« Rien de politique ni de personnel » : un accusé de l’affaire Cornell Seven veut écarter Letitia James

Alors que l’enquête sur l’affaire dite des « Cornell Seven » a été confiée à la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, l’un des sept hommes visés par la plainte demande déjà son retrait, l’accusant d’avoir pris publiquement parti avant même d’ouvrir le dossier.

Un accusé conteste la nomination de la procureure générale

Pour mémoire, sept anciens membres de la fraternité Chi Phi de l’université Cornell, à Ithaca, sont visés depuis septembre 2026 par une plainte civile déposée par une étudiante identifiée sous le pseudonyme « Jane Doe », qui affirme avoir été agressée sexuellement à plusieurs reprises dans la maison de la fraternité en octobre 2024. Le procureur du comté de Tompkins, qui avait classé l’affaire sans suite fin 2024, a rouvert son enquête fin septembre 2026 sous la pression de l’opinion. Début octobre, la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, a dessaisi ce procureur local et confié le dossier à la procureure générale Letitia James, qu’elle a nommée procureure spéciale par décret.

C’est précisément cette nomination que conteste aujourd’hui Gillio Lopes, l’un des sept hommes nommés dans la procédure, par la voix de son avocat Andrew Miltenberg. Selon CBS News et ABC News, une requête a été déposée devant un tribunal d’Albany pour demander l’annulation de la désignation de Letitia James et son remplacement par un procureur spécial exempt, selon les termes de la requête, de tout conflit d’intérêts ou de partialité, réel ou perçu. Aucune audience ni décision sur cette requête n’était rapportée au moment de la rédaction.

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Un message publié avant la nomination au cœur de la contestation

L’argument central de Me Miltenberg repose sur un message publié par Letitia James sur les réseaux sociaux, fin septembre, avant sa désignation comme procureure spéciale. Elle y écrivait notamment que ce que la jeune femme avait été contrainte d’endurer était « horrific and unacceptable » (« horrible et inacceptable », propos traduits), et qu’elle la gardait, ainsi que les autres survivantes, « in my heart and in my prayers » (« dans son cœur et ses prières », propos traduits).

Letitia James

Pour l’avocat de Gillio Lopes, ce message démontre que la procureure générale avait déjà pris position en faveur de la plaignante avant d’être chargée du dossier, ce qui, selon lui, compromet la confiance dans l’intégrité de l’enquête. Il précise toutefois ne pas accuser Letitia James de corruption ou de mauvaise foi, et ne pas prétendre qu’un tribunal l’aurait jugée légalement inapte à exercer cette fonction : il demande une récusation volontaire, qu’il présente comme la « better institutional course » (« meilleure solution institutionnelle », propos traduits), plutôt qu’une sanction judiciaire. Il ajoute que la question n’est, selon lui, « not political or personal » (« ni politique ni personnelle », propos traduits), et que son client « unequivocally denies the allegations against him » (« nie catégoriquement les accusations portées contre lui », propos traduits).

Interrogée sur ce message lors d’une conférence de presse, Letitia James a refusé tout commentaire, déclarant seulement : « I will not comment on a Facebook post » (« Je ne commenterai pas une publication Facebook », propos traduits). La gouverneure Kathy Hochul, de son côté, a maintenu son soutien à sa procureure spéciale, affirmant avoir « every confidence » (« une confiance totale », propos traduits) dans sa capacité à instruire le dossier en suivant les faits.

Date Événement
Fin septembre 2026 Letitia James publie son message de soutien à la plaignante sur les réseaux sociaux
Début octobre 2026 La gouverneure Kathy Hochul dessaisit le procureur de Tompkins et nomme Letitia James procureure spéciale
Peu après Andrew Miltenberg, avocat de Gillio Lopes, demande publiquement le retrait de James
8 octobre 2026 Dépôt d’une requête devant un tribunal d’Albany pour contester la nomination

Un nouveau front qui s’ajoute à une procédure déjà sous tension

Cette offensive judiciaire intervient alors que l’affaire est déjà scrutée sur plusieurs fronts à la fois : enquête pénale de la procureure spéciale, examen indépendant de la gestion du dossier par Cornell confié à l’ancienne sous-procureure générale américaine Sally Yates, motion de défiance pendante devant le Sénat des professeurs de l’université, et menaces de mort visant la plaignante et ses proches, signalées à la police début octobre par son avocat, Thomas Giuffra. Ce dernier a qualifié les arguments de la défense de Gillio Lopes d’intéressés, sans entrer dans davantage de détails publics.

Pour l’heure, aucun des sept hommes visés par la plainte civile n’a été inculpé pénalement. Le statut disciplinaire de chacun au sein de l’université reste flou : Cornell affirme avoir appliqué un ensemble de sanctions, dont des expulsions et des suspensions, mais invoque la confidentialité des dossiers étudiants pour ne pas détailler qui a été concerné par quelle mesure. L’avocat de la plaignante affirme pour sa part que seuls deux hommes ont été expulsés.

La bataille autour de la nomination de Letitia James illustre la difficulté à mener sereinement une enquête déjà hautement politisée, dans un État où la procureure générale est elle-même une figure nationale régulièrement engagée dans des contentieux très médiatisés. Le tribunal d’Albany devra d’abord se prononcer sur la recevabilité de la requête de Gillio Lopes, avant même d’examiner son bien-fondé, pendant que le Sénat des professeurs de Cornell doit débattre de sa propre motion de défiance les 14 et 28 octobre. James elle-même a prévenu que son enquête, qui doit recueillir des preuves et auditionner des témoins, pourrait prendre plusieurs mois avant d’aboutir à une décision sur d’éventuelles poursuites.

Sources