4 frégates grecques, 5 françaises : le carnet de commandes record de Lorient

Deux FDI grecques livrées d’ici la fin de l’année, une troisième en décembre, une quatrième en cours d’assemblage : le chantier Naval Group de Lorient aligne les frégates de défense et d’intervention pour la Grèce, la France et, bientôt, la Suède. De quoi occuper les cales du site breton jusqu’au moins 2034.

Deux Grecques prêtes à partir, une troisième sur les talons

L’activité est toujours aussi soutenue au chantier Naval Group de Lorient. La deuxième FDI grecque, le Nearchos, a achevé le mois dernier ses campagnes d’essais en mer et est entrée le 24 septembre au bassin n°3 pour sa cale sèche de fin de garantie, où sont réalisés des travaux correctifs et de finition. Elle devait ressortir du bassin ce week-end et appareiller ce lundi 12 octobre pour une sortie de vérification avant sa livraison, prévue à la fin du mois.

chantier Naval Group de Lorient

Dès décembre, la marine hellénique doit réceptionner sa troisième unité, le Formion, sorti de cale sèche le 9 septembre et revenu d’une nouvelle série d’essais au large des côtes bretonnes le 9 octobre. Après sa livraison officielle, le bâtiment restera toutefois plusieurs mois de plus à Lorient pour finaliser les évolutions du standard FDI HN standard 2, qui intègre notamment au système de direction de combat SETIS le système surface-air américain RAM. Le Formion ne devrait donc quitter la Bretagne qu’au printemps 2027, pour rejoindre en Grèce ses deux aînés : le Nearchos, livré avant la fin de cette année, et le Kimon, tête de série livrée en décembre 2025.

Au printemps 2027 toujours, la quatrième et dernière frégate commandée par Athènes, le Themistokles, sera mise à l’eau. Sa coque, en cours d’assemblage final dans la forme de construction lorientaise, en sortira pour rejoindre le quai d’armement de la rive gauche du Scorff, où elle recevra son PSIM, le module intégrant le central opérations et la mâture porteuse de l’essentiel des capteurs. Sa livraison est attendue en 2028.

Lire en complément: Sous l’éolienne flottante Floatgen, un observatoire inédit sonde la vie marine

Les Françaises grandissent à l’ombre des Grecques

À sa mise à l’eau, le Themistokles prendra la place aujourd’hui occupée par l’Amiral Louzeau, deuxième des cinq FDI françaises, sortie de la forme de construction en mai dernier et dont l’armement à flot se poursuit. Ses essais en mer doivent débuter au printemps prochain, pour une livraison fin 2027 à la Marine nationale, qui a déjà réceptionné la tête de série, l’Amiral Ronarc’h, en octobre 2025. Basé à Brest, ce dernier effectue actuellement un arrêt technique en cale sèche pour d’ultimes travaux correctifs avant son admission au service actif, attendue début 2027.

La troisième FDI française, l’Amiral Castex, a déjà vu son assemblage débuter dans la forme de construction de Lorient, où elle grandit juste derrière le Themistokles. Son achèvement est programmé pour 2029. Les quatrième et cinquième unités françaises doivent, elles, entrer en flotte en 2031 et 2032.

Le 1er octobre, Naval Group a par ailleurs officiellement lancé la production de la première des quatre FDI commandées par la Suède. Le futur Luleå sera livré en 2030, ses trois sisterships entre 2032 et 2034.

Un outil industriel calibré pour durer

Malgré ce carnet de commandes déjà bien rempli, pour la Grèce, la France et désormais la Suède, il reste de la place au chantier de Lorient pour d’autres frégates à livrer à partir de 2030. Naval Group a en effet dimensionné son outil industriel pour sortir au moins deux FDI par an, un rythme tenu en 2025 et qui doit l’être à nouveau cette année. Le groupe français espère notamment décrocher le programme des futures frégates danoises, dont la première unité serait livrable à partir de 2030, ce qui prolongerait encore l’activité du site.

Cette cadence industrielle repose sur une organisation du chantier désormais bien rodée : une seule forme de construction, où se succèdent l’assemblage des coques grecques, françaises puis suédoises, et deux quais d’armement de part et d’autre du Scorff où les bâtiments achèvent leur équipement une fois mis à l’eau. Le PSIM, ce module regroupant la mâture et le central opérations, est quant à lui produit et testé indépendamment de la coque sur un site d’essais à terre, avant d’être installé une fois le navire à flot, ce qui permet de paralléliser les travaux et de tenir des délais plus serrés qu’une construction entièrement séquentielle.

Le programme FDI, derrière lequel se range désormais une clientèle export aussi variée que la Grèce ou la Suède, s’est imposé comme la colonne vertébrale de l’activité du chantier lorientais pour la décennie à venir. Il consolide, en Bretagne, plusieurs milliers d’emplois directs et indirects chez Naval Group et sa chaîne de sous-traitants régionaux, de la chaudronnerie à l’électronique embarquée, à un moment où plusieurs marines européennes, de la Grèce à la Suède en passant potentiellement par le Danemark, cherchent à renouveler leur flotte de surface dans un contexte de tensions régionales accrues.

Frégate Client Étape Échéance
Kimon Grèce Livrée Décembre 2025
Nearchos Grèce Essais finaux avant livraison Fin 2026
Formion Grèce Livraison puis finitions à Lorient Décembre 2026 / printemps 2027
Themistokles Grèce Mise à l’eau puis livraison Printemps 2027 / 2028
Amiral Ronarc’h France Admission au service actif Début 2027
Amiral Louzeau France Armement à flot, essais à venir Livraison fin 2027
Amiral Castex France En construction 2029
Luleå Suède Production lancée le 1er octobre 2030

D’ici 2034, le chantier breton aura donc livré ou mis en chantier au moins douze frégates pour trois marines différentes, sans compter une possible commande danoise. Un calendrier qui confirme Lorient comme l’un des sites de construction navale militaire les plus actifs d’Europe, et qui conditionne, pour les années à venir, l’emploi de plusieurs milliers de salariés et sous-traitants du bassin lorientais.