Menaces de mort, moratorium et motion de censure : l’affaire Cornell Seven s’embrase

L’avocat de la plaignante dans l’affaire dite « Cornell Seven » affirme qu’elle a reçu des menaces de mort et a été visée par un canular d’intervention armée à son domicile. Dans le même temps, la ville d’Ithaca a voté un moratorium sur les événements liés à l’université, et une motion de censure contre sa direction se prépare.

Menaces de mort et tentative de « swatting » contre la plaignante

Selon son avocat, Thomas Giuffra, la jeune femme connue sous le nom de Jane Doe, qui accuse plusieurs membres de la fraternité Chi Phi de l’avoir agressée sexuellement en 2024, a reçu des menaces de mort après avoir intenté une action en justice contre l’université Cornell. Elle a également été visée par un canular, un signalement mensonger ayant conduit la police à se présenter armée au domicile de sa famille.

sit-in étudiant sur le campus de l'université Cornell

« J’avais vraiment peur pour ma cliente. Cela aurait pu être une tragédie majeure. Des gens auraient pu mourir » (propos traduits), a déclaré Thomas Giuffra à CNN, précisant que la jeune femme avait vu la police pointer des armes vers son père, son frère et un ami. Il affirme avoir lui-même reçu des menaces, de même que sa femme et son cabinet.

Selon le réseau RAINN (Rape, Abuse and Incest National Network), qui gère la ligne d’écoute nationale américaine pour les violences sexuelles, les appels à cette ligne ont bondi de 73 % la semaine suivant la médiatisation de l’affaire, avec plus du double du volume habituel le seul lundi 5 octobre. « Nous admirons, et nous sommes si reconnaissants, du courage de Jane Doe » (propos traduits), a déclaré le président de RAINN, Scott Berkowitz, précisant que de nombreux appelants avaient cité l’affaire de Cornell comme élément déclencheur de leur appel.

Des documents consultés par CNN montrent par ailleurs que la police du campus de Cornell avait rédigé, environ une semaine après le signalement initial de Jane Doe en 2024, des courriers destinés aux opérateurs Verizon et T-Mobile pour leur demander de conserver les données associées à certains comptes téléphoniques. Il n’est pas établi si ces courriers ont effectivement été envoyés ou suivis de citations à comparaître, ni si le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, avait connaissance de ces démarches. Celui-ci a indiqué que la police universitaire ne lui avait transmis, à l’époque, qu’une déclaration de six pages signée par Jane Doe et des captures d’écran Snapchat.

Lire en complément: Cornell confie à l’ex-procureure Sally Yates une enquête indépendante sur l’affaire des Sept

Ithaca impose un moratorium sur les événements liés à Cornell

Face à la tension grandissante, le conseil municipal d’Ithaca, la ville où est implantée l’université, a voté dans la nuit de mercredi à jeudi, par 9 voix contre 1, un moratorium temporaire sur la délivrance de permis d’événements et de bruit pour l’université et ses organisations étudiantes. La mesure, proposée par le maire de la ville, cite des raisons de sécurité publique et vise notamment les soirées dans les fraternités, les sororités et les logements étudiants hors campus. Elle doit expirer le 5 novembre, sauf prolongation par les élus.

Chiffre clé Donnée
Vote du moratorium à Ithaca 9 voix contre 1
Durée du moratorium Jusqu’au 5 novembre (sauf prolongation)
Hausse des appels à la ligne d’écoute RAINN + 73 % en une semaine
Sénateurs soutenant une motion de censure Environ 40 sur plus de 75

Vers un vote de défiance contre la direction de l’université

Le Sénat universitaire de Cornell, principal organe consultatif de la faculté, doit examiner une résolution demandant un vote de défiance (« no-confidence vote ») contre la direction de l’établissement, avant de l’inscrire à l’ordre du jour de sa séance du 14 octobre. Selon le professeur Paul Ortiz, membre du Sénat, une quarantaine de sénateurs sur plus de soixante-quinze soutiennent déjà cette démarche. Une autre membre du Sénat, Ariana Kim, a explicitement demandé la démission du président de l’université, Michael Kotlikoff, qui était président par intérim au moment des faits en 2024.

Sur le campus, des étudiants ont organisé mercredi un sit-in devant un restaurant universitaire. « Je veux faire comprendre à l’administration que nous, les étudiants, ne sommes pas satisfaits de sa réponse à cette affaire » (propos traduits), a déclaré Maggie Jacobsohn, étudiante de première année, à CNN. Une autre étudiante, Madeline Gage, a affirmé que la confiance des étudiants envers la direction universitaire reste « très faible » (propos traduits) et continue de décliner à mesure que de nouveaux éléments de l’affaire sont révélés.

En parallèle, un avocat représentant un des étudiants mis en cause a déposé une motion devant la Cour suprême de l’État de New York pour contester la nomination de la procureure générale Letitia James comme procureure spéciale dans ce dossier, en raison d’un message qu’elle avait publié en soutien à la plaignante. L’enquête indépendante confiée à l’ancienne procureure générale adjointe Sally Yates, annoncée le 6 octobre, se poursuit en parallèle de cette enquête pénale distincte.

Sur le campus, la situation reste également tendue sur le plan académique : des responsables de l’université ont confirmé que deux étudiants visés par la plainte civile de Jane Doe restent inscrits et continuent d’assister aux cours, selon l’enregistrement d’un webinaire obtenu par CNN. Plusieurs membres du corps enseignant ont indiqué avoir des difficultés à faire cours à ces étudiants, s’interrogeant sur la façon de les accueillir ainsi que les autres élèves des mêmes classes.