1,6 milliard d’euros : ce raccordement électrique inédit qui divise le sud de la Bretagne
RTE mène actuellement une enquête publique sur le raccordement électrique de deux futurs parcs éoliens flottants au sud de la Bretagne. Un projet présenté comme une première nationale, mais qui se heurte à une contestation locale de plus en plus organisée.
Un projet inédit pour l’éolien flottant français
Le sud de la Bretagne a été identifié par l’État comme une zone particulièrement favorable au développement de l’éolien flottant. Deux parcs y sont prévus : l’un de 250 MW, porté par la société Pennavel, l’autre pouvant atteindre 500 MW, soit une puissance cumulée de 750 MW une fois les deux installations en service. Selon RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, il s’agira du premier raccordement d’un parc éolien flottant commercial en France.

Le projet est mené par RTE depuis 2020, année du débat public organisé sous l’égide de la Commission nationale du débat public. L’aire d’étude a été validée en 2022, puis le fuseau de moindre impact des liaisons électriques en avril 2023. Le raccordement doit relier un poste électrique unique en mer, mutualisé entre les deux parcs, à un atterrage situé sur la commune d’Erdeven, avant de rejoindre un nouveau poste électrique construit à Pluvigner par des liaisons souterraines. Les premiers travaux de raccordement sont envisagés à partir de 2027.
Le consortium Pennavel, lauréat de l’appel d’offres AO5 remporté en mai 2024, doit permettre d’alimenter l’équivalent de plus de 450 000 habitants chaque année une fois son parc en service. Pour le second parc, Bretagne Sud 2, la désignation du lauréat est attendue en 2026, pour une mise en service estimée entre 2032 et 2034.
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Une enquête publique qui cristallise les oppositions
L’enquête publique consacrée à ce raccordement s’est ouverte le lundi 17 août 2026 et doit se poursuivre jusqu’au 28 septembre, dans un climat de forte contestation locale, selon le média breton Breizh-info. Elle porte uniquement sur les infrastructures électriques que RTE prévoit de construire entre les installations en mer et le réseau terrestre, les autorisations propres aux parcs éoliens eux-mêmes faisant l’objet de procédures distinctes.
Le coût de ce seul raccordement est estimé à 1,6 milliard d’euros. Dès l’ouverture de l’enquête, habitants et représentants d’associations se sont déplacés en nombre à la mairie de Plouharnel, désignée comme siège de la procédure. Le public peut également déposer ses observations dans huit autres mairies concernées, dont Erdeven, Groix, Quiberon et Le Palais, ainsi que sur un registre numérique.
« Le raccordement ne peut pas être dissocié des parcs », estime Nathalie Beauzemont, présidente de l’association Les Gardiens du Large, dans des propos rapportés par Breizh-info et initialement recueillis par Le Télégramme. Elle qualifie l’ensemble du projet « d’inutile et extrêmement coûteux ». D’autres collectifs mettent en avant les effets potentiels sur la biodiversité marine, les paysages littoraux ou encore le patrimoine mégalithique de la région.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Puissance cumulée des deux parcs | 750 MW |
| Coût du raccordement électrique | 1,6 milliard d’euros |
| Durée de l’enquête publique | 17 août au 28 septembre 2026 |
| Début des travaux envisagé | 2027 |
| Mise en service Bretagne Sud 2 | entre 2032 et 2034 |
Un actionnariat international sous surveillance
Le projet Pennavel a lui-même connu une évolution notable de son actionnariat. Formé initialement par le développeur belge Elicio France et l’allemand BayWa r.e. France, le consortium a accueilli en mars 2026 un troisième actionnaire : Q Energy, filiale du conglomérat industriel sud-coréen Hanwha.
Dans son communiqué du 17 mars 2026, Pennavel présente cette arrivée comme un renforcement du projet. « L’arrivée de Q Energy est un signal fort pour Pennavel. Elle confirme la solidité de ses fondamentaux et la pertinence du travail entrepris depuis plus de dix-huit mois par l’équipe », a déclaré Jérôme Hilt, directeur du projet Pennavel, dans des propos traduits par nos soins. De son côté, Ken Ilacqua, directeur offshore de Q Energy, a expliqué avoir choisi de rejoindre Pennavel « pour la qualité du projet, la solidité de ses fondations et son fort ancrage territorial ».
Cette entrée au capital a toutefois relancé les interrogations sur la souveraineté industrielle du projet. L’association Les Gardiens du Large a documenté les difficultés financières du groupe allemand BayWa, dont l’action est passée de 20 à moins de 3 euros depuis le début de l’année 2026, et souligne que Q Energy ne dispose que d’une expérience limitée dans l’éolien offshore, avec un seul autre projet de ce type en développement, en Corée du Sud. Le Conseil d’État, saisi par plusieurs associations sur ce dossier, a rejeté leur recours pour défaut d’intérêt à agir.
L’enquête publique en cours ne porte pas directement sur ces questions d’actionnariat, mais elle cristallise l’ensemble des critiques adressées au projet depuis plusieurs années. La commission d’enquête doit désormais examiner les observations recueillies avant de rendre son rapport et ses conclusions motivées, une étape qui conditionnera la suite du calendrier avant le début des travaux, prévu en 2027.
Sources
- RTE, page officielle du projet de raccordement : calendrier complet, chiffres techniques et actualités du maître d’ouvrage.
- Communiqué de presse de Q Energy, 17 mars 2026 : annonce officielle de l’entrée de Q Energy au capital de Pennavel, citations de Jérôme Hilt et Ken Ilacqua.