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32 réacteurs, 60 ans : le nucléaire français obtient son premier feu vert

L'ASNR n'a identifié aucun obstacle majeur au-delà de 60 ans pour les réacteurs d'EDF. Consultation publique ouverte jusqu'au 2 décembre.

nucléaire français obtient son premier feu vert

Le gendarme français du nucléaire n’a identifié aucun obstacle à faire tourner les centrales d’EDF au-delà de 60 ans. Un feu vert encore provisoire, qui ouvre une consultation publique jusqu’au 2 décembre et engage l’avenir de 32 réacteurs.

Un parc qui pourrait dépasser les 60 ans sans obstacle majeur

Le parc nucléaire français peut continuer à fonctionner. C’est en substance ce qu’a affirmé, jeudi 22 octobre, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), Pierre-Marie Abadie, dans un entretien à l’AFP. « L’ASNR n’a pas identifié, en l’état des connaissances, d’obstacles à la poursuite de fonctionnement des réacteurs au-delà des 60 ans pour lesquels EDF n’aurait pas des leviers d’action », autrement dit des solutions pour prolonger leur durée de vie, a-t-il déclaré. Il a toutefois nuancé : « Plusieurs sujets techniques nécessitent encore des travaux conséquents de la part d’EDF afin de confirmer l’efficacité de ces leviers pour ensuite les intégrer le moment venu dans la démonstration de sûreté qui sera soumise au réexamen. »

Le sujet concerne en premier lieu les 32 réacteurs de 900 mégawatts du parc français, mis en service entre 1978 et 1987 et qui représentent à eux seuls une puissance installée de près de 28,8 gigawatts, soit près de la moitié du parc nucléaire national. Tous ont déjà passé leur quatrième visite décennale, celle qui ouvre l’exploitation jusqu’à 50 ans. La question qui se pose désormais est celle de leur fonctionnement jusqu’à 60 ans, puis au-delà.

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Une procédure engagée depuis 2023, un avis attendu en novembre

L’ASNR travaille avec EDF depuis 2023 pour identifier les points de blocage éventuels à cette prolongation. Le gouvernement et le Parlement ont demandé que l’avis sur un fonctionnement au-delà de 60 ans soit rendu avant la fin de l’année. L’autorité doit ainsi publier son avis générique en novembre, après avoir présenté, jeudi, un projet d’avis devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Ce projet est soumis à la consultation du public à partir de ce jeudi et jusqu’au 2 décembre, avant que l’ASNR ne rende son avis définitif.

Cet avis portera surtout sur les composants que l’on ne peut pas remplacer à l’échelle d’une centrale entière : la cuve du réacteur, dont l’acier se fragilise sous l’effet du bombardement neutronique, l’enceinte de confinement en béton précontraint, dont l’étanchéité doit rester démontrable dans le temps, et plus largement le génie civil des installations. Les câblages électriques, eux, sont remplaçables, mais pas à l’échelle de l’ensemble du parc. Une fois l’avis générique publié, il ne vaudra pas autorisation en bloc : chaque réacteur continuera de faire l’objet d’un réexamen individuel, tous les dix ans comme le prévoit le droit français, avant toute décision de l’ASNR sur sa poursuite de fonctionnement.

Président de l’ASNR, Pierre-Marie Abadie a tenu à cadrer les attentes autour de cet avis de novembre. « Nous évaluerons les points de no-go, mais ce rapport ne doit pas être considéré comme un accord avec EDF ou un go », a-t-il résumé. Dans son entretien à l’AFP, il a insisté sur la nécessité de maintenir la vigilance : « Nous devons poursuivre l’effort de vigilance et de détection au plus tôt des évolutions et des phénomènes de dégradation et de vieillissement. C’est une condition nécessaire face à un parc qui est extrêmement standardisé. » Première étape concrète de cette trajectoire, la première cinquième visite décennale d’un réacteur de 900 MW est attendue en 2029, les visites suivantes s’échelonnant ensuite réacteur par réacteur.

Un enjeu de prix autant que de sûreté

Au-delà de la sûreté, la question recouvre un enjeu économique de poids. Dans un rapport de novembre 2025, la Cour des comptes a chiffré le coût de production d’un parc prolongé de 40 à 60 ans à 51 euros le mégawattheure, contre 79,90 euros pour la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, soit un écart de 28,90 euros. Le programme de rénovation du parc existant, le Grand carénage, lancé en 2014 et prévu jusqu’en 2035, représente déjà 100,8 milliards d’euros d’investissements. EDF consacre aujourd’hui plus de 6 milliards d’euros par an à la maintenance de ses centrales, un niveau supérieur de 28 % à celui observé entre 2006 et 2014.

Le calendrier de ces décisions a aussi valeur de signal pour d’autres pays : aux États-Unis, le régulateur a déjà accordé des licences d’exploitation jusqu’à 80 ans à plusieurs centrales, dont Turkey Point, Peach Bottom et Surry. En France, l’échéance est d’autant plus suivie par EDF que les 56 réacteurs mis en service dans les années 1980 l’ont été sur une période d’une quinzaine d’années seulement : en l’absence de prolongation, leur arrêt définitif pourrait survenir dans un laps de temps relativement resserré, avec un effet de « falaise » sur la capacité de production que les prolongations successives, à 50, 60 puis au-delà de 60 ans, permettent justement de repousser dans le temps.

La suite du calendrier est désormais connue : avis générique de l’ASNR en novembre, clôture de la consultation publique le 2 décembre, puis déclinaison par EDF, à partir de 2027-2028, en programmes d’études, de contrôles et de modifications. Rien n’est acquis pour autant, puisque chacun des 32 réacteurs devra ensuite franchir individuellement l’étape de sa cinquième visite décennale, la première étant attendue en 2029.

D’ici là, la consultation publique ouverte jusqu’au 2 décembre offre une fenêtre pour peser, au moins dans le débat, sur l’avenir de ce pan central du mix électrique français.

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