Un rapport de l’ONU révèle une augmentation d’un tiers des violences faites aux femmes durant les épisodes de chaleur

Le changement climatique a un effet inquiétant sur la violence à l’égard des femmes, un sujet qui mérite une attention particulière.

Une augmentation alarmante des violences

Lors de phénomènes climatiques tels que les vagues de chaleur, les sécheresses ou les inondations, les violences faites aux femmes tendent à s’accroître. Un rapport de l’initiative Spotlight des Nations unies, diffusé en avril 2025, révèle que les féminicides augmentent de 28 % lors des épisodes de chaleur. Ce document indique également qu’une hausse de 1 °C dans la température globale est associée à une augmentation de 4,7 % des violences conjugales à l’échelle mondiale.

Malgré la richesse des données sur le sujet, certains responsables politiques et médias continuent de remettre en question les faits scientifiques. Kévin Jean, épidémiologiste à l’ENS-PSL et spécialiste des relations entre santé et changement climatique, a été critiqué pour avoir abordé ces chiffres sur France Inter en janvier.

L’Initiative Spotlight, une collaboration mondiale entre l’Union européenne et les Nations Unies, vise à éradiquer toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles. Ses dernières découvertes soulignent que les solutions face au changement climatique doivent intégrer les droits, la sécurité et la justice pour être véritablement efficaces et durables.

violences faites aux femmes durant les épisodes de chaleur

Réactions défensives face aux faits scientifiques

Charles Alloncle, député d’extrême droite, a qualifié les déclarations de Kévin Jean de « thèse complotiste », tandis qu’Eugénie Bastié, journaliste au Figaro, l’a accusé de défendre une « théorie des climats » empreinte de racisme, en suggérant : « Bientôt ils vont nous expliquer que l’Afrique est plus violente parce qu’il y fait plus chaud ? »

En réponse à la question du lien entre chaleur et violence, Kévin Jean a expliqué à Reporterre : « Le lien entre l’agressivité et la température est largement documenté, il repose sur trente ans de recherche. Tout un pan de la recherche en psychologie l’a démontré depuis les années 1990. Parler de complotisme sur ce sujet, c’est juste du trumpisme à l’état pur. »

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Les causes du lien entre changement climatique et violences envers les femmes

Tarik Benmarhnia, épidémiologiste et co-directeur d’une équipe de recherche à l’université de Rennes, note que « La chaleur a de nombreux autres effets cognitifs : le sang est utilisé pour réguler la température et oxygène moins le cerveau. On dort aussi moins bien lorsqu’il fait chaud. Tout cela participe des mécanismes de stress physiologique et psychologique qui entrent en jeu dans les violences de genre. »

Les recherches scientifiques soutiennent ces affirmations, montrant des corrélations entre les vagues de chaleur, la dégradation de la santé mentale et l’augmentation des suicides. Une étude réalisée en Espagne en 2018 a spécifiquement découvert un lien entre les vagues de chaleur et la hausse des féminicides.

Il est fondamental de signaler que cela ne signifie pas que les températures élevées déterminent le comportement humain, ni que les populations vivant dans des zones chaudes sont naturellement plus violentes, comme l’affirme Eugénie Bastié. Cet argument est dépourvu de fondement et peut être aisément invalidé par l’analyse des recherches sur le sujet.

Une méta-analyse publiée en 2024 dans la revue Environmental Health Perspectives a établi une connexion entre l’augmentation des températures et la montée des crimes violents, tout en notant des disparités. Par exemple, cette tendance est clairement observable à Cleveland, Ohio, tandis qu’à New York, elle ne se manifeste pas.

Une violence influencée par de multiples facteurs

Les chercheurs relèvent que ces variations sont dues à des différences sociales et économiques qui affectent la vulnérabilité des communautés face à la chaleur, notamment en relation avec l’urbanisme, l’architecture des logements, les horaires de travail ou l’accès à des espaces frais. En d’autres termes, notre capacité d’adaptation est tout aussi essentielle que la chaleur elle-même pour atténuer les violences.

Le risque posé par le changement climatique réside dans sa capacité à entraîner une élévation rapide des températures à l’échelle sociétale, créant ainsi des défis d’adaptation. Cela n’a rien à voir avec les variations climatiques historiques observées dans diverses régions du globe, ni avec la « théorie des climats ».

En plus des vagues de chaleur, d’autres éléments liés au changement climatique exacerbent les violences à l’égard des femmes. En 2022, une revue systématique parue dans The Lancet, reposant sur une quarantaine d’études, a mis en lumière que divers phénomènes météorologiques extrêmes étaient également associés à une augmentation des violences.

Ces événements perturbent les structures sociales, souvent en corrélation avec l’instabilité économique, l’insécurité alimentaire, le stress psychologique, la dégringolade des infrastructures et l’exposition accrue des femmes à la violence.

Les actes de violence peuvent se manifester à l’échelle de la société, mais ils sont particulièrement accentués au sein des ménages. Une étude de 2025 menée au Mexique illustre cette réalité : elle démontre que les épisodes de sécheresse sont liés à une augmentation des violences domestiques envers les femmes, comme l’indiquent les données hospitalières, les rapports de police et les appels d’urgence.

Il est crucial de préciser que cela ne vise pas à absoudre les auteurs de violences, mais à mieux anticiper les risques liés au changement climatique afin de lutter efficacement contre ces actes. En matière de prévention, de nombreuses initiatives pourraient déjà être envisagées.

Mettre fin à la violence contre les femmes et les filles, conclut le rapport, constitue non seulement une obligation en matière de droits humains, mais aussi un élément essentiel pour construire un avenir juste, durable et capable de faire face au changement climatique.