10 MW sans barrage ni hélice : le cerf-volant sous-marin qui veut électrifier l’Irlande
L'UE finance à hauteur de 20,2 M€ un parc hydrolien à cerf-volant sous-marin de Minesto, une première à cette échelle en Europe.
La Commission européenne vient de sélectionner la société suédoise Minesto pour une subvention de 20,2 millions d’euros destinée à un parc hydrolien inédit au large de l’Irlande. Sa particularité : produire de l’électricité grâce à des « cerfs-volants » sous-marins, sans barrage ni grande hélice.
Un cerf-volant sous-marin plutôt qu’une hélice
Dans l’univers encore restreint de l’énergie hydrolienne, la technologie de Minesto se distingue par sa forme même. Plutôt qu’une turbine fixée au fond marin et balayée par le courant comme une éolienne sous-marine classique, l’entreprise suédoise a développé le « Dragon », un engin ailé relié au fond par un câble, qui se déplace en décrivant des huit dans la colonne d’eau pour multiplier sa vitesse relative face au courant. Cette conception légère et peu coûteuse à produire est spécifiquement pensée pour les zones à courants de marée faibles, beaucoup plus nombreuses en Europe que les sites à très forts courants déjà exploités ailleurs.

Minesto n’en est pas à son coup d’essai
En février 2024, l’entreprise avait déjà raccordé au réseau électrique des îles Féroé son premier démonstrateur commercial, le Dragon 12 (du nom de l’envergure de son aile, 12 mètres, pour une puissance de 1,2 mégawatt). Cet appareil de 28 tonnes avait alors injecté ses premiers électrons dans le réseau féroïen, une étape que son PDG, Martin Edlund, avait déjà qualifiée de jalon historique pour l’entreprise, fondée en 2007 et désormais implantée en Suède, aux îles Féroé, au Pays de Galles et à Taïwan.
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Euro Dragon Farm, le projet qui change d’échelle
Le projet annoncé le 19 octobre change clairement de dimension. Baptisé Euro Dragon Farm, il prévoit l’installation dans les eaux côtières irlandaises d’une véritable ferme hydrolienne d’une puissance totale de 10 mégawatts, soit près de dix fois la puissance du démonstrateur féroïen. Minesto le présente comme le premier parc de ce type à cette échelle dans l’Union européenne.
La subvention de 20,2 millions d’euros provient du Fonds pour l’innovation de l’Union européenne, au titre de l’appel à projets consacré aux technologies à zéro émission nette (INNOVFUND-2025-NZT). Elle doit couvrir environ 60 % de l’investissement nécessaire au projet, le reste devant être financé par Minesto et ses partenaires. Pour l’instant, l’entreprise entre dans la phase de préparation de la convention de subvention avec l’agence exécutive européenne CINEA, chargée de la gestion du Fonds pour l’innovation. Cette convention doit être finalisée et signée au premier trimestre 2027, avant le lancement effectif des travaux. Le communiqué de Minesto ne précise pas encore le site exact retenu sur la côte irlandaise.
Un pari sur le potentiel hydrolien européen
Si l’on en croit l’entreprise suédoise, la sélection de ce projet par Bruxelles dépasse le simple financement : elle validerait la capacité de la technologie Dragon à devenir une solution de référence pour le déploiement commercial de l’énergie des marées en Europe. Le continent dispose en effet d’un potentiel hydrolien important, longtemps resté sous-exploité faute de technologies adaptées aux sites à courants modérés, qui représentent l’essentiel des côtes européennes.
Ce pari européen sur l’énergie des marées ne se limite pas à l’Irlande. La même semaine, la Commission a également validé un parc hydrolien inédit de 9,6 mégawatts aux îles Orcades, au large de l’Écosse, porté par un autre consortium. Pour Minesto, l’enjeu du projet Euro Dragon Farm va au-delà de la seule production d’électricité : l’entreprise met en avant la création de chaînes d’approvisionnement et de compétences locales, et revendique une solution reproductible, susceptible d’être exportée vers d’autres façades maritimes européennes aux caractéristiques similaires.
« Being selected for this 20.2 M EUR grant contribution to our latest project development opportunity is the most significant commercial milestone in Minesto’s history so far » (être sélectionné pour cette subvention de 20,2 millions d’euros destinée à notre dernier projet en développement constitue le jalon commercial le plus important de l’histoire de Minesto à ce jour, ndlr, propos traduits), a déclaré Martin Edlund, PDG de l’entreprise, cité dans le communiqué officiel du 19 octobre.
Cette actualité résonne aussi côté français, où l’hydrolien cherche toujours sa voie. Au large de Paimpol-Bréhat, dans les Côtes-d’Armor, EDF exploite depuis plus d’une décennie un site d’essais en mer dédié au développement de cette filière. En Bretagne toujours, au large d’Ouessant, la PME Sabella a immergé sa propre hydrolienne D10 et l’a raccordée au réseau électrique de l’île; l’entreprise a toutefois dû être reprise par le groupe Entech ces dernières années pour se maintenir, signe des difficultés de financement que traverse encore la filière hydrolienne française.

Le succès, même modeste, d’une technologie étrangère comme celle de Minesto pourrait relancer l’intérêt des investisseurs pour l’ensemble de la filière européenne de l’énergie des courants de marée, Bretagne comprise.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Subvention UE (Fonds pour l’innovation) | 20,2 millions d’euros |
| Part de l’investissement couverte | environ 60 % |
| Puissance du parc Euro Dragon Farm | 10 MW |
| Puissance du démonstrateur Dragon 12 (Féroé) | 1,2 MW |
| Poids du Dragon 12 | 28 tonnes, aile de 12 m |
| Signature de la convention avec CINEA | 1er trimestre 2027 (prévision) |
| Parc hydrolien comparable validé la même semaine | 9,6 MW aux îles Orcades (Écosse) |
La route reste longue avant la mise en service d’Euro Dragon Farm : entre la signature de la convention de subvention, le choix définitif du site et les travaux d’installation en mer, le parc irlandais ne devrait pas produire ses premiers électrons avant la fin de la décennie. Mais la validation de ce financement européen place Minesto, et sa technologie de cerf-volant sous-marin, en position de force dans la course encore ouverte pour définir quelle filière industrielle dominera, demain, l’exploitation des courants de marée les plus communs sur les côtes du continent.
Sources
- Minesto AB, communiqué officiel du 19 octobre 2026 (via mfn.se) : montant, calendrier et citation de Martin Edlund.
- EDF, « Paimpol-Bréhat, un site d’essais en mer au profit du développement de la filière » : contexte de la filière hydrolienne française en Bretagne.
- Le Journal des Entreprises, « Entech reprend Sabella pour se renforcer dans les énergies marines renouvelables » : situation de la PME bretonne Sabella et de son hydrolienne au large d’Ouessant.