Cornell Seven : un accusé innocenté, les professeurs de Cornell haussent le ton
Un homme visé par la plainte civile Cornell Seven a été mis hors de cause, tandis que des professeurs réclament un vote de défiance envers la direction.
Dans l’affaire judiciaire dite « Cornell Seven », qui secoue l’université américaine depuis plusieurs semaines, un septième homme visé par la plainte vient d’être mis hors de cause par la justice civile de l’État de New York. Au même moment, des professeurs de Cornell font monter la pression sur la direction de l’établissement, qu’ils accusent de mal gérer ce qu’ils qualifient de crise persistante des violences sexuelles sur le campus.
Un homme mis hors de cause, mais pas accusé d’agression
Le 20 octobre 2026, un accord signé par l’ensemble des parties a mis fin, de façon définitive, aux poursuites civiles visant Orazio Petito, rapporte le site américain LA Mag. Ce dernier avait été identifié dans la plainte comme président de la fraternité Chi Phi au moment des faits reprochés, en octobre 2024, et accusé non pas d’avoir participé à l’agression alléguée, mais de ne pas avoir supervisé correctement les membres de son organisation. Son avocat, Eric Bernstein, soutient que son client n’occupait pas cette fonction à l’époque des faits. Le document judiciaire, cité par LA Mag, précise que l’affaire est « discontinued with prejudice » en ce qui concerne M. Petito, ce qui signifie que la plaignante ne pourra plus porter les mêmes accusations contre lui dans ce dossier.
Interrogé par la chaîne ABC News et cité par LA Mag, l’avocat de M. Petito a estimé que cette issue était « la bonne décision », ajoutant que « justice a été rendue, en ce qui concerne M. Petito ». Il martèle depuis plusieurs semaines que son client a été visé à tort.
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Une plaignante, six hommes toujours mis en cause
L’affaire remonte à octobre 2024. Une étudiante, identifiée dans la procédure sous le pseudonyme de Jane Doe, affirme avoir été droguée puis agressée sexuellement par plusieurs hommes liés à la fraternité Chi Phi, lors d’une soirée dans les locaux de l’organisation étudiante, selon les pièces du dossier rapportées par CBS News. Elle avait signalé les faits à la police du campus environ trois semaines plus tard, avant de livrer une déposition écrite au bureau du procureur du comté de Tompkins en novembre 2024. À l’époque, le procureur Matthew Van Houten avait choisi de ne pas engager de poursuites pénales, invoquant un manque de preuves.
La procédure disciplinaire interne de Cornell, menée dans le cadre du Titre IX de la loi fédérale américaine, avait abouti à l’exclusion de deux étudiants et à des sanctions plus légères pour d’autres, selon l’avocat de la plaignante; l’université a de son côté précisé que deux étudiants avaient été expulsés, deux suspendus, un autre diplômé avant d’être sanctionné et deux jugés non responsables. Le chapitre local de Chi Phi a été fermé en 2024 et reste interdit sur le campus. Les avocats des hommes toujours visés par la plainte civile, dont Jeremy Saland et Andrew Miltenberg, continuent de contester les accusations; l’un d’eux affirme qu’un test capillaire a écarté toute consommation de kétamine chez son client.
Le dossier a connu un tournant fin septembre 2026, lorsqu’une plainte civile déposée par Jane Doe a relancé l’attention publique sur l’affaire. Le procureur Van Houten a alors annoncé rouvrir l’enquête pénale, estimant que les accusations formulées dans cette plainte différaient sensiblement de la déposition recueillie en 2024. La gouverneure de l’État, Kathy Hochul, a ensuite nommé la procureure générale de New York, Letitia James, procureure spéciale du dossier, avec pour mission, selon ses propres mots, de « s’en tenir aux faits et à la loi ». Aucune charge pénale n’a été déposée à ce stade contre les six hommes encore mis en cause, qui nient tous les faits qui leur sont reprochés.
| Date | Événement |
|---|---|
| Octobre 2024 | Faits allégués dans les locaux de la fraternité Chi Phi |
| Novembre 2024 | Déposition de la plaignante auprès du procureur du comté de Tompkins |
| Septembre 2026 | Dépôt d’une plainte civile par Jane Doe, réouverture de l’enquête pénale |
| 1er octobre 2026 | Nomination de Letitia James comme procureure spéciale |
| 7 octobre 2026 | Dépôt de la motion de défiance par des professeurs de Cornell |
| 20 octobre 2026 | Orazio Petito mis hors de cause dans la procédure civile |
À Cornell, des professeurs demandent des comptes à leur direction
En parallèle du volet judiciaire, c’est désormais le corps professoral de Cornell qui se mobilise. Le 7 octobre 2026, le sénateur universitaire Paul Ortiz, avec le soutien de douze collègues, a déposé une motion de défiance envers la direction de l’établissement. Le texte dénonce ce qu’il qualifie de crise persistante des violences sexuelles sur le campus et reproche à la présidence, dirigée par Michael Kotlikoff, sa gestion du dossier. Selon LA Mag, la motion fait suite à des témoignages d’étudiantes qui disent craindre pour leur sécurité, ainsi qu’à des témoignages d’anciens élèves relatant des expériences difficiles sur le campus.
Les sénateurs professoraux ont entamé l’examen du texte le 14 octobre, une nouvelle discussion étant prévue le 28 octobre avant un vote électronique. Un tel vote n’aurait pas de portée contraignante et ne pourrait forcer aucun dirigeant à démissionner, mais il marquerait, s’il était adopté, une rupture symbolique entre une partie du corps enseignant et la présidence de l’université. De son côté, Cornell affirme avoir imposé des sanctions disciplinaires significatives dans cette affaire et avoir, début octobre, confié à l’ancienne secrétaire adjointe à la Justice des États-Unis Sally Yates la supervision d’un réexamen plus large de la manière dont l’établissement traite les signalements de violences sexuelles.
Le dossier Cornell Seven mêle ainsi deux temporalités qui avancent de concert sans se confondre : une procédure judiciaire, pénale et civile, qui doit encore établir les responsabilités individuelles, et une crise de confiance interne à l’université, qui se joue sur le terrain de la gouvernance et de la communication. Les semaines à venir s’annoncent chargées sur les deux fronts.