum durable (RMD), qui fixe le niveau de captures qu’une population de poissons peut supporter sans compromettre son renouvellement, vise à garantir que 100 % des poissons capturés proviennent de stocks gérés durablement, c’est-à-dire à l’abri de la surpêche.

Toutefois, l’Ifremer signale qu’en 2024, cet objectif n’a été atteint qu’à hauteur de 50 %, marquant une légère progression par rapport à l’année précédente où il était de 44 %. Cette amélioration est due à un changement de classification concernant le hareng de la mer du Nord.
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Une prévision de baisse de 25 % de la biomasse de poissons d’ici 2100
Le hareng, qualifié de « en bon état » en 2023 avec 8,5 % des volumes débarqués, a été reclassé par la suite, étant désigné comme « surpêché » en 2024 (9,2 %), entraînant une réduction de la proportion de poissons pêchés de manière durable, qui est tombée de 58 % à 44 %. En termes quantitatifs, les captures de poissons atteignaient 306 000 tonnes en 2024, contre 323 000 tonnes en 2023.
« Si l’on raisonne en termes de nombre de populations non surpêchées, nous voyons que la proportion continue à s’améliorer lentement. Mais si l’on raisonne en termes de volumes de poissons débarqués, nous observons une stagnation autour de 45-50 %, malgré la diminution de l’effort de pêche et des débarquements », note Clara Ulrich, chercheure et coordinatrice des expertises halieutiques à l’Ifremer.
Une diminution d’un quart de la biomasse des poissons prévue d’ici 2100, selon l’Ifremer
En parallèle de cette évaluation annuelle, l’Ifremer a également préparé, à la demande de la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture, un rapport analysant les effets du changement climatique sur les ressources halieutiques.
Il en ressort que ce phénomène entraîne une baisse de la productivité du plancton, altère les processus physiologiques des espèces, modifie les cycles reproductifs et provoque une redistribution des espèces, sous l’influence conjointe du réchauffement des eaux, de l’acidification et de la désoxygénation des océans sur les écosystèmes marins.
« Si la part des populations considérées ‘en bon état’ est stable, autour de 45 à 50 % depuis 2013, celle des populations en surpêche se dégrade, passant progressivement de ‘surpêchées’ à ‘surpêchées et dégradées’ »
Un appel à un niveau d’exploitation « légèrement inférieur »
Devant ce constat, les scientifiques suggèrent de réévaluer les objectifs de gestion des pêcheries, qui reposent actuellement sur le rendement maximum durable. Cet indicateur représente le volume maximal de captures qu’une population peut supporter sans compromettre sa capacité de renouvellement. Les chercheurs recommandent de considérer le RMD actuel comme un plafond, plutôt que comme un but, et de viser des niveaux d’exploitation « un peu plus faibles ».

En réponse à l’accélération de ces évolutions, les auteurs du rapport demandent une mise à jour de la méthode d’estimation du RMD pour toutes les populations. « Le mode de calcul actuel du RMD ne prend pas pleinement en compte les effets des évolutions de plus en plus rapides de l’environnement marin liés au changement climatique, notamment sur la croissance et le recrutement des populations de poissons », précise l’Ifremer.
Pour intégrer ces éléments et « face à l’urgence de préserver l’ensemble des populations de poissons », les rédacteurs du rapport préconisent de considérer le rendement maximum durable actuel comme une limite plutôt qu’une cible, en visant des niveaux d’exploitation correspondant à 95 % du RMD, ce qui constituerait un objectif de gestion plus prudent.