Sous l’éolienne flottante Floatgen, un observatoire inédit sonde la vie marine
Sous la coque de l’éolienne flottante Floatgen, au large du Croisic, un nouvel observatoire sous-marin scrute en continu le plancton et les petits poissons qui vivent dans son sillage. Un dispositif installé en août dans le cadre du projet de recherche Velella, consacré aux interactions entre l’éolien flottant et l’environnement marin.
Un laboratoire sous-marin sur un site d’essais unique
Le projet de recherche et développement Velella, lancé en 2023, se concentre sur la réduction de l’impact environnemental de l’éolien flottant. Ses expérimentations sont menées sur l’éolienne Floatgen, du fabricant BW Ideol, installée depuis 2018 au large du Croisic sur le site d’essais SEM-REV, exploité par Open-C. D’un coût total de 9,6 millions d’euros sur quatre ans, le projet bénéficie d’une aide de 5,7 millions d’euros de l’État dans le cadre du plan France 2030, gérée par l’Ademe. Il associe également Centrale Nantes, l’Ensta et l’Ifremer, qui copilote avec Open-C le suivi des communautés benthiques et pélagiques du site.

C’est dans ce cadre qu’un observatoire pélagique a été déployé en août dernier directement sous l’éolienne. Installé à 7 mètres de profondeur et fixé au niveau de la « quille » de Floatgen, sur un support conçu sur mesure, il associe des écho-sondeurs et un transmetteur fournis par Kongsberg à une sonde Sea-Bird chargée de mesurer les paramètres physico-chimiques de l’environnement. Quatre fréquences d’acquisition permettent d’observer des organismes de tailles très différentes, du zooplancton aux petits poissons comme la sardine, en passant par le micronecton, ces organismes de 2 à 20 centimètres capables de nager sans être entraînés par les courants.
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Vérifier si l’éolienne attire les poissons
L’objectif de ce dispositif de surveillance continue de la colonne d’eau est double : comprendre les effets d’une éolienne flottante sur les communautés planctoniques et piscicoles qui l’entourent, et vérifier l’existence d’un éventuel « effet concentrateur de poissons », un phénomène déjà documenté autour d’autres structures artificielles en mer, mais encore mal quantifié pour les flotteurs d’éoliennes. Les résultats attendus doivent permettre d’objectiver, données à l’appui, un débat encore largement qualitatif sur la cohabitation entre parcs éoliens flottants et écosystèmes marins.
Les observations menées en parallèle sur les communautés benthiques, c’est-à-dire les organismes vivant à proximité du fond ou des structures immergées, sont déjà plus avancées. Elles ont mis en évidence, selon Open-C, « une modification sédimentaire à proximité du flotteur, caractérisée notamment par la formation d’agrégats de coquilles de moules, issus des moules se développant sur la structure puis se décrochant lors de tempêtes ou en fin de cycle de vie ». Un exemple concret de la manière dont une plateforme flottante peut, sans intention initiale, devenir le support d’un écosystème secondaire.
Floatgen, plateforme de recherche multi-usages
Au-delà de Velella, l’éolienne Floatgen sert de support à de nombreux autres projets de recherche et développement, à l’image de l’étude récente Piaff&Co, consacrée aux interactions entre la faune volante (oiseaux marins, chiroptères) et l’éolien offshore. Cette accumulation de dispositifs scientifiques sur une seule plateforme illustre le rôle particulier du site SEM-REV, l’un des rares bancs d’essais en mer ouverte d’Europe, dans la constitution d’un socle de connaissances environnementales avant le déploiement à plus grande échelle de l’éolien flottant français, notamment en Méditerranée.
Installée en 2018 au large du Croisic, en Loire-Atlantique, Floatgen a surtout servi, pendant ses premières années de fonctionnement, à démontrer la viabilité technique et la tenue à la mer d’un flotteur en béton conçu par BW Ideol. Avec la multiplication des projets de recherche greffés sur cette unique plateforme, son rôle a progressivement évolué vers celui d’un laboratoire grandeur réelle pour l’ensemble de la filière, bien au-delà de la seule production d’électricité. C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Velella, porté par un consortium associant recherche publique, via l’Ifremer, Centrale Nantes et l’Ensta, et exploitant privé du site, Open-C.
L’enjeu dépasse la seule éolienne du Croisic. Alors que la France ambitionne de multiplier les parcs commerciaux d’éoliennes flottantes, notamment au large de la Bretagne et en Méditerranée, les données accumulées sur Floatgen doivent alimenter les études d’impact environnemental exigées pour l’instruction de ces futurs parcs à plus grande échelle. Documenter précisément, flotteur par flotteur, les effets sur le plancton, les petits poissons et les communautés benthiques permettrait de mieux anticiper, et potentiellement de réduire, les oppositions rencontrées par certains projets en phase de concertation publique, où l’incertitude scientifique sur les impacts marins reste souvent un point de friction avec les pêcheurs et les associations environnementales.
Les premiers résultats détaillés des relevés acoustiques sont attendus dans les prochains mois, à mesure que les écho-sondeurs accumulent des données sur un cycle saisonnier complet, condition indispensable pour distinguer un effet réel de l’éolienne sur la faune marine des simples variations naturelles liées aux saisons ou aux marées.
Ils viendront compléter les observations déjà engrangées sur les communautés benthiques, dans la perspective d’un bilan environnemental plus complet du projet Velella d’ici son terme, en 2027. Ce calendrier correspond, presque jour pour jour, à celui des premières mises en service commerciales attendues pour les parcs pilotes français de Méditerranée, qui pourraient ainsi bénéficier directement des enseignements tirés du Croisic avant même leur propre retour d’expérience.
Source
- Projet « VELELLA » : Que se passe-t-il sous une éolienne flottante ?, description complète du dispositif et des premiers résultats du projet Velella.