3 000 salariés, 800 sous-traitants : le sous-marin Rubis quitte le hall de construction à Cherbourg
Transféré le 16 octobre à Cherbourg, le 5e sous-marin Barracuda franchit une étape clé avant sa livraison à la Marine nationale fin 2027.
Le 16 octobre, le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis a quitté son hall de construction de Cherbourg pour rejoindre le ponton qui le mettra à l’eau. Cinquième exemplaire du programme Barracuda, il porte le nom d’un glorieux prédécesseur de la France libre.
Une étape clé franchie à Cherbourg
C’est un moment attendu depuis des mois sur le site normand de Naval Group. Le 16 octobre, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Rubis, immatriculé S639, a été transféré hors de son hall de construction vers le ponton élévateur flottant du chantier de Cherbourg, en vue de sa mise à l’eau. La cérémonie s’est déroulée en présence de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, signe de l’importance stratégique accordée à ce programme par l’État.
Ce transfert ne marque pas la fin de la construction du bâtiment, une série de travaux de finition doit encore être menée à bien, avant une campagne d’essais à quai puis en mer. Selon les informations rapportées par la publication spécialisée Naval News, les essais dits « alpha », correspondant aux premiers tests en mer sous propulsion nucléaire, sont attendus à l’été 2027, pour une livraison à la Marine nationale espérée avant la fin de la même année.
Le directeur général de Naval Group, Pierre-Éric Pommellet, a salué cette étape en des termes qui ne laissent pas de doute sur son importance pour l’entreprise. Il évoque un « crucial milestone » (un jalon décisif, ndlr, propos traduits), survenant dix-sept mois après celle, équivalente, franchie par le sous-marin précédent de la série, le De Grasse.
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Barracuda, un programme de longue haleine porté par l’État
Le Rubis est le cinquième des six sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren prévus par le programme Barracuda. Ce programme, conduit par la Direction générale de l’armement (DGA), doit remplacer les six SNA de l’ancienne classe Rubis, entrés en service à partir des années 1980, dont certains frôlent aujourd’hui les quarante-cinq ans de service.
Quatre bâtiments de la nouvelle génération ont déjà été livrés à la Marine nationale entre novembre 2020 et juin 2026 : le Suffren, le Duguay-Trouin, le Tourville et le De Grasse. Le Rubis sera le cinquième, suivi par le Casabianca, dont la production touche à sa fin sur le même site.
Naval Group assure la conception et la construction des coques, tandis que la fabrication des principaux composants des chaufferies nucléaires repose sur un partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’industriel TechnicAtome. Le soutien logistique et la maintenance des sous-marins en service sont, eux, assurés depuis la base de Toulon. Au total, le programme mobilise environ 3 000 personnes, dont près de 800 au sein des entreprises sous-traitantes de Naval Group, selon les chiffres cités par Naval News et la presse financière.
Sur le plan capitalistique, Naval Group reste une entreprise à capitaux majoritairement publics : l’État français en détient 62,25 %, le groupe Thales 35 %, le solde étant réparti entre salariés et investisseurs. L’annonce du franchissement de cette étape a d’ailleurs eu un écho boursier limité mais réel : le titre Thales a reculé de 2,9 % ce matin-là à la Bourse de Paris, autour de 227 euros, dans un marché toutefois marqué par d’autres facteurs sectoriels.
Ce renouvellement n’est pas un luxe. Les sous-marins nucléaires d’attaque jouent un rôle discret mais central dans la stratégie navale française : ils escortent et protègent le groupe aéronaval autour du porte-avions Charles de Gaulle, assurent la sûreté des sous-marins lanceurs d’engins qui portent la dissuasion nucléaire lors de leurs transits, mènent des missions de renseignement et peuvent appuyer des opérations spéciales. Autant de missions que les six bâtiments de l’ancienne classe Rubis, conçus il y a près d’un demi-siècle, ne peuvent plus assumer dans les mêmes conditions face à des marines concurrentes de plus en plus discrètes et armées.
Un nom qui vient du fond de l’histoire
Le choix du nom Rubis pour ce nouveau sous-marin n’est pas anodin. Il rend hommage à un sous-marin mouilleur de mines de classe Saphir, construit dans l’entre-deux-guerres, qui a rejoint les Forces navales françaises libres après l’armistice de 1940. Ce premier Rubis a accompli 28 patrouilles de guerre et posé près de 700 mines en Méditerranée, qui ont contribué à couler ou endommager plus de vingt navires de l’Axe. Charles de Gaulle en a fait l’un des tout premiers bâtiments de la Marine nationale élevés au rang de Compagnon de la Libération.
Perpétuer ce nom sur le nouveau sous-marin d’attaque s’inscrit dans une tradition bien ancrée dans la Marine nationale, où chaque classe de bâtiments reprend volontiers les noms de ses glorieux prédécesseurs. C’est d’ailleurs tout le sel de ce programme Barracuda : la classe Suffren porte des noms hérités de l’ancienne classe Rubis qu’elle remplace, bouclant ainsi une boucle entre deux générations de sous-marins français.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Sous-marins Barracuda prévus | 6 d’ici 2030 |
| Sous-marins déjà livrés | 4 (nov. 2020 à juin 2026) |
| Personnel mobilisé sur le programme | environ 3 000, dont 800 sous-traitants |
| Participation de l’État dans Naval Group | 62,25 % |
| Participation de Thales | 35 % |
| Essais « alpha » du Rubis | été 2027 (prévision) |
| Livraison à la Marine nationale | fin 2027 (prévision) |
La suite du programme est déjà en préparation. Le Casabianca, sixième et dernier sous-marin de la classe Suffren, achève actuellement sa construction sur le même site de Cherbourg. En parallèle, la DGA et Naval Group travaillent sur « Evol SNA », une feuille de route d’évolution de la flotte sur trente ans, tandis qu’une génération encore plus lointaine, provisoirement désignée SNA3G, est évoquée par la presse spécialisée sans qu’il s’agisse pour l’instant d’un programme officiellement lancé.
D’ici là, rendez-vous est pris pour l’été 2027, lorsque le Rubis plongera pour la première fois sous propulsion nucléaire.