7 candidats, 3 finalistes : la Marine nationale choisit ses futurs drones armés
L’Agence de l’innovation de défense a officialisé, le 9 octobre, la sélection des trois industriels qui poursuivront l’opération DANAE, destinée à doter la Marine nationale de drones de surface armés. SEAir, SeaOwl et le tandem Sirehna/Naval Group disposent désormais d’une petite année pour transformer leurs démonstrateurs en prototypes prêts pour une nouvelle campagne d’essais.
Sept candidats, trois survivants
La compétition se resserre pour le futur drone de surface armé et embarquable de la Marine nationale. Lancée début 2025 à la demande de la Marine, l’opération DANAE (Drone de surface Autonome Naval avec capacité d’Armement Embarqué) avait réuni sept solutions industrielles lors d’une première campagne d’essais organisée du 19 au 23 janvier 2026 au large de Saint-Mandrier. L’Agence de l’innovation de défense (AID) a annoncé le 9 octobre n’en avoir retenu que trois pour la suite du programme : SeaOwl, le groupement ORCAS mené par SEAir, et le consortium réunissant Sirehna (filiale de Naval Group), Couach et Naval Group. Exail, Thales, Keys4sea et Marine Tech, qui avaient également présenté des solutions lors des premières évaluations, sont donc écartés de cette deuxième phase.

Plutôt que de figer un cahier des charges technique dès l’origine, l’AID a choisi la voie du partenariat d’innovation : les solutions évoluent au fil des expérimentations, avant une acquisition sans nouvelle mise en concurrence. Cette première phase, menée avec DGA Techniques navales et la Marine nationale, visait à identifier les technologies les plus matures, en particulier en matière de navigation et d’autonomie décisionnelle. Les sept drones présentés avaient été évalués sur 24 scénarios en une semaine.
La Marine recherche un engin à vocation essentiellement défensive, capable de protéger des installations portuaires et des mouvements de navires, mais aussi d’être embarqué sur des frégates pour assurer leur escorte. L’objectif est de disposer de moyens supplémentaires face aux menaces asymétriques (embarcations rapides, drones de surface hostiles) et, grâce à des systèmes de détection et de brouillage adaptés, de pouvoir contrer des essaims de micro-drones aériens.
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Trois architectures, trois paris industriels
Le groupement ORCAS, qui réunit SEAir, Ægir, MBDA et Diadès Marine, mise sur un drone à foils rétractables conçu pour des missions offensives et défensives à très grande vitesse. Cette configuration de « bateau volant » permet de soulever la coque hors de l’eau, ce qui accroît la vitesse et surtout la stabilité de la plateforme dans une mer formée, un atout pour les capteurs et les armements embarqués. La société lorientaise SEAir fournit la plateforme, Ægir les fonctions d’autonomie, Diadès Marine la détection et MBDA l’expertise en armements. Le modèle final, basé sur le SP90 de 9 mètres, reste secret, mais les premières évaluations ont été menées avec le semi-rigide FT80 de 8 mètres, déjà testé lors de l’exercice otanien Dynamic Manta en configuration de lutte anti-sous-marine.
SeaOwl mise, avec NEMEZIS, sur la dronisation d’une embarcation de drome déjà en service, l’EDO 4G produite par Zodiac Milpro. Le directeur général de SeaOwl Technology Solutions, Mathieu Glade, a expliqué à Mer et Marine le choix d’un drone optionnellement pilotable : « aucun commandant de navire de premier rang ne voudra se passer de ses RHIB au profit de drones de surface. C’est pour cela que, pour nous, il est impératif que notre offre pour DANAE soit un drone optionnellement pilotable, qui conserve quasiment toutes les performances d’un EDO ». L’USV n’embarque pour l’instant pas d’armement létal, mais son concepteur n’exclut pas d’y venir.
Le consortium Sirehna, Couach et Naval Group propose quant à lui le Seaquest-S, un drone de 9,3 mètres conçu dès l’origine pour naviguer sans équipage. Déployé en 2025 depuis le bâtiment de soutien Rhône dans le cadre de l’opération otanienne Baltic Sentry, il a déjà réalisé une mission d’endurance de 24 heures avec ravitaillement à la mer par états de mer 4 à 5. Il se distingue par sa capacité d’emport : un panier d’armement Rampart capable de tirer des roquettes de 70 mm ou 68 mm ainsi que des missiles anti-aériens légers. Des essais de tir en mer sont attendus avant la fin de l’année.
Cap sur une décision fin 2027
Depuis septembre, les trois finalistes sont entrés dans une seconde phase qui doit se poursuivre jusqu’à fin 2027. Ils disposent d’environ douze mois pour développer des prototypes répondant plus précisément au besoin opérationnel, avant une nouvelle campagne d’essais conduite par l’AID, la Marine nationale et DGA Techniques navales, plus longue et plus exigeante que celle de janvier. Elle devra vérifier la navigation autonome, la détection des menaces, l’endurance et l’intégration des armements, mais aussi, cette fois, les capacités de production en série des candidats.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Candidats évalués en janvier 2026 | 7 |
| Finalistes retenus le 9 octobre | 3 (SEAir/ORCAS, SeaOwl, Sirehna/Naval Group) |
| Durée de la nouvelle phase | Environ 12 mois, jusqu’à fin 2027 |
| Longueur des drones en lice | 8 à 9,3 mètres |
| Premières livraisons visées | 2028 |
Le choix définitif devrait intervenir fin 2027 ou début 2028, avec un basculement du financement de l’AID vers une acquisition conduite par la DGA, et l’objectif d’engager les premières livraisons dès 2028.
Le volume de la future commande n’a pas encore été précisé. Cette compétition s’inscrit dans une montée en puissance plus large des capacités dronisées de la Marine nationale : en septembre, la DGA a lancé un appel d’offres distinct pour plusieurs dizaines de drones de surface dédiés, eux, à des missions de surveillance au-dessus et sous l’eau, preuve que la flotte française mise sur plusieurs familles de drones complémentaires dans les années qui viennent.