90 MW et 20 ans d’avance : le parc éolien pionnier qui a lancé Ørsted au Royaume-Uni

Le groupe danois Ørsted a célébré les vingt ans de mise en service de son parc éolien de Barrow, au large de l’Angleterre : son tout premier projet offshore au Royaume-Uni. Un anniversaire qui rappelle à quel point la filière, encore balbutiante au milieu des années 2000, est devenue incontournable pour l’électricité britannique, pendant que la France bâtit encore la sienne.

Barrow, le tout premier projet britannique d’Ørsted

Mis en service commercial en 2006, le parc éolien de Barrow se trouve à sept kilomètres au sud-ouest de l’île de Walney, en mer d’Irlande. Il compte trente turbines d’une capacité unitaire de 3 MW, pour une puissance installée totale de 90 MW, aujourd’hui modeste au regard des parcs les plus récents qui dépassent le gigawatt.

Le parc a d’abord été détenu conjointement avec l’énergéticien britannique Centrica, avant que DONG Energy (devenu Ørsted en 2017) ne rachète en 2014 les 50 % restants. Il est depuis la propriété à 100 % du groupe danois, qui en a fait le point de départ symbolique de son implantation au Royaume-Uni.

Barrow parc éolien pionnier d'Ørsted

Godson Njoku, Chief Generation Officer d’Ørsted, a salué cet anniversaire dans des propos traduits de l’anglais : « Barrow reste particulier pour nous. C’était le premier projet d’Ørsted au Royaume-Uni. »

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Vingt ans plus tard, un pilier de l’électricité britannique

Depuis la mise en service de Barrow, l’ensemble des parcs éoliens offshore exploités par Ørsted au Royaume-Uni a produit 180 TWh d’électricité, une quantité que le groupe compare à vingt ans de fonctionnement du métro de Londres. L’éolien offshore reprontait, en 2025, 18 % de l’électricité consommée au Royaume-Uni, contre une part marginale au moment de la mise en service de Barrow.

Richard Bodal Hanson, directeur d’Ørsted pour le Royaume-Uni, a souligné dans des propos également traduits de l’anglais que « vingt ans de production d’électricité renouvelable au parc éolien offshore de Barrow sont une étape remarquable ». Le secteur emploie désormais plus de 40 000 personnes au Royaume-Uni, selon le groupe, loin de l’activité de niche qu’il représentait au milieu des années 2000.

Quel écho pour les ambitions françaises de l’éolien en mer

En France, la filière a démarré bien plus tard : le parc de Saint-Nazaire, premier parc éolien offshore posé du pays, n’a été mis en service qu’en 2022, soit seize ans après Barrow. Les parcs de Fécamp, Dieppe-Le Tréport, Saint-Brieuc et Yeu-Noirmoutier ont suivi en 2023 et 2024, selon le calendrier établi par les autorités françaises, qui visaient alors plusieurs gigawatts de capacité installée d’ici le milieu de la décennie.

Ce décalage de calendrier illustre l’avance prise par le Royaume-Uni et le Danemark sur l’éolien offshore posé, deux pays où Ørsted a construit l’essentiel de son expérience industrielle. Il explique aussi pourquoi la France, qui développe désormais ses propres fermes pilotes flottantes au large de la Bretagne et de la Méditerranée, s’appuie largement sur le savoir-faire accumulé par les pionniers scandinaves et britanniques pour accélérer le déploiement de ses futurs parcs.

Quatre fermes pilotes flottantes ont ainsi été prévues par les pouvoirs publics français au large de Groix et Belle-Île-en-Mer, en Bretagne, ainsi qu’à Gruissan, Leucate et Fos-sur-Mer, en Méditerranée. Ces projets, de taille plus modeste que les parcs posés britanniques, doivent permettre à la filière française de tester des fondations flottantes adaptées aux zones de plus grande profondeur, moins propices à l’éolien posé que les eaux peu profondes de la mer d’Irlande ou de la mer du Nord où Ørsted a construit l’essentiel de son parc britannique.

Le projet breton de Groix et Belle-Île-en-Mer illustre les difficultés que rencontre encore la filière française pour transformer ces ambitions chiffrées en parcs effectivement raccordés : l’enquête publique sur le raccordement à terre de ce projet s’est achevée fin septembre, après plusieurs mois de débats locaux, sans qu’une date de mise en service ne soit encore arrêtée. Vingt ans après la mise en service de Barrow, l’enjeu pour la Bretagne n’est donc plus de savoir si l’éolien flottant est techniquement possible, mais de réussir l’acceptabilité locale et le raccordement électrique de ces nouveaux parcs.

L’écart technologique s’est lui aussi resserré avec le temps : les trente turbines de 3 MW installées à Barrow en 2006 appartiennent à une génération aujourd’hui dépassée par des machines nettement plus puissantes, installées sur les parcs les plus récents en Europe du Nord. Cette progression technique, portée par deux décennies d’expérience industrielle, est aussi ce que la France espère pouvoir mettre à profit en s’appuyant sur des turbiniers et des installateurs déjà rodés aux chantiers britanniques et danois.

Sur le papier, les ambitions françaises sont désormais chiffrées : la stratégie énergétique nationale vise 4 GW de capacité installée en 2030, 18 GW en 2035 et 45 GW en 2050, tous types de parcs confondus. Un appel d’offres portant sur 10 GW supplémentaires doit par ailleurs être lancé avant la fin octobre 2026. Ces objectifs restent toutefois modestes comparés à ceux fixés à l’échelle de l’Union européenne, qui vise 120 GW d’éolien offshore en mer du Nord d’ici 2030 et 300 GW en 2050, dans une logique affichée de protection de l’industrie européenne face à la concurrence internationale, notamment chinoise.

Donnée Détail
Mise en service de Barrow 2006
Puissance installée 90 MW (30 turbines de 3 MW)
Localisation 7 km au sud-ouest de l’île de Walney (mer d’Irlande)
Production cumulée Ørsted au Royaume-Uni 180 TWh en 20 ans
Part de l’éolien offshore dans l’électricité britannique (2025) 18 %
Premier parc éolien offshore français (Saint-Nazaire) Mis en service en 2022

Vingt ans après Barrow, l’éolien offshore britannique entre dans une phase de renouvellement de ses premiers parcs, dont certaines turbines approchent de la fin de leur durée de vie initiale. En France, où la filière reste en pleine phase de construction, les prochaines années verront la mise en service de nouvelles fermes pilotes flottantes au large de la Bretagne et de la Méditerranée, avant un nouveau cycle d’appels d’offres destiné à rapprocher le pays du rythme de déploiement observé depuis deux décennies chez ses voisins du nord de l’Europe.

Sources