1,5 million de milles parcourus : la France dévoile ses nouveaux drones de surveillance maritime

À l’approche du salon Euronaval, l’industriel français Exail dévoile Oryx, la déclinaison militaire de ses drones de surface DriX, ainsi que Neptis, un nouveau système de surveillance maritime robotisé destiné à protéger les approches côtières et les infrastructures sensibles.

Oryx, la version militaire d’une plateforme déjà éprouvée

Depuis 2017, Exail (né de la fusion entre ECA Group et iXblue) a mis en service plusieurs dizaines d’exemplaires de ses drones de surface DriX à travers le monde, essentiellement pour des missions hydrographiques civiles. Selon l’entreprise, ces engins ont cumulé plus de 300 000 heures d’opération et parcouru plus de 1,5 million de milles nautiques. C’est sur cette base que le groupe a conçu Oryx, une gamme dédiée aux marines militaires.

La famille Oryx se décline en trois modèles aux missions complémentaires. Le H-8, d’une longueur de 7,71 mètres pour un déplacement de 1,6 tonne, offre une autonomie annoncée jusqu’à dix jours et un rayon d’action de 1 000 milles nautiques. Le H-9, plus grand (9 mètres, 2,1 tonnes), peut tenir jusqu’à vingt jours en mer pour 2 000 milles nautiques de rayon d’action. Le O-16, enfin, est le modèle transocéanique du trio : avec ses 15,75 mètres, ses 10,5 tonnes et sa propulsion hybride, il revendique jusqu’à trente jours d’autonomie et 3 500 milles nautiques de rayon d’action.

Exail met en avant une architecture ouverte, capable d’intégrer différentes charges utiles militaires, ainsi qu’une signature réduite (visuelle, radar et acoustique) et une capacité de navigation en environnement dégradé. Les USV Oryx peuvent être déployés depuis la côte, un port ou un navire-mère, et coordonnés entre eux pour couvrir de vastes zones.

Modèle Longueur Déplacement Autonomie Rayon d’action
H-8 7,71 m 1,6 t jusqu’à 10 jours 1 000 NM
H-9 9 m 2,1 t jusqu’à 20 jours 2 000 NM
O-16 15,75 m 10,5 t jusqu’à 30 jours 3 500 NM

« Dans un environnement contesté, la persistance change tout », affirme Exail (propos traduits) en présentation de sa gamme Oryx, résumant ainsi l’argument central de ces plateformes : offrir une présence permanente en mer sans exposer d’équipages.

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Neptis, un système de systèmes pour surveiller sans multiplier les frégates

Les USV Oryx ne sont qu’une moitié de l’annonce. Exail lance en parallèle Neptis, un concept de surveillance maritime robotisée conçu comme un « système de systèmes » modulaire. L’idée : répartir des moyens autonomes sur une zone d’opération, plutôt que de dépendre uniquement de navires habités pour assurer une présence permanente.

Le fonctionnement décrit par l’industriel tient en quatre étapes. D’abord planifier et déployer plusieurs USV Oryx pour couvrir une zone 24 heures sur 24. Puis détecter et capter, en surveillant en continu les domaines aérien, de surface, électromagnétique et sous-marin, grâce à des capteurs radar, optroniques (EO/IR), AIS, de guerre électronique et, pour certaines configurations, des charges acoustiques remorquées utiles à la lutte anti-sous-marine. Vient ensuite la classification et la fusion des données multi-capteurs dans une image opérationnelle commune. Enfin, le partage et la réaffectation des moyens, via des liaisons de communication résilientes, à vue directe ou au-delà de l’horizon radioélectrique.

drone de surface de guerre des mines de la Marine nationale

Exail revendique un parc de plus de 90 USV vendus et plus de 70 marines et armées clientes dans le monde, pour un groupe qui se présente comme fort de plus de cinquante ans d’expérience en robotique navale. Les opérateurs humains conservent, selon la description fournie par l’industriel, la validation des missions et les décisions opérationnelles : Neptis est pensé comme une aide à la décision et non comme un système totalement autonome dans l’engagement.

Combler le vide capacitaire face à la multiplication des drones

Cette double annonce s’inscrit dans un contexte où la protection des approches maritimes et des infrastructures critiques (câbles sous-marins, gazoducs, parcs éoliens offshore) devient un enjeu de premier plan pour les marines occidentales. Face à la dégradation du contexte géostratégique et à l’essor des drones dans tous les milieux (aérien, de surface, sous-marin), couvrir de vastes zones maritimes avec des frégates, des patrouilleurs et des aéronefs habités atteint ses limites : les marines ne disposent tout simplement pas d’assez de moyens pour assurer un maillage serré et une permanence de capacités à la mer.

Les plateformes DriX, sur lesquelles s’appuie Oryx, ont déjà été engagées dans plusieurs exercices internationaux, parmi lesquels des manœuvres avec l’US Navy (Task Force 59 et 4th Fleet), l’OTAN (Task Force X et l’exercice REPMUS au Portugal) et la Marine nationale française. Les missions visées par la gamme Oryx couvrent la lutte anti-sous-marine, la protection des infrastructures sous-marines critiques, le renseignement et la surveillance, ainsi que l’hydrographie militaire, une application pour laquelle le DriX civil a déjà fait ses preuves.

Pour l’instant, Exail communique sur les capacités techniques de ses nouvelles gammes sans détailler de premiers contrats de vente spécifiquement fléchés vers Oryx ou Neptis. L’entreprise propose par ailleurs un support après-vente structuré, avec des abonnements annuels et des services à la demande (assistance technique, formation, opérations à distance).

Le calendrier donnera à Exail une occasion immédiate de transformer cette annonce en commandes concrètes : le salon Euronaval, rendez-vous mondial de l’industrie navale de défense, se tiendra du 3 au 6 novembre 2026 à Paris. Les acteurs du secteur y attendent notamment de voir comment les marines occidentales, confrontées à des budgets contraints et à une menace sous-marine et dronique croissante, accueilleront ces nouvelles capacités robotisées, présentées comme un complément moins coûteux et moins risqué aux unités habitées plutôt qu’un substitut.

Sources