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7 cellules en deux mois : comment ce chantier naval breton s’est mis à fabriquer des drones

À Vannes, le chantier naval Multiplast fabrique désormais des drones pour Boréal : sept cellules livrées, une diversification bretonne.

atelier composite de Multiplast à Vannes

À Vannes, le chantier naval Multiplast, référence mondiale des structures composites pour la course au large, vient de terminer sept cellules de drones pour la société toulousaine Boréal. Une diversification née d’un appel d’offres perdu, qui pourrait pourtant déboucher sur une petite série.

De la course au large aux ailes de drones

Basé à Vannes (Morbihan) depuis 1981, Multiplast s’est bâti une réputation mondiale dans les structures composites haute performance, en particulier pour les voiliers de course au large. Depuis plusieurs années, le chantier breton élargit toutefois son horizon vers l’aéronautique. Sur son propre site, l’entreprise revendique s’implanter progressivement dans un secteur aérospatial en plein essor « MULTIPLAST is gradually establishing itself in the rapidly developing aerospace sector » (propos traduits). Elle cite parmi ses réalisations les fuselages de l’avion électrique Alice, développé par l’Israélien Eviation, les ailes du drone tactique Aarok, produit par le français Turgis & Gaillard, ainsi que des flotteurs de 17 mètres destinés à transformer des ATR72 en hydravions bombardiers d’eau, dans le cadre d’un programme porté par Positive Aviation.

atelier composite de Multiplast à Vannes

C’est dans la continuité de cette stratégie que s’inscrit la collaboration avec Boréal, spécialiste toulousain des systèmes aériens sans pilote. Selon le magazine professionnel JEC Composites, qui a interrogé le directeur général de Multiplast, Yann Penfornis, cette coopération a débuté fin 2025, Multiplast assurant la fabrication des cellules composites conçues par Boréal.

Boreal SAS, filiale du groupe toulousain Mistral dirigée par Marc Pollina, s’est fait connaître avec son drone à voilure fixe Boreal ISR, un appareil de moins de 25 kilos, lancé par catapulte et mis en œuvre par une équipe de deux personnes en moins de trente minutes, y compris dans des zones isolées dépourvues d’infrastructures. Grâce à une liaison par satellite qui l’affranchit des limites des liaisons radio classiques, il revendique une autonomie d’environ huit heures pour une portée annoncée de 800 kilomètres, avec une tourelle stabilisée par gyroscope associant capteurs visibles haute définition et infrarouges. L’appareil a d’abord été employé pour des missions civiles, recherche et sauvetage, suivi de la faune marine ou surveillance de la pêche illégale en Guyane française, avant que l’entreprise ne se tourne davantage vers la défense, notamment via un partenariat avec Thales pour adapter sa technologie longue portée à des munitions rôdeuses.

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Un pari technique assumé malgré un appel d’offres perdu

L’histoire a pourtant commencé par un revers commercial. Boréal, associée à une entreprise européenne de défense, avait répondu à un appel d’offres français portant sur des drones longue portée, capables de voler au-delà de 500 kilomètres. Leur candidature a été rejetée. Malgré cet échec, Boréal a choisi Multiplast pour fabriquer les cellules composites de ses appareils, dans l’objectif d’augmenter ses volumes de production à l’avenir.

Le défi technique n’est pas mince : il s’agit de produire des structures sandwich composites très fines, à la fois légères et suffisamment résistantes pour voler. D’après Mer et Marine, qui republie un article de la rédaction du Télégramme, le chantier vannetais a reçu les spécifications géométriques externes des appareils et lancé la fabrication des moules moins de deux mois avant la livraison du premier prototype, en juillet 2026. Six unités de pré-série ont suivi, portant à sept le nombre total de cellules produites à ce jour. Selon Boréal, les premiers essais statiques menés sur les ailes et le fuselage ont donné des résultats jugés satisfaisants.

Vers une petite série ?

Le programme en est encore au stade pilote, mais la perspective d’une montée en cadence se dessine. Multiplast assure pouvoir augmenter sa production en dupliquant son outillage, de façon à fabriquer deux ou trois cellules simultanément si Boréal confirme ses besoins. Pour le chantier naval breton, cette diversification vers le drone aérien s’ajoute désormais à une liste déjà fournie de projets aéronautiques, preuve que les compétences développées pour la voile de compétition, maîtrise des matériaux composites, précision des outillages, rapidité d’exécution, trouvent un débouché naturel dans l’aviation sans pilote.

Pour l’économie du Morbihan, cette diversification illustre la capacité des savoir-faire nautiques bretons à irriguer d’autres filières industrielles, à l’heure où la demande de drones tactiques et de systèmes aériens sans pilote s’accélère en France comme en Europe, portée notamment par le rapprochement entre acteurs civils du drone et grands groupes de défense. Multiplast affiche par ailleurs les certifications ISO 9001, Entreprise du patrimoine vivant et GIFAS, et revendique la conformité de ses procédés composites aux normes aéronautiques FAA, EASA et DGAC, des références qu’elle met en avant pour convaincre de nouveaux donneurs d’ordre au-delà de la voile de compétition.

Reste à savoir si Boréal transformera l’essai en commande ferme : aucune date ni volume de série n’a pour l’instant été communiqué par les deux entreprises, qui présentent pour le moment ce partenariat comme une étape de validation technique avant une éventuelle industrialisation. Si la cadence venait à s’accélérer, ce serait un débouché supplémentaire pour l’écosystème composite breton, déjà mobilisé sur plusieurs programmes aéronautiques, entre fuselages d’avion électrique, ailes de drone tactique et flotteurs de bombardier d’eau.

Sources

  • JEC Composites, détails techniques du programme et interview du directeur général de Multiplast, Yann Penfornis (JEC Composites Magazine n°166).
  • Multiplast, présentation officielle de son activité aérostructures et de ses projets aéronautiques.
  • sUAS News, présentation du drone Boreal ISR, de l’entreprise Boreal SAS et de son dirigeant Marc Pollina (mars 2026).

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