150 enseignants : le sénat de la faculté de Cornell vote la défiance

Le sénat de la faculté de Cornell a entamé mercredi l’examen d’une motion de défiance envers l’administration centrale de l’université, un mois après la révélation d’une agression sexuelle présumée impliquant des membres d’une fraternité. Le vote définitif n’interviendra qu’après une seconde réunion fin octobre.

Une motion portée par une douzaine de sénateurs

La résolution, co-parrainée par une douzaine de sénateurs de plusieurs facultés (l’école ILR, les arts et sciences, l’ingénierie et la bibliothèque universitaire), tient en une seule phrase : elle affirme que le sénat « n’a pas confiance dans la capacité de l’administration centrale » (propos traduits) à gérer la crise des violences sexuelles sur le campus. Le texte ne réclame ni démission ni mesure précise. Il doit recueillir la majorité des votants pour être adopté. Selon ses porteurs, environ 150 enseignants ont fait savoir qu’ils le soutenaient.

La motion intervient un mois après la révélation d’une agression sexuelle présumée, en octobre 2024, impliquant des membres de la fraternité Chi Phi, affaire portée devant la justice civile par une ancienne étudiante connue sous le pseudonyme de Jane Doe. Une manifestation réunissant plusieurs centaines d’étudiants avait déjà eu lieu début octobre pour réclamer des comptes à la direction de l’université.

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Un calendrier en deux temps

Mercredi 14 octobre, le président Michael Kotlikoff et la provost Kavita Bala sont intervenus devant le sénat pour répondre aux questions, avant la prise de parole du groupe de travail sur les agressions sexuelles et du directeur de la réponse aux violences sexuelles de l’université. Sur les 90 minutes qu’a duré la réunion, seules les 30 dernières ont été consacrées au débat sur la résolution elle-même. Une nouvelle réunion est prévue le 28 octobre, après laquelle s’ouvrira un vote en ligne étalé sur cinq jours.

La séance du 14 octobre était fermée à la photo et à la vidéo, et réservée aux détenteurs d’une carte d’accès Cornell ; l’université doit publier un enregistrement dans le courant de la semaine.

campus de l'université Cornell

En amont de cette échéance, Michael Kotlikoff a annoncé la veille, mardi, plusieurs mesures : la suspension de toutes les soirées et événements sociaux organisés par les fraternités pour le reste de l’année universitaire, un renforcement du bureau chargé des enquêtes au titre du Titre IX, et le signalement systématique des allégations d’agression sexuelle à la police d’État de New York.

Une direction jugée trop réactive par une partie du corps enseignant

Pour les porteurs du texte, ces annonces ne suffisent pas à répondre à l’ampleur du problème. La sénatrice Iris Packman, co-parraine de la motion, s’est dite « franchement déçue, mais pas surprise » (propos traduits) par la réponse de la présidence, estimant qu’elle n’a comporté ni excuses ni reconnaissance réelle des manquements de l’université, ni engagement concret de changement. Elle qualifie la motion d’« option nucléaire » (propos traduits) du sénat, tout en reconnaissant qu’elle n’oblige en rien l’administration à agir. Packman réclame un changement systémique passant par la révision des politiques de conduite étudiante, de nouvelles enquêtes sur les allégations en cours et un réexamen de la culture des fraternités. Elle s’appuie notamment sur une enquête de 2025 selon laquelle 35 % des étudiantes de premier cycle déclaraient avoir subi une agression sexuelle, une proportion plus élevée encore chez les membres de fraternités et sororités.

Noah Tamarkin, professeur associé d’anthropologie et autre co-parrain du texte, reconnaît que son effet resterait largement symbolique, mais insiste sur le message envoyé aux étudiants : « Ce que cela leur dit, c’est que nous les entendons et que nous sommes à leurs côtés » (propos traduits). De son côté, Michael Kotlikoff avait qualifié dès début octobre les faits dénoncés de « profondément troublants » (propos traduits), en se déclarant favorable à un examen indépendant de la gestion du dossier par l’université, examen confié depuis au cabinet d’avocats de l’ancienne procureure générale adjointe des États-Unis, Sally Yates.

La portée réelle d’un vote de défiance resterait de toute façon limitée : il ne contraint ni à une démission ni à une réorganisation de la gouvernance de l’université, dont les administrateurs continueront de siéger quelle que soit l’issue du scrutin fin octobre. Mais le symbole serait fort pour une institution de la Ivy League rarement confrontée à une telle défiance de son propre corps enseignant. D’ici au 28 octobre, l’attention devrait désormais se porter sur l’enregistrement de la séance de mercredi, que Cornell s’est engagée à publier, et sur la capacité de la direction à convaincre une partie du corps enseignant que les mesures annoncées mardi vont au-delà de la communication de crise.

Sources